© Bastien Masson

Rencontre avec la loutre… sur un lac gelé

Fasciné par sa première rencontre avec la loutre, Bastien Masson se passionne pour la quête photographique de cet animal mystérieux. Récit d’une observation mémorable.

Fasciné par sa première rencontre avec la loutre, Bastien Masson se passionne pour la quête photographique de cet animal mystérieux. Récit d’une observation mémorable.

Bastien Masson - Loutre
© Bastien Masson

Fils de bergers ayant grandi dans les alpages, Bastien est désormais basé dans le Cantal, au centre de la France. Il défend une pratique éthique de la photographie sur un périmètre de 30 km autour de son domicile. La loutre est un de ses sujets favoris sur lequel il travaille depuis plusieurs années.

Après plus de deux ans de recherches autour de chez moi, j’ai enfin observé la loutre d’Europe. C’était sur un lac de moyenne montagne proche de la maison.

Depuis, j’ai l’envie de programmer une courte expédition pour la photographier. Le moment venu, souhaitant maximiser mes chances, je décide de prospecter soixante-douze heures en période de pleine lune, afin d’essayer de la voir de jour comme de nuit.

La veille de mon départ, l’ami qui devait m’accompagner et me seconder me fait faux bond. Pour couronner le tout, des chutes de neige exceptionnelles s’abattent sur le Cantal suite au passage d’une tempête. Mais il en faut plus pour me décourager.

Me voilà donc sur la route de nuit. Je roule au pas, si bien qu’il me faut près de deux heures pour parvenir à mon lieu de stationnement. Une fois sur place, je décide de monter ma tente et d’installer mon campement avant de partir me mettre à l’affût, car je crains de ne plus avoir la force de le faire plus tard.

Il est presque 9 h du matin et je suis très en retard sur le planning que je me suis fixé. Le thermomètre de la voiture annonce -17 °C, et 1 m de neige recouvre le chemin d’accès supposé me conduire jusqu’au lac.

J’embarque 2 l de thé brûlant et un morceau de pain aux fruits secs dans mon sac à dos. Je me mets en marche péniblement, la neige jusqu’aux hanches. La veille, j’ai acheté à la hâte une combinaison de peintre blanche pour mieux me fondre dans le décor.

Loutre - Tranquille, la loutre reste néanmoins à couvert
Tranquille, la loutre reste néanmoins à couvert / © Bastien Masson

Arrivé en vue du plan d’eau, je constate qu’il est presque intégralement gelé et qu’une forme sombre le parcourt de long en large. Je jette un coup d’œil dans les jumelles.

C’est bien une loutre ! Elle vaque à ses occupations, courant sur la glace, en plein jour et totalement à découvert ! Commence alors une partie de 1, 2, 3, soleil. Je profite de chacune de ses apnées sous la glace pour me rapprocher de mon poste d’affût.

Après quinze minutes de ce curieux manège, je m’assieds enfin dans la neige et j’accroche mon filet de camouflage. Sans le savoir, je me suis placé à une quinzaine de mètres du trou depuis lequel elle a accès à l’eau pour chasser.

Ainsi commence ma plus belle et longue observation à ce jour de cet animal qui me fascine tant.

Loutre - Pêche fructueuse
Pêche fructueuse / © Bastien Masson

Pendant des heures, je la contemple se rouler dans la neige, enchaîner les plongées et les captures, entretenir son pelage…

J’aperçois tout à coup au loin arriver un renard ambitieux et probablement affamé. Il fait le tour du lac et disparaît dans la végétation. La loutre semble alors en alerte.

Soudain, le renard réapparaît et se met à la courser jusqu’à son trou de pêche ! Elle plonge aussitôt et le renard se poste au-dessus du trou de glace comme il le ferait au-dessus d’une taupinière. Il penche la tête tantôt à gauche, tantôt à droite comme lors du mulotage.

Tout à coup, la loutre jaillit du trou et mord le goupil à l’épaule. Le renard repart au trot, la queue entre les pattes et l’air penaud. À l’époque, j’étais moins expérimenté qu’aujourd’hui. En raison de la rapidité de l’action, toutes les photos que j’ai prises sont floues... Qu’importe, je ne sens plus le froid tant l’instant est unique.

Un renard en chasse, attiré par la présence du mustélidé
Un renard en chasse, attiré par la présence du mustélidé / © Bastien Masson

Malgré ces observations extraordinaires, la loutre passe le plus clair de son temps dans la végétation, il m’est alors difficile de faire les images que je souhaiterais…quand soudain, elle se décide à quitter son trou d’eau pour traverser le lac de part en part devant mon objectif.

Je réalise alors une série de clichés, suivant sa silhouette dans mon viseur et profitant de ce dégagement inespéré. Le temps de traverser la surface gelée, elle a disparu de mon champ de vision. Il est alors venu le moment de rebrousser chemin jusqu’à ma tente.

Ce jour-là, j’ai vécu mon plus grand rêve de naturaliste et photographe : sept heures passées en compagnie de l’animal qui ne cesse de m’émerveiller et sur lequel je consacrerai bientôt un livre photo.

Une loutre en plein jour sur un lac gelé. Auvergne-Rhône-Alpes, 1 300 m, le 30 décembre 2019 à 14 h 00.
Une loutre en plein jour sur un lac gelé. Auvergne-Rhône-Alpes, 1 300 m, le 30 décembre 2019 à 14 h 00. / © Bastien Masson

Le saviez-vous ?

Fille de l’eau
Bien qu’elle ne soit pas strictement aquatique, la loutre a un corps hydrodynamique fuselé, une tête aplatie, des pattes courtes et complètement palmées entre les cinq doigts.

Sa fourrure constituée de longs poils de jarre et de courts poils de bourre favorise l’emprisonnement de l’air. Ajoutées à une densité de 60 000 à 80 000 poils par cm², ces caractéristiques lui permettent de garder la peau au sec et au chaud.

Pour conserver cette étanchéité, elle doit toutefois régulièrement se toiletter afin d’enduire son pelage de sécrétions issues de ses glandes cutanées. La loutre est aussi curieusement à l’aise sur terre. Elle est capable de courir, de sauter à plus de 1,30 m de haut et même de monter occasionnellement aux arbres !

Sur le fil
La loutre fut fortement chassée en Suisse et en France pour sa réputation d’animal nuisible à la pêche. En 1952, soit trente ans avant l’Hexagone, la Suisse la protège, ce qui ne suffit pas à enrayer le déclin amorcé dans le pays.

La raréfaction des proies et la pollution contribuent également au phénomène. La dernière preuve de vie de l’animal date de 1989 dans le lac de Neuchâtel.

Après vingt ans sans mention, la loutre fait son retour en 2009 dans les Grisons puis dans le Valais. Elle est désormais également présente dans les cantons de Genève, de Berne et du Tessin.

De nos jours bien présente sur la moitié ouest de la France, le mustélidé a vu sa situation considérablement s’améliorer en quarante ans. Elle reste néanmoins souvent fragile dans ses zones de présence.

Couverture de La Salamandre n°280

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 280  Février - Mars 2024, article initialement paru sous le titre "Une journée avec la loutre"

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