Une nurserie de chauves-souris dans une chapelle de l’Aubrac
Dans l’Aveyron, des grands rhinolophes reviennent chaque été mettre bas dans une chapelle romane. Reportage lors d’un comptage dans ce qui est la plus grande colonie d’Occitanie.
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La lumière dorée annonce un coucher de soleil imminent… mais aussi le réveil des chauves-souris. L’équipe de la LPO chargée du suivi des grands-rhinolophes est prête. Chacun s’est allongé dans l’herbe : « C’est plus facile, car dans cette position, nous voyons mieux les silhouettes des chauves-souris qui se détachent du ciel », précise Orianne Lavignon, chargé de mission sites à la LPO Aveyron.
Défilé de grands rhinolophes
Soudain, un premier grand rhinolophe sort et fonce droit dans le bois tout proche. Le départ est donné. Pendant un peu plus de deux heures, c’est un flux continu de grands rhinolophes qui déboulent ! Mieux vaut rester bien concentré pour les compter un à un. Le clic clic des compteurs accompagne alors les petits cris courts et aigus des chauves-souris. Cette petite musique promet déjà un bilan positif. C’est le deuxième et dernier comptage de l’été.
Habitat favorable
Les premiers grands-rhinolophes sont arrivés dans la chapelle d’Aurelle, à Saint-Geniez-d’Olt-et-d’Aubrac, il y a une vingtaine d’années. Perchée sur un promontoire rocheux de l’Aubrac et accessible seulement à pied, loin de l’agitation humaine, la chapelle est propice au recueillement. Mais pas seulement ! Pour les chauves-souris, c’est aussi un habitat favorable : la forêt, mais aussi les haies, les prairies et le ruisseau tout proches leur garantissent des ressources en nourriture.
Mauvaise réputation
Leur présence, cependant, n’a pas toujours été bien accueillie. En 2003, certains habitants se plaignent et demandent le déménagement de la colonie. Certains ont peur que le guano détériore le site. D’autres déplorent la présence d’un animal jugé à tort maléfique dans un lieu sacré et demandent le déménagement de la colonie. « Des discussions ont alors été engagées entre les différents acteurs (habitants, représentants de la paroisse, élus, représentants de l’État, association de protection de l’environnement), raconte Orianne Lavignon. Il a fallu rappeler que l’espèce était protégée. À ce titre, la colonie ne pouvait pas être déplacée et sa protection devait être assurée. »
Lire aussi : en Bretagne, 20 ans à créer des refuges pour les chauves-souris
Chacun son tour
La chapelle, restaurée dans les années 1980, reste ouverte au public jusqu’à la découverte en 2023 d’une quarantaine de chauves-souris mortes, durant l’été. « L’hypothèse du dérangement est très probable pour expliquer cette forte mortalité. La décision est alors prise de fermer la chapelle du 1 ermai au 1 erseptembre, le temps que les grands rhinolophes mettent bas et éduquent leurs jeunes », explique Orianne Lavignon.
Une petite trappe sur la porte d’entrée de la chapelle permet aux randonneurs de passage de découvrir l’intérieur de la chapelle pendant la période de fermeture. Sur les panneaux de sensibilisation, un QR code complète le dispositif et offre une visite virtuelle.
À l’intérieur de la chapelle, des bâches sont installées en début de saison pour faciliter le nettoyage de l’édifice religieux après le passage des chauves-souris. En septembre, quand les chauves-souris sont parties pour leur gîte d’hiver, le site est entièrement nettoyé pour accueillir de nouveau les visiteurs… humains, cette fois. Depuis la mise en place de ces mesures de protection, les effectifs repartent à la hausse.
Record absolu
Il fait désormais nuit noire. Les sorties de grands rhinolophes s’espacent de plus en plus, puis s’arrêtent. L’heure est alors au bilan. On additionne et les sourires se lisent sur les visages des compteurs du soir : 1761 grands rhinolophes ! Record absolu. C’est beaucoup plus qu’au premier comptage de l’été. Il y a bien sûr des jeunes qui désormais s’aventurent à l’extérieur. Mais la différence est telle qu’il y a une autre explication. « Une autre colonie est sans doute arrivée, après avoir mis bas ailleurs. Mais on ne sait pas vraiment pourquoi », confie Alix Thurow, chiroptérologue. Et de glisser : « J’aime bien qu’elles gardent une part de mystère… »
Girl power
Les femelles grands rhinolophes reviennent en général au même endroit chaque année pour mettre bas et éduquer leur petit. Les colonies sont donc des grandes familles… féminines composées de sœurs, de cousines, de mères, voire de grands-mères ! En restant ainsi groupées, elles se protègent d’éventuels prédateurs et s’entraident, par exemple en gardant parfois un œil sur le petit d’une autre quand sa mère part chasser.
Chauve-souris à l’honneur
La nuit internationale de la chauve-souris fête ses 30 ans en 2026. Jusqu’au 23 septembre, des ateliers, conférences, observations, balades nocturnes sont organisées pour sensibiliser à la protection des chiroptères. Le week-end du 28, 29 et 30 août concentre les animations.
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