Mon jardin connecté : qui a survolé ma maison cette nuit ?
Et si l’on profitait des nuits d’été pour écouter les migrateurs nocturnes, ces ovnis ? Fermons les yeux, place à l’ouïe ! Et en guise de jumelles, branchons la parabole.
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La première fois que j’ai pris conscience de la migration nocturne, cela remonte à l’adolescence. C’était lors d’une des innombrables nuits à la belle entre amis ou en famille. Un chant de caille qui se déplaçait parmi les étoiles ! « Plus d’tabac, plus d’tabac », transcription que je tenais de mon grand-père. J’ai appris plus tard que la culture paysanne utilisait plus couramment « Paye tes dettes » pour transcrire le répétitif pit pidit du minuscule gallinacé. Chacun ses priorités. Par la suite, je dois admettre que les épopées des oiseaux au grand jour ont capté toute mon attention et éclipsé ce petit souvenir fondateur.
Mon jardin connecté est une rubrique naturaliste inaugurée dans la nouvelle mouture de la Revue Salamandre. Tous les deux mois, Jean-Philippe Paul, rédacteur en chef, y relie son jardin à des horizons plus larges.
Mais depuis quelques années, grâce à l’engouement croissant de la communauté ornithologique, je suis de nouveau captivé par ces oiseaux voyageurs noctambules identifiables, des ovnis bien réels ! C’est que les espèces qui transitent sous les étoiles sont nombreuses : passereaux, limicoles, hérons, canards… Et ce, dès la fin de l’été, ce qui présente l’avantage d’offrir un confort météorologique pour les conditions d’écoute. Pour ma part, j’ai abandonné cette pratique au printemps pour une raison aussi simple que paradoxale : j’héberge au jardin un rossignol intarissable qui s’octroie le monopole acoustique de fin avril à début juin. Décibels au maximum, presque jamais de pause… Rédhibitoire.
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Qui est-ce qui peut bien survoler la maison la nuit ? Question passionnante. Les premières écoutes répétées en août et septembre 2022 ont révélé des espèces certes attendues, mais dont le contact sonore et l’identification étaient à chaque fois source d’émerveillement. Ti-di-di : un chevalier guignette qui coupe la boucle de la rivière ? un siip très aigu : le gobemouche gris ! Kroak, kroak – un de mes préférés : plusieurs bihoreaux gris en errance.
J’avais lu quelques années auparavant les récits de pionniers nord-européens de la discipline réunis dans un collectif et un site Internet, le bien nommé The Sound Approach. J’avais été fasciné par l’idée de capter le bruant ortolan, une espèce chère à mon cœur, symbole d’une avifaune campagnarde en voie de disparition et de combats juridico-scientifiques pour stopper son braconnage printanier en France.
On se prend au jeu !
Là, la technique entre en jeu. Comme il faut bien dormir, les fadas de migration nocturne délèguent l’écoute à un enregistreur équipé d’un micro et parfois d’une parabole. Le matin, c’est alors l’excitation de l’épluchage des sonagrammes. Loin des beaux dessins dans les guides permettant l’identification d’un oiseau par la vue, l’austérité de ces gribouillis, agencés sur des échelles de temps et de fréquence, peut rebuter au premier abord. Mais on se prend vite au jeu. Révélation !
“Quel bonheur de les imaginer déferler vers le sud-ouest dans le plus grand secret !
„
Dès la troisième décade d’août, les ortolans passent presque chaque nuit ! La diversité étonnante de leurs cris telle que décrite dans les articles spécialisés se dessine sur le logiciel d’analyse des sons. Des tew en forme de barres penchées entre 3 et 6 kHz, des tslew, des plik et d’autres suspectés, mais difficiles à confirmer. Quel bonheur ensuite, la tête dans les étoiles, de les imaginer déferler vers le sud-ouest dans le plus grand secret, hors de portée des oreilles.
Le 13 août 2023, ce sont plusieurs gouenk caverneux et nasaux qui bousculent l’image que je m’étais forgée de l’avifaune de mon jardin. L’oreille compare aux enregistrements partagés par la communauté, l’œil détaille le dessin du son sur le sonagramme : un petit chapeau culminant à 2 kHz, répété régulièrement en s’éloignant. C’est bien lui : le blongios nain ! Le plus petit héron d’Europe, que jamais je n’observerai de jour ici, me survole pendant mon sommeil. Il en passera trois cette nuit-là. Il leur faudra trouver une roselière ou une saulaie inondée pour se poser avant l’aube. Un défi de plus en plus ardu à relever.
Le saviez-vous ?
Si une fenêtre de toit ou un balcon peut faire l’affaire quand on ne possède pas de jardin, la clé est avant tout un environnement sonore calme. Bien sûr, avoir de bonnes oreilles – don inégalement partagé et jamais acquis à vie – est un gros plus. Côté matériel, micro et casque décuplent les possibilités, une parabole encore plus. Pour les accros, le programme de science participative Vol de nuit, animé en France par la Ligue pour la protection des oiseaux, est passionnant.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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