Fleurs de sel et plantes des marais - La Salamandre
Les prés salés s’étendent parfois sur des centaines d’hectares. Comme ici, dans la baie du Mont-St-Michel. Les moutons raffolent de cette végétation composée de plus de 70 plantes différentes. / © Christophe Courteau

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Vacances à la mer

Fleurs de sel

Les plantes des marais littoraux content une histoire qui ne manque pas de sel : celle de la rencontre entre terre, rivières et océan.

Auteur

Aino Adriaens



Les plantes des marais littoraux content une histoire qui ne manque pas de sel : celle de la rencontre entre terre, rivières et océan.

S’il existe un endroit que les vacanciers ignorent ou évitent, c’est sans doute le marais salé. Il faut bien admettre que l’endroit est de prime abord peu engageant : couleurs grisâtres, vase glissante et nauséabonde, chaleur, mouches et bêtes grouillantes… Ne vous laissez pas décourager ! Passées les premières angoisses, vous ne pourrez qu’être séduit par l’ambiance particulière qui se dégage de ces terres plates et salées.

Vases bleues

Discrets ou gigantesques, les marais salés caractérisent le littoral de la mer du Nord, de la Manche et de l’Atlantique. Ils se forment principalement dans les baies abritées, à l’embouchure des ruisseaux et dans les estuaires. A chaque marée, deux forces s’y rejoignent lentement, celles de la mer et de la rivière, qui toutes deux charrient et déposent sur le sol leur lot de sédiments et de matières organiques. La décomposition et la fermentation de celles-ci donnent naissance à la vase, qui noircit ou bleuit en s’oxydant.

Sur ces terres étranges, où convergent eau douce et eau salée, poussent des plantes très spécialisées. Comme toutes les espèces soumises au flux et au reflux de la mer, elles se répartissent sur l’estran selon leur capacité à supporter à la fois le sel, l’immersion prolongée et la force des courants marins.

Fleurs de sel et plantes des marais - La Salamandre
Les marais salés forment un labyrinthe de creux et de bosses sur lesquelles se concentre la végétation. La vase nue et les chenaux révèlent les zones inondées par les marées régulières. / © Christian König

Stratégies

Certaines plantes ont opté pour la succulence : en transpirant, leurs tiges et leurs feuilles charnues accumulent beaucoup de sel, mais régulent sa concentration en se gorgeant d’eau. C’est le cas des salicornes. Basses et trapues, ces pionnières de la vase se rencontrent surtout aux premières loges de la marée montante. Moins exposée, la lavande de mer préfère une autre stratégie : elle rejette au plus vite le sel excédentaire grâce à des glandes épidermiques.

Aucune plante du marais ne peut se passer totalement de sel. Sans lui, les graines de la soude maritime par exemple sont tout simplement incapables de germer !

Légumes de mer

Riches en sel, les plantes des vasières littorales ont été récoltées et utilisées durant des siècles à des fins culinaires ou thérapeutiques. Aujourd’hui encore, des amateurs les consomment comme condiment, en soupe ou en salade, voire en infusion. La salicorne, l’obione et la bette maritime appartiennent d’ailleurs à la même famille botanique que les betteraves et les épinards…

Fleurs de sel et plantes des marais - La Salamandre
Salicorne / © Aino Adriaens

Salicornes

Guère plus haute qu’une pomme, la salicorne piquette les vases nues du littoral. Ses tiges boudinées rougeoient à l’automne, et ses ramifications lui donnent l’allure d’une prêle ou d’un petit sapin. La salicorne est pourtant une véritable plante à fleurs : minuscules, celles-ci se cachent à la base de chaque boursouflure. Cette plante comestible se déguste au vinaigre, façon cornichons.

Fleurs de sel et plantes des marais - La Salamandre
Obione / © Aino Adriaens

Obiones

De gros massifs vert grisâtre ourlent les dépressions vaseuses et les chenaux qui sillonnent le marais. C’est l’œuvre de l’obione, une plante à mi-chemin entre l’herbe et le buisson. Ses feuilles épaisses paraissent coriaces, mais ne vous y trompez pas. Très cassantes, elles supportent mal le piétinement. Tendres, elles accompagnent divinement les salades !

Fleurs de sel et plantes des marais - La Salamandre
Soude / © Christian König

Soudes

La soude commune, habituée des marigots, et surtout la soude brûlée, sa cousine du haut des plages, étaient autrefois utilisées pour leur richesse en sels de soude. Après avoir brûlé ces plantes, on extrayait de leurs cendres la précieuse matière minérale. Les cristaux de soude étaient vendus aux verriers, qui les utilisaient pour abaisser le point de fusion du verre.

Fleurs de sel et plantes des marais - La Salamandre
Lavande de mer / © Aino Adriaens

Lavande de mer

Dans le courant de l’été, les lavandes de mer apportent une touche colorée à la grisaille des prés salés. Les inflorescences qui se dessèchent sans tomber leur valent également le nom d’immortelles bleues. On en dénombre plusieurs espèces, dont certaines, trop cueillies pour la confection de bouquets secs, sont aujourd’hui protégées.

Fleurs de sel et plantes des marais - La Salamandre
Aster maritime / © François Signoret

Aster maritime

Comme la lavande de mer, l’aster maritime n’apparaît que sur les points les plus hauts du marais. Ces bosses couvertes d’une végétation dense ne sont inondées que lors des marées de vives-eaux. Cousin des pissenlits, l’aster se reconnaît à ses jolis capitules violets à cœur jaune. Il fleurit jusqu’en septembre.

Fleurs de sel et plantes des marais - La Salamandre
Bette maritime / © Christian König

Bette maritime

Ces feuilles larges et luisantes ont un air de famille avec la betterave. Rien de surprenant : la bette maritime n’est autre que sa digne aïeule ! Suite à un long processus de sélection horticole, cette plante littorale est à l’origine de toute la palette actuelle de bettes à cardes et de betteraves ventrues.

Condiment existentiel issu de l'océan primitif, le sel a joué un rôle clé dans l'histoire de l'humanité. Pour tout savoir sur le roi de la table, parcourez notre dossier.

Retrouvez la totalité du dossier consacré à la mer : Vacances à la mer

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Vacances à la mer

Couverture de La Salamandre n°175

Cet article est extrait de la Salamandre

n° 175  Août - Septembre 2006
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