Les mammifères qui accompagnaient les mammouths
Se projeter au temps des mammouths, se couler dans l'océan des graminées, écouter la multitude qui broute : chevaux, antilopes, bisons. Et ces cris au loin qui font se resserrer le vaste troupeau ? Lion ou hyènes ?
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Au pied de la colline où les corbeaux ont bâti leur donjon, les saisons passent sur la plaine des mammouths. Au printemps, quand elle dégèle en surface, la steppe fleurit brièvement tandis qu'une herbe détrempée verdit à perte de vue. Puis le vent sec et le soleil évaporent cette heureuse humidité. La gamme des verts décline au profit des ocres, des bruns, des pailles, pour ne plus former à l'automne que des écrins serrés autour des lacs et des étangs. C'est là que se rassemblent les immenses troupeaux avant l'hiver. C'est là que les attendent les prédateurs, lions des cavernes, loups ou hyènes.
Galops et envols
Malgré son climat rigoureux, la steppe nourrit un nombre incalculable de mammifères. Cette vie qui grouille, cette énergie prodigieuse dégagée par les masses innombrables au galop, ce théâtre de vie et de mort permanent, on ne les retrouve plus de nos jours, hélas, que dans quelques grands Parcs nationaux d'Inde ou d'Afrique.
Ce soir d'automne, le marais est couvert d'oies, de chevaliers, de canards sur le départ. Partout résonne l'appel flûté des courlis, le hennissement des chevaux sauvages. Au bord de l'eau viennent boire les bisons des steppes. Ils sont accompagnés par un groupe d'antilopes saïgas au museau prolongé en trompe. Un rhinocéros laineux de quatre mètres de long surgit entre les laîches et replonge. Et dire que les mammouths, symboles majestueux de cette faune glaciaire, sont encore plus massifs, hauts et forts! Ce serait si beau, de les voir se baigner ou défiler comme nos éléphants d'aujourd'hui.
A chacun son herbe
De quelle manière ce prodigieux bestiaire se répartit-il espace et nourriture ? Les chevaux, les bisons et les antilopes se concentrent dans les régions plates. C'est aussi le cas des rhinocéros et des mammouths. Alors que les premiers, appuyés sur leur corne, tête penchée contre le sol, ne peuvent brouter que des herbes courtes, les seconds, grâce à leur trompe, cueillent des gerbes de hautes graminées. Quant aux antilopes, elles sont seules à engloutir les lavandes de mer et autres plantes indigestes qui poussent dans les marais saumâtres. Enfin, les élans et les cerfs mégacéros pâturent surtout sur les terrains humides non salés.
Mammouths et bisons se retrouvent dans les collines. Rennes et bœufs musqués, consommateurs des lichens de la toundra, colonisent les régions les plus froides, ou broutent au gré de leurs transhumances les feuilles des saules et des bouleaux.
Alors que toutes ces bêtes compagnes des mammouths s'ébrouent, s'envolent, s'assemblent pour la nuit, toujours aucun barrissement dans l'air. Les maîtres de la steppe se font désirer.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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