Culture de prédateurs
AbonnésPendant plusieurs décennies, le canton de Berne a pratiqué des rempoissonnements de brochets dans le lac de Bienne. Le déroulement de ces manipulations délicates en vidéo !
Au printemps, le brochet oublie sa légendaire discrétion et se rapproche des rives des lacs pour se reproduire dans les herbiers. Hélas, ce grand prédateur souffre de la raréfaction des milieux naturels où il a l’habitude de frayer. « Dans le canton de Berne par exemple, la surface totale de roselières a diminué et la régulation ou la variation du niveau des lacs a provoqué la disparition des prairies inondables qu’il affectionnait », explique Gérard Zürcher, garde-pêche cantonal.
Pour faire face à ce problème et garantir la survie du brochet dans les plans d’eau bernois, mais aussi pour stabiliser le nombre de captures de cette espèce à la grande notoriété gastronomique, le canton a commencé à pratiquer le rempoissonnement dans les années 1950. « Début mars, les pêcheurs professionnels posent des nasses dans les roselières du lac de Bienne, là où les brochets viennent se reproduire. Les adultes capturés sont acheminés à la pisciculture cantonale de Ligerz, où les garde-pêches provoquent le frai en pressant doucement les flancs des femelles… » révèle Gérard Zürcher. Les millions d’ovules récoltés sont ensuite artificiellement fécondés par la laitance obtenue de quelques mâles. Très délicat, l’élevage des brochetons est suivi au pas par pas. Les étapes de développement sont les mêmes que dans la nature, avec une grande différence: le taux de survie est plus élevé grâce aux conditions de fécondation plus denses et à une température d’incubation contrôlée. Et dans la pisciculture, il n’y a pas de prédateurs!
« Une fois atteinte la taille de 10 mm, les brochets ont survécu la phase la plus délicate de leur développement. Les alevins sont alors réintroduits dans les eaux des roselières sur une surface autant vaste que possible afin de réduire les risques de compétition », détaille le garde-pêche.
Si pendant un certain temps la main de l’homme a compensé la destruction des frayères, des mesures d’économie ont interrompu le financement de cette pratique en 2014. Depuis, les Esox bernois devront s’en sortir tous seuls.
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