Mon jardin connecté : le frelon asiatique s’est installé chez moi
Vingt-deux ans après son arrivée en Europe, le frelon dit asiatique habite durablement le jardin. Mais, au niveau local comme international, la guerre lui est officiellement déclarée.
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Une ouvrière de frelon (asiatique) à pattes jaunes chasse entre le romarin, l’origan et l’estragon. Une observation banale depuis ma première rencontre avec l’illustre hyménoptère dans le jardin, à l’été 2023. Il aura fallu sept mille jours à Vespa velutina pour venir jusqu’ici, depuis son tout premier signalement français et européen, en 2004.
L’insecte colonial fait partie du paysage, au point qu’en octobre dernier, j’ai dénombré quatre nids dans un rayon de 1 km autour de la maison ! En voyant ces ballons grisâtres ballotés dans les bourrasques d’équinoxe, tandis qu’alentour, branches et arbres entiers craquent, j’étais épaté par leur résistance. J’ai lu dans une étude portugaise que ce nid était constitué de fragments végétaux associés à des éléments apportés par la salive de l’animal. Dans la composition de cette maison de papier, les chercheurs identifient de l’oxalate de calcium, de l’azote et divers minéraux : quartz, chaux, phlogopite ou microcline… L’article conclut sur le biomimétisme : l’œuvre de ces frelons serait très inspirante pour l’industrie, la construction écologique ou l’impression 3D. Rien de surprenant, le savoir s’est toujours enrichi grâce aux voyages…
Mon jardin connecté est une rubrique naturaliste inaugurée dans la nouvelle mouture de la Revue Salamandre. Tous les deux mois, Jean-Philippe Paul, rédacteur en chef, y relie son jardin à des horizons plus larges.
Cependant, depuis le point zéro de sa colonisation, il y a 22 ans, dans le Lot-et-Garonne, le robuste insecte fait surtout parler de lui en des termes peu flatteurs : l’envahisseur exotique est dangereux pour les abeilles domestiques, les équilibres naturels ainsi que la santé humaine. La presse locale regorge d’articles à son sujet, tandis que fleurissent les destructions de nids par drone pulvérisateur.
Lire aussi : la bondrée apivore, solution face au frelon asiatique ?
Je me garderai bien d’avoir une opinion tranchée sur un sujet aussi complexe, mais la notion d’espèce envahissante donne moralement le vertige. Surtout si l’on consulte une application montrant le trafic aérien et maritime en temps réel… Qu’espérions-nous en nous agitant ainsi quotidiennement autour de la planète avec notre fourmillement d’embarcations ? Que, contrairement à nous, les petites bêtes, les plantes et les virus allaient sagement rester à leur place ? Que cloisonner le vivant à notre guise serait aisé ? Cela n’a jamais existé. Et puis, entre nous, le frelon européen aussi est originaire d’Asie, il s’est dispersé vers l’ouest il y a longtemps.
En mars dernier, le gouvernement français a annoncé un plan national de 3 millions d’euros par an pour lutter contre le fameux frelon. Si l’on ne peut que saluer la volonté d’aider l’apiculture à faire face à ce prédateur efficace, on peut s’interroger sur la promotion, dans le même temps, d’une loi réautorisant les insecticides néonicotinoïdes dits… tueurs d’abeilles !
Et au niveau local, même confusion. En annexe de l’atlas intercommunal de la biodiversité élaboré dans ma vallée jurassienne, on peut lire en tête des priorités d’actions : lutte contre le frelon asiatique. Reléguée en catégorie de priorité 2, en revanche, on trouve la restauration des milieux naturels et de la biodiversité. Lorsque je fais part de ma surprise, on me répond que les élus préfèrent les opérations concrètes et pragmatiques, facilement actionnables plutôt que les concepts et théories complexes. Amalgame peu flatteur pour les maires, et triste aveu que celui d’admettre aussi froidement qu’il est plus motivant de détruire le symptôme que de soigner les causes profondes d’une biodiversité malmenée.
Lire aussi : le frelon européen est aussi nocturne
Alors qu’une ombre traverse le jardin, je lève les yeux vers la silhouette d’une bondrée apivore. C’est le mâle sombre qui niche dans le bois voisin. Je pense aussitôt à la récente étude espagnole qui a démontré l’efficacité de ce rapace spécialiste contre le frelon à pattes jaunes : un couple pourrait prédater plusieurs dizaines de nids par an !
Un oiseau migrateur venu d’Afrique tropicale pour aider à la régulation d’un insecte originaire de Chine. Tellement plus classe qu’un drone !
Le saviez-vous ?
Tous pour un : L’apparition de Vespa velutina – dit frelon asiatique ou à pattes jaunes – au Portugal (2011), en Belgique (2016), en Suisse (2017)… raconte la même histoire. Celle d’une reine fécondée arrivée accidentellement de la région de Shanghai (Chine) dans une livraison pour un horticulteur du Lot-et-Garonne, en 2004. L’analyse génétique sur le premier individu irlandais (2021) soutient encore cette hypothèse : il y aurait un seul front de colonisation issu du premier spécimen arrivé en France.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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