Cet article fait partie du dossier

La migration des oiseaux

Dépasser le Sahara avec les oiseaux migrateurs

Carnet de route - Plus loin, toujours plus loin au-delà de l’Atlas. Jusqu’aux derniers villages, jusqu’aux derniers palmiers. Jusqu’au désert.

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Quatrième étape d'un voyage en suivant les oiseaux migrateurs - La Salamandre dessin désert
Le désert, sur des milliers de kilomètres. / © Jérôme Gremaud
Quatrième étape d'un voyage en suivant les oiseaux migrateurs - La Salamandre carte
Sur la route entre Gibraltar et Erg Chebi. / © Jérôme Gremaud

Tinerhir, Sud-Est marocain

30 octobre

Une fois les derniers hauts cols passés, l’Atlas s’ouvre sur des étendues caillouteuses à perte de vue. Des cailloux. Rien que des cailloux. Et parfois, au milieu du paysage désertique, la fraîcheur d’une vallée verdoyante. Avec en ligne de fond les contreforts du Djebel Sarhro.

J’arrive en fin de journée à l’oasis de Tinerhir. D’un côté la lumière crue et les étendues minérales du désert. De l’autre les tons doux et la fraîcheur de la palmeraie. Une armée de rougegorges s’affaire par terre, à l’ombre des figuiers. Les oasis invitent au repos. Les migrateurs, pouillots véloces et fauvettes à tête noire, côtoient ici les bulbuls et les cratéropes africains.

Erg Chebi

5 novembre

La vallée du Tafilalt forme une énorme veine verte qui s’enfonce dans le désert. Elle relie et unit une ribambelle de villages, de Meski jusqu’aux dunes de l’Erg Chebi. Jusqu’à Hassi Bled: le dernier village, le dernier palmier, la piste qui finit. La dernière escale, la dernière tache verte avant le Sahara.

Aujourd’hui, quelques hirondelles ont tourné à plusieurs reprises avant de s’orienter plein sud, comme avalées par le désert. Ahmed me raconte qu’il y a deux ans, les enfants du village en ont retrouvé une baguée en Angleterre.

Des hommes palabrent à l’ombre d’un mur en pisé alors qu’un groupe de femmes s’affaire dans les champs de pois à l’ombre des palmiers. Fraîcheur bienvenue à l’orée du désert. Et à nouveau les « tchek » familiers des fauvettes, le « tchip » flûté du pouillot. Et les rougegorges, qui s’envolent dans les tamaris au passage des bandes de gamins. Eux n’iront pas plus loin. C’est là qu’ils vont passer l’hiver.

Aucune route ni aucun itinéraire ne traverse le Sahara ici, à proximité de la frontière algérienne. Reste à regagner le littoral atlantique et ses arganiers pour continuer vers le Sahara occidental et la Mauritanie. Quelques bourgades, souvent séparées par des centaines de kilomètres, sonnent sur la carte comme autant de promesses et d’espoirs: Tan-Tan, Tarfaya, Laâyoune, Dakhla. Le désert. A gauche. A droite. Et droit devant. Le désert sur des milliers de kilomètres.

La suite du carnet de route ici.

Quatrième étape d'un voyage en suivant les oiseaux migrateurs - La Salamandre dessin rougegorge
Un rougegorge parmi la multitude de ceux qui se sont réfugiés dans l'oasis. / © Jérôme Gremaud

Rougegorges noctambules

Des cris de rougegorge partout dans l’oasis? Eh oui! Dans le Midi, ces oiseaux peuvent passer toute l’année au même endroit, mais plus on remonte vers le nord, plus la proportion des migrateurs est élevée. En Scandinavie, presque tous s’en vont en automne jusqu’à la Méditerranée ou parfois jusqu’au Maghreb.

Chez nous, une bonne moitié d’entre eux sont migrateurs. A la fin de l’été, ces oiseaux habituellement insectivores complètent leurs réserves de graisse avec tous les fruits qu’ils peuvent engloutir. Ils renouvellent les plumes de leurs ailes deux semaines avant leurs voisins sédentaires pour être fin prêts à l’heure du départ. Leur voyage aura lieu de nuit et sera entrecoupé d’étapes de plusieurs jours leur permettant de se ravitailler.

Retrouvez tous les articles du dossier sur la migration : Voyager avec les oiseaux.

Couverture de La Salamandre n°182

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 182  Octobre - Novembre 2007, article initialement paru sous le titre "Dépasser le Sahara"
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