© Edouard Stoebener

À 17 ans, il réalise un film sur le martin-pêcheur : « j’ai adoré cette quête »

Edouard Stoebener, 17 ans, est lycéen à Neuchâtel. Passionné par le monde sauvage, il a choisi, l’an dernier, de consacrer un travail d'étude - le travail de maturité en Suisse - à la réalisation d’un film documentaire sur le martin-pêcheur. En affût puis en laboratoire, il dresse le portrait de la flèche bleue de nos rivières pour expliquer d’où vient sa couleur si particulière.

Edouard Stoebener, 17 ans, est lycéen à Neuchâtel. Passionné par le monde sauvage, il a choisi, l’an dernier, de consacrer un travail d'étude - le travail de maturité en Suisse - à la réalisation d’un film documentaire sur le martin-pêcheur. En affût puis en laboratoire, il dresse le portrait de la flèche bleue de nos rivières pour expliquer d’où vient sa couleur si particulière.

Pourquoi t’es-tu intéressé au martin-pêcheur ?

Le martin-pêcheur me fascine depuis tout petit. Sa couleur bleue n’est pas commune, et c’est aussi un oiseau relativement facile à approcher pour un premier film.

Edouard Stoebener sur le terrain. / © Edouard Stoebener

Et pourquoi sa couleur bleue précisément ?

Mon projet devait poser une question précise. Lors de mes recherches, j’ai découvert que sa couleur n’est pas juste jolie. Elle résulte d’un processus scientifique fascinant ! En général, dans la nature, ce sont des pigments qui créent les couleurs. Par exemple, la couleur orange provient des caroténoïdes. Mais pour le bleu, c’est différent : la couleur est due à la structure nanométrique des plumes. Celle-ci absorbe toutes les longueurs d’ondes de la lumière sauf le bleu, qui se réfléchit. Selon la lumière autour du martin-pêcheur, la nuance varie : bleu foncé si c’est nuageux, turquoise en plein soleil.

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Bleu foncé ou turquoise : les plumes du martin-pêcheur changent de couleur selon la lumière. / © Edouard Stoebener

Comment as-tu procédé pour montrer ce phénomène ?

Je me suis rendu au CSEM (Centre suisse d’électronique et de microtechnique) de Neuchâtel. Au laboratoire, il y avait bien les microscopes nécessaires pour réaliser ce genre d’images « nanométriques », mais les scientifiques n’avaient pas la technique, car ils n'analysent pas de plumes d’habitude… On a donc fait plusieurs essais avant de comprendre qu’il fallait couper la barbe en biais avec une sorte de mini-scalpel, pour voir à l’intérieur. Mais c’est vraiment minuscule : même pas un millimètre !

Le naturaliste s'est rendu en laboratoire avec des plumes de martin-pêcheur pour percer le mystère de leur couleur bleue. / © Edouard Stoebener

Qu’as-tu appris en menant ce projet ?

Beaucoup de choses sur la couleur du martin-pêcheur bien sûr, mais aussi sur la technique de la vidéo, du montage… Et énormément sur le terrain. J’ai passé plus de 60 heures en affût. Et au final, la scène où je filme le martin-pêcheur ne dure que quelques minutes. Mais ce n’était pas du temps perdu, car j’ai appris à être patient, à regarder la nature autour de moi… J’ai pu voir plein d'autres espèces auxquelles je ne m’attendais pas.

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Quelles étaient ces « surprises » ?

Je me levais très tôt le matin, vers 4h30. Je partais seul avec mon vélo. Je faisais 15 km jusqu’à l’étang et je patientais. Là, je ne bougeais plus et je repartais seulement quand le soleil était bien levé. Le matin, souvent, avant que le martin-pêcheur arrive, il y avait les castors qui passaient. J’avais l’impression qu’ils ne voyaient pas très bien, car ils venaient vraiment sur la berge à côté de moi et puis… ils faisaient leur vie de castors ! J’ai aussi adoré entendre les loriots d'Europe chanter. Parfois, je rentrais bredouille. Mais j’ai vraiment adoré ces moments, parce que j’ai été très indépendant tout le long du projet ! Je n’ai jamais demandé à mes parents de m’amener quelque part.

© Edouard Stoebener

Qu’as-tu préféré dans ce projet de documentaire ?

Passer du temps dans la nature, c’est super important pour moi. Et pouvoir juste être là, écouter les oiseaux, les observer… Je les voyais souvent voler au loin… Ce sont des scènes qui restent gravées dans ma mémoire : le matin tôt, c’est toute la forêt qui se réveille, et c’est aussi là où il y a les plus belles lumières. Avant le projet, je vadrouillais déjà avec mon vélo pour faire des affûts entre les cours, mais ce projet m’a permis d’y mettre toute mon énergie et d’approfondir mes connaissances sur un oiseau. J’ai adoré cette quête : repérer les endroits où il va se percher, chercher les bons coins où l’observer, anticiper ses mouvements, comprendre son comportement… C’était génial ! Et à force, je commençais à connaître leurs habitudes et j’ai réussi à faire des affûts bien placés pour le voir de près.

Qu’as-tu ressenti la première fois où le martin-pêcheur s’est approché ?

Je venais d’éteindre la caméra et il est arrivé. J’étais tout joyeux et j’ai pensé : « Waouh, c’est possible en fait, qu’il vienne si proche. Ce n’est pas un oiseau qu’on voit juste de loin… » Je tremblais et je n’osais même plus respirer. Je n’ai même pas réussi à faire d’images. Et en même temps, j’avais envie de profiter du moment et de le voir juste devant moi.

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© Edouard Stoebener

Quels sont tes conseils pour les lecteurs et les lectrices qui voudraient t’imiter ?

Il faut d’abord essayer de comprendre l’oiseau et ses habitudes, s’intéresser à son milieu, avant de vouloir forcément faire une photo. Sinon, on risque de le déranger. Il ne faut pas non plus avoir peur de se lever tôt. C’est important aussi de savoir profiter des moments où c’est beau plutôt que de toujours chercher l’oiseau. Enfin, il faut écouter son instinct, tout faire avec beaucoup de calme et de patience et remercier la nature pour tout ce qu’on voit, même si ce n’est pas ce qu’on attendait au départ.

Le témoignage d'Edouard Stoebener et ses photos seront aussi à découvrir dans le prochain numéro de la Salamandre Junior, daté avril-mai.

Le documentaire d'Edouard Stoebener :

En Suisse, le travail de maturité est un projet didactique à réaliser entre la première et la terminale. De forme plutôt libre, le devoir est noté et pris en compte pour le baccalauréat.

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