Fleurs de haute montagne, partez à leur découverte en Suisse
Lac de l’Hongrin et Pointe d’Aveneyre depuis le jardin alpin. / © Milo Genasci

A la découverte des plantes de haute montagne

Les sommets de Montreux abritent l’un des plus hauts jardins botaniques d’Europe. Découverte d’une collection de fleurs armées pour survivre aux rigueurs de l’altitude.

Auteur

Nathalie Jollien



Les sommets de Montreux abritent l’un des plus hauts jardins botaniques d’Europe. Découverte d’une collection de fleurs armées pour survivre aux rigueurs de l’altitude.

Fleurs de haute montagne, partez à leur découverte en Suisse
En compagnie de Bruny Monney, ancienne responsable de La Rambertia / © Loïc Jeanbourquin

Le train à crémaillère monte toujours plus haut. Après avoir traversé villages et forêts, il arrive à destination. « Les Rochers-de-Naye », gare terminus, tout le monde descend. Un petit vent frais vient chatouiller les mollets, pas de doute, nous sommes bien en altitude. Devant nous, le sommet culmine à 2 042 m, offrant une vue imprenable sur le lac Léman. Sur notre gauche, un petit cabanon de bois se dessine au pied de deux éperons rocheux. « Vous voyez, c’est là-bas que se trouve le jardin », explique Bruny Monney. Notre guide du jour a été responsable bénévole du jardin alpin La Rambertia pendant douze ans et vient tout juste de passer la main. Passionnée de botanique, elle y retourne volontiers pour nous présenter ses petites protégées.

Des fleurs d’ici et d’ailleurs

Fleurs de haute montagne, partez à leur découverte en Suisse
Edelweiss / © Loïc Jeanbourquin

A cheval sur la crête, le jardin possède une réserve de flore pour plantes indigènes ainsi qu’une surface cultivée de 2 500 m. En plus des emblématiques edelweiss, gentianes et rhododendrons, il réunit toute une série de plantes alpines méconnues, des perles qu’une équipe de bénévoles s’applique à préserver.

A notre approche, les rocailles du sanctuaire se dévoilent, telle une palette de couleurs. Des touffes aux fleurs jaunes, roses ou violettes s’y disputent la vedette alors que des étiquettes indiquent des origines diverses. « A sa création en 1896, La Rambertia comptait 650 variétés. Aujourd’hui, il y en a environ 1 000, annonce Bruny Monney. Plus de la moitié fait partie de la flore helvétique. Les autres proviennent des régions montagneuses d’Europe comme les Alpes, les Pyrénées ou les Carpates, mais aussi d’Asie, d’Amérique et d’Afrique du Sud. »

Force tranquille des sommets

Fleurs de haute montagne, partez à leur découverte en Suisse
Androsace helvétique / © Loïc Jeanbourquin

Parmi toutes ces espèces, celle qui a passé des heures à choyer les plantations a un faible pour l’androsace de Suisse. Accroché sur la paroi rocheuse, ce petit coussinet vert grisâtre d’une dizaine de centimètres de diamètre ne paie pas de mine. Pourtant, il y a quelques semaines, pendant sa floraison, la plante était tapissée de fleurs blanches semblables au myosotis. « Surtout, il faut s’imaginer que malgré sa petite taille, elle est déjà âgée de plus de soixante ans ! », s’émerveille-t-elle. Comme d’autres plantes alpines, sa vitesse de croissance est particulièrement lente. Il faut dire que La Rambertia est située à 1 980 m, ce qui en fait l’un des jardins les plus hauts d’Europe. A cette altitude, les conditions de vie peuvent être particulièrement rudes.

Froid et neige en hiver, sécheresse en été, sols pauvres, vent… la flore des milieux alpins doit faire face à de multiples contraintes. Pour cela, elle a développé des stratégies d’adaptation parfois convergentes. Comme l’androsace de Suisse, le coussin des Andes, originaire d’Amérique du Sud a pris la forme d’un coussinet. Un bon moyen de réduire ses pertes en chaleur et en eau. Comme elles, d’autres plantes restent au ras du sol. Là, elles ont moins de prise au vent, évitent la casse et bénéficient durant l’hiver de l’isolation thermique offerte par la couverture neigeuse.

Autre équipement efficace : la pilosité. « Sur l’épervière velue, on voit nettement de longs poils blancs qui habillent les tiges et les feuilles, note Bruny Monney en pointant l’intéressée. Il y en a également sur chacune de nos treize variétés d’edelweiss, peu importe leur origine. » Cette fourrure, au-delà de donner un aspect ouaté, prémunit de la sécheresse et du gel.

Troc de semences

Accroupie au bord du chemin, la passionnée collecte délicatement des semences. « Le jardin fait partie d’un réseau international d’échange de graines qui assure leur traçabilité, dit-elle. Nous maintenons à jour une liste de nos plantes et établissons chaque automne un Index seminum, c’est-à-dire un catalogue de graines disponibles. Tous les ans, plusieurs centaines de sachets de semences sont envoyés à des dizaines de jardins botaniques à travers le monde. » Ainsi, le jardin participe à la conservation de la biodiversité. Il prend soin, entre autres, d’une cinquantaine d’espèces protégées en Suisse ou dans le canton de Vaud, dont les graines peuvent être expédiées vers d’autres jardins qui les cultiveront à leur tour.

Faire connaître et apprécier la flore alpine à ses visiteurs est un autre objectif de La Rambertia. En voyant les visiteurs repartir le sourire aux lèvres, on ne peut que constater que ce but est atteint.

Article initialement publié dans la revue Salamandre sous le titre "Les perles du jardin alpin"

Couverture de La Salamandre n°253

Cet article est extrait de la Salamandre

n° 253  Août - Septembre 2019
Catégorie

Récit des balades

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