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Confessions d’un rougegorge

Les techniques de chasse aux insectes du rougegorge

Le rougegorge nous révèle ses techniques de chasse. A la fois gobeur et pêcheur, l'oiseau a une palette de proies des plus variées qui n'a pour limite que la taille de son bec.

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Bouchées doubles pour le rougegorge - La Salamandre
La palette des proies du rougegorge n’a pour limite que la taille de son bec. / © Laurent Willenegger

«Pour se reproduire, il faut d’abord survivre. Et manger tous les jours de l’année. Mes proies dictent les lieux où je me trouve et ceux que j’évite. Quant à mes migrations, elles sont, elles aussi, des réponses à mes besoins de nourriture. Bref, mes chasses gouvernent ma vie.

Je peux manger de tout, avec une nette préférence pour la chair animale : petites bêtes qui ondulent, qui enjambent les feuilles mortes ou s’enfouissent dans la litière. J’aime arpenter l’ombre fraîche des sous-bois dont l’humidité fertile est si favorable à mes proies.

Guetter leur venue, couper leur retraite et les sentir se débattre dans mon bec, ça m’excite ! Pincer le tipule si tendre. Embrocher une succulente larve de carabe. Broyer doucement une mouche. Autant de plaisirs savoureux qui garantissent ma survie dans ce bas monde.

Pour une fois, c’est moi qui tiens le couteau par le manche. Je suis la terreur qui domine ces foules de pattes filiformes, de cuticules dérisoires et de tissus juteux.

Gobeur et pêcheur

Mes grands yeux perçants fonctionnent magnifiquement, même dans l’obscurité, ce dont je ne suis pas peu fier. Je peux chasser avant l’aube et jusqu’au crépuscule.

Et mon bec ? Une merveille. Ni trop fin, ni trop épais. Il saisit avec précision les proies, des plus menues aux plus robustes. Par temps frais, celles-ci réduisent leur activité. Je les débusque en sautillant au sol, quitte à retourner les feuilles mortes à la manière d’un merle.

Lorsque la température monte, je chasse comme un gobemouche en adoptant la tactique du pendule. Embusqué à mi-hauteur dans la broussaille, je fonce au sol au moindre mouvement. Il m’arrive aussi de papillonner pour saisir un insecte au vol ou contre un tronc.

Croyez-moi ou non, je suis aussi martin-pêcheur sur les bords . Il m’arrive de saisir, dans la rivière en décrue, de petits poissons piégés dans les gouilles. En clair, je pratique presque toutes les chasses, pourvu qu’elles soient bonnes.

Collectionneur

La palette de mes proies n’a pour limite que la taille de mon bec. Je mange les larves et les adultes des papillons ou des petits coléoptères. Si le temps est très sec, à défaut de mieux, je me rabats sur une araignée. Quant au cloporte, je le chasse par temps humide. Seul le gel m’empêche de trouver de quoi me sustenter.

Pour gaver mes nichées, je craque pour les chenilles. Nombreuses, lentes, juteuses, elles sont bourrées d’une énergie qui active la croissance. Quand la diversité des proies est à son comble, il m’arrive de capturer des bestioles encore plus spectaculaires, sphinx ou sauterelle.»

Régime spécial

Les proies habituelles du rougegorge mesurent en général de 3 à 8 mm et sont difficiles à reconnaître, puisqu’immédiatement avalées. Quand les jeunes éclosent, les adultes rapportent des proies beaucoup plus grosses et très riches en protéines : chenilles, tipules ou coléoptères. L’éclosion est calée sur l’abondance maximale de ces insectes, qui sont transportés en travers du bec et livrés en entier aux jeunes.

Panel protéiné en image:

Retrouvez la totalité du dossier : Confessions d’un rougegorge.

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Couverture de La Salamandre n°172

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 172  Février - Mars 2006, article initialement paru sous le titre "Bouchées doubles"
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