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Confessions d’un rougegorge

La nidification périlleuse du rougegorge

Le rougegorge doit tromper l'ennemi en période de nidification. L'enjeu est de taille, il en va de la survie de sa nichée souvent posée au sol.

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Rougegorge, la peur au ventre - La Salamandre
En nichant au sol, le rougegorge s’expose à tous les dangers. / © Laurent Willenegger

«Avec les premières feuilles revient la période des nids. Mon angoisse monte d’un cran. Nicher au sol, c’est s’exposer à tous les dangers. Chaque année, je découvre de nouvelles menaces. Je me méfie particulièrement du geai, cet espion invisible, et de l’écureuil, dont on a peine à imaginer les carnages. Et par-dessus tout, il y a vos chats qui, même gavés de pâtée, sont toujours prêts à saisir une proie au cœur des fourrés.

Tromper l’ennemi

Nos armes sont bien faibles face aux crocs et aux serres. Notre salut, c’est la discrétion absolue. Cette vigilance de tous les instants est inscrite au plus profond de nous. La moindre erreur peut être fatale à ma couveuse, à la nichée, ou, pire, à ma propre vie !

C’est donc avec prudence que j’accompagne ma femelle quand elle part à la recherche d’un endroit pour le nid. Elle lorgne les souches, jauge ici un tronc couché, là une touffe d’herbe pour trouver le site idéal. Chez nous les rougegorges, cette longue quête pleine de peut-être est une stratégie délibérée. C’est une manière de brouiller les pistes et de semer d’éventuels ennemis.

A cette période, je commence à gaver ma femelle d’insectes. Tel un oisillon, elle quémande ma pitance. Les premières années, cette tâche me vexait, d’autant que je me faisais repousser sitôt la becquée avalée. Mais, avec le temps, je m’y suis fait.

Glace, casse et mouillasse

Sans aucun doute, mon meilleur nid était celui de l’an dernier. Ma femelle avait trouvé une caverne au pied d’un bouquet de frênes, juste à l’aplomb de la rivière. Au-dessus, un talus avec des ronciers comme autant de barbelés déployés pour nous protéger.

Il n’a pas fallu de grands efforts pour en faire un repaire confortable. Un ancien locataire avait laissé une assise de mousse que nous avons renforcée. Des brins d’herbe pour le pourtour, des plumes de moineau et quelques poils nous ont permis d’achever l’ouvrage en deux jours.

Tout était prêt. Il faisait bon. Les insectes foisonnaient. Hélas, le lendemain, une pluie glacée s’est abattue sur nous sans discontinuer. La nuit, une tempête a secoué la forêt. A l’aube, je découvrais une épaisse couche de neige. Des arbres cassés, la mouillasse partout. Des centaines de merles à plastron et de grives avaient quitté la montagne pour se rassembler dans les champs. Un silence terrible. L’hiver était revenu : il a fallu reporter la ponte.

La ponte, enfin !

Les beaux jours sont revenus. Ma femelle a fait un premier œuf. Quatre autres ont suivi, un par jour, tous à l’aube: leur coquille s’était formée et durcie pendant la nuit. D’ordinaire, il y en a un de plus, mais, vu la saison tardive, ma belle s’est arrêtée là.

La formation des œufs demande une telle énergie qu’il lui est impossible de se passer de mon aide. Durant cette période clé, tout comme dans les semaines suivantes, mes nourrissages sont indispensables.

Cette période n’est pas ma préférée… Vissée sur le nid quatorze jours et quatorze nuits jusqu’à l’éclosion, ma femelle devient carrément agressive. Et moi, pendant ce temps, je me démène pour assurer l’intendance. Prendre les insectes en chasse, les capturer, résister à l’envie de tout garder pour soi, porter les proies, puis enfin les déposer dans son gosier et bientôt dans les becs d’une marmaille insatiable… quel programme !»

Vulnérabilité

Le rougegorge niche au sol dans les deux tiers des cas. Cette situation le rend très vulnérable aux intempéries et aux prédateurs. Ses nids sont très fréquemment parasités par le coucou. C’est en partie pour décourager ce gros visiteur que le rougegorge cache son repaire sous des herbes ou des racines.

Retrouvez la totalité du dossier : Confessions d’un rougegorge.

En plein frimas, l'aigle part lui aussi en quête d'un logis. Il retapera un nid existant ou construira une aire nouvelle. Dans les deux cas, la tâche est rude.

Couverture de La Salamandre n°172

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 172  Février - Mars 2006, article initialement paru sous le titre "La peur au ventre"
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