Apolemia uvaria, un animal marin gélatineux qui vit en colonies populeuses / © Philippe Wagneur/Museum de Genève

Verres de mer

Les animaux qui peuplent les océans possèdent des formes, couleurs et jeux de transparences fascinants. Comment les faire connaître au public? Rien ne semble marcher sauf... le verre. Place à l'œuvre ahurissante des Blaschka, verriers du 19e siècle.

Les animaux qui peuplent les océans possèdent des formes, couleurs et jeux de transparences fascinants. Comment les faire connaître au public? Rien ne semble marcher sauf... le verre. Place à l'œuvre ahurissante des Blaschka, verriers du 19e siècle.

L'envol des fées

Le monde marin est habité d'animaux peu connus, parfois étranges, toujours fascinants. Cet Apolemia uvaria aux formes extraordinaires appartient au groupe des siphonophores. Ces animaux marins gélatineux vivent en haute mer en colonies qui réunissent des milliers d'individus sur des centaines de mètres. Autant de fées ébouriffées qui dansent devant nos yeux le long d'un tube transparent. Chaque élément de cette grande guirlande est spécialisé dans une fonction particulière, nourricière, défensive ou reproductive.
Ce spécimen d' Apolemia uvaria (image en tête d'article) n'a toutefois jamais vécu sous l'eau. Tout comme les autres créatures présentées dans ces pages, c'est un artefact né à la fin du XIXe siècle dans les ateliers des Blaschka, les célèbres verriers allemands. Le père, Leopold, puis le fils, Rudolf, y ont créé des milliers de céphalopodes, holothuries, scyphozoaires et autres némertes de cristal. Dans le scintillement de leurs créations exceptionnelles, plongeons à la découverte d'animaux que l'on pourrait croire tirés d'un monde imaginaire.

La baroudeuse: Cette superbe physalie, que l'on appelle aussi galère portugaise, fait partie du neuston, la catégorie des organismes aquatiques flottant à la surface de l'eau. Bien que vivant dans les mers tropicales, il lui arrive de dériver jusque vers 
les côtes européennes, où l'on assiste certaines années à des échouages massifs. / © Heidi & Hans-Jürgen Koch L'enquiquineuse: Pour capturer ses proies, la méduse commune utilise les tentacules de son ombrelle. Etonnant : elle se nourrit d'alevins lorsqu'elle 
est jeune et de plancton une fois adulte. On rencontre souvent l'aurélie dans les ports et sur les plages des vacances, ce qui lui vaut 
de gâcher parfois nos bains de mer. Sa piqûre est normalement peu urticante, mais les réactions varient selon les personnes. / © Heidi & Hans-Jürgen Koch L'accrocheuse: La petite tubulaire aime le courant, porteur de nourriture – plancton ou invertébrés – que ses tentacules rosâtres portent à sa bouche située au bout de bulbes rouges. Elle se fixe grâce à son stolon dans les algues ou sur les rochers, dans les zones à fortes marées. On la trouve aussi quelquefois accrochée à la coque des bateaux. / © Heidi & Hans-Jürgen Koch La lumineuse: Joliment appelée pensée de mer, Renilla mulleri forme des colonies de tubes répartis sur un disque enfoui dans le sable. 
A l'extrémité des tiges, comme des étoiles ondulant dans les courants, huit tentacules s'occupent de capter la nourriture. Certaines Renilla possèdent des cellules fluorescentes activées en cas de dérangement. / © Heidi & Hans-Jürgen Koch Le voyant: Cet œil qui nous fixe appartient au poulpe tacheté. Une pieuvre à longs bras que les plongeurs nocturnes observent dans les rochers ou dans les herbiers de posidonies. Pas très grand – une quinzaine de centimètres pour 400 grammes –, ce céphalopode se nourrit de bivalves, de poissons et d'autres poulpes. / © Heidi & Hans-Jürgen Koch Pneumoderma violaceum (gastéropode)
 / © Philippe Wagneur/Museum de Genève Neoturris pileata (hydrozoaire)
 / © Philippe Wagneur/Museum de Genève Neorosacea cymbiformis (hydrozoaire) / © Philippe Wagneur/Museum de Genève Chrysaora hysoscella (scyphozoaire)
 / © Philippe Wagneur/Museum de Genève
Verre de mer, l'œuvre étonnante des Blaschka
Les verriers Leopold et Rudolf Blaschka ont recréé jusqu'à 700 espèces d'invertébrés marins via catalogue.

L'âme nature

Unique, l'œuvre sous-marine des Blaschka est constituée de milliers de pièces en verre réparties dans le monde. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, elle répond à la forte expansion des musées d'histoire naturelle. Tous sont confrontés à une question lancinante : comment présenter au public des invertébrés marins ? Papier mâché, alcool, cire : aucune de ces techniques n'est suffisamment performante.
Leopold, puis son fils Rudolf, descendants d'une longue lignée de verriers allemands à Dresde, imposent naturellement leur solution. Le verre, malléable et durable, permet l'ajout de peinture ou d'émaillage et, surtout, offre un effet de transparence inimitable. S'inspirant d'abord de dessins, puis de spécimens parfois vivants envoyés de Kiel, de Naples ou d'Angleterre, les Blaschka recréeront jusqu'à 700 espèces via catalogue. En 1890, ils délaissent le monde marin et se concentrent sur les fleurs et les plantes, à la faveur d'un contrat mirobolant proposé par le Musée botanique de Harvard.

Verres de mer, l'œuvre étonnante des Blaschka
Le Muséum de Genève présente une cinquantaine d'œuvres. Une salle Blaschka a été inaugurée en 2008, après un travail de restauration minutieux réalisé parfois à l'aide d'un pinceau à un seul poil !

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Couverture de La Salamandre n°201

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 201  Décembre 2010 - Janvier 2011
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