Comme le martin-pêcheur d’Amérique en Bretagne, pourquoi certains oiseaux s’égarent-ils ?
La présence d'un martin-pêcheur d'Amérique en Bretagne depuis début décembre montre bien que certains oiseaux migrateurs peuvent s'égarer durant leur voyage. Pour quelles raisons se perdent-ils ? Peuvent-ils s'installer dans leur contrée d'accueil ? Réponses avec Maxime Zucca, spécialiste.
La présence d'un martin-pêcheur d'Amérique en Bretagne depuis début décembre montre bien que certains oiseaux migrateurs peuvent s'égarer durant leur voyage. Pour quelles raisons se perdent-ils ? Peuvent-ils s'installer dans leur contrée d'accueil ? Réponses avec Maxime Zucca, spécialiste.
Vous en avez forcément entendu parler si vous vous intéressez aux oiseaux: depuis quelques semaines, des ornithologues de toute l'Europe affluent près de Glomel, en Bretagne, pour admirer un individu jamais observé en France métropolitaine: un martin-pêcheur d'Amérique. Cet individu, dont l'aire de répartition n'est pas censée s'éloigner du continent américain, s'est vraisemblablement égaré lors de sa migration. De l'autre côté de l'Atlantique, à Montréal, le même phénomène a cours, mais en miroir. Cette fois, c'est un rougegorge familier, commun chez nous mais jamais observé au Canada, qui attire les foules.
Ces deux mésaventures n'ont pourtant rien d'inédites. Elles peuvent même arriver à de nombreuses espèces migratrices, comme l'explique Maxime Zucca, ornithologue et auteur du livre La Migration des oiseaux, comprendre les voyageurs du ciel (éd. Sud Ouest).
Pourquoi certains oiseaux s'égarent-ils loin de leur territoire ?
Cela concerne surtout les espèces dont les jeunes voyagent seuls. Ceux-ci dépendent alors d’une information génétique pour mener à bien leur première migration. On appelle cela la navigation vectorielle : un signal qui leur dicterait par exemple de migrer pendant dix jours vers le sud-ouest, puis cinq jours vers le sud. Mais cette information peut être défaillante, mal transcrite ou mal traduite, menant alors à une autre consigne, qui guide l’oiseau dans une direction différente de celle qu’il doit emprunter. Dans certains cas, des oiseaux empruntant une route habituelle peuvent aussi être détournés par des événements météorologiques extrêmes, en particulier les tempêtes ou vagues de froid.
Certaines espèces s’égarent-elles plus que d’autres ?
Les migrateurs au long cours ont de plus grandes probabilités de s’égarer loin en cas d’erreur de navigation. Au contraire, une espèce comme la mésange huppée, qui ne se déplace presque pas, a une probabilité nulle d’arriver un jour au Canada. Il est en revanche vraisemblable que la plupart des espèces migratrices présentent le même risque de s’égarer, mais à plus ou moins grande distance.
Les individus égarés sont-ils définitivement perdus ?
Pas nécessairement. S’ils parviennent sur un site favorable pour l’hivernage, ils peuvent revenir sur leur site de nidification, ou suivre d’autres espèces locales vers une nouvelle zone de nidification. On suppose toutefois que de nombreux oiseaux vraiment égarés meurent rapidement, soit parce qu’ils sont épuisés, soit parce que leur erreur de navigation les mène dans des sites inhospitaliers.
Peuvent-ils au contraire s’installer durablement dans leurs contrées d’exil ?
Oui. Une erreur de migration peut conduire à adopter un site d’hivernage qui s’avère favorable. C’est le cas des pipits de Richard originaires de Sibérie et que l’on observe dans la plaine de la Crau, en Provence. évoquons aussi le cas des oiseaux dont l’aire de répartition évolue en raison de l’augmentation de leur population ou de l’évolution des habitats. Ces égarés, en apparence, sont en réalité les pionniers d’un front de colonisation. L’élanion blanc, par exemple, s’est désormais bien installé dans le sud-ouest de la France, à partir de l’Espagne. Quant au cormoran pygmée, il était rarissime il y a encore dix ans alors qu’on l’observe actuellement sur le territoire métropolitain à toute saison, au point qu’une nidification imminente est attendue.
Une aire de répartition, c'est quoi ?
C'est la zone géographique dans laquelle une espèce vivante se reproduit régulièrement. Plus ou moins étendue, elle regroupe les conditions nécessaires à sa survie et son développement : température, relief, sources d’alimentation…
Retrouvez les réponses à vos questions dans notre rubrique Questions nature.
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