5 questions pas si bêtes sur la tégénaire des maisons

La tégénaire des maisons vous a déjà sûrement surpris depuis un coin de plafond cet automne. L'arachnologue Pierre Loria répond à quelques questions sur cette voisine à huit pattes.

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La tégénaire des maisons peut atteindre 10 centimètres d'envergure.
La tégénaire des maisons peut atteindre 10 centimètres d'envergure. / © Thijs de Graaf - stock.adobe.com

Alors que l'automne s'installe, la tégénaire des maisons, appelée aussi tégénaire noire, se balade dans nos intérieurs. Cette colocataire discrète et craintive, malgré sa taille qui peut parfois impressionner, est l'une des espèces d'araignées les plus communes de nos habitations (voir plus bas). Et comme c'est souvent le cas pour tout animal proche de l'homme, beaucoup de mythes entourent ce grand arachnide. Pierre Loria, arachnologue, nous aide à démêler le vrai du faux.

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Pourquoi vient-elle dans nos logements à l'automne ?

La tégénaire des maisons apprécie les endroits ombragés et à l'abri. Elle vit dans les sous-bois, les jardins, mais aussi les caves et les habitations. En automne, elle ne cherche pas vraiment à envahir nos demeures pour se nourrir ou se mettre au chaud : c'est avant tout une question de cycle de vie, nous explique Pierre Loria. « Dès la fin de l'été, les mâles deviennent adultes et quittent leur toile. Leur but n'est alors plus de se nourrir, mais de se reproduire. Ils errent à la recherche d'une femelle qui, elle, reste sur sa toile. » Cette quête conduit les mâles à sortir de leurs cachettes. Ceux qui vivaient à l'extérieur peuvent franchir nos fenêtres ouvertes ou s'infiltrer par les greniers, souvent par hasard. S'ils ne trouvent pas ce qu'ils cherchent, ils sont désorientés et flânent dans nos pièces.

Pierre Loria précise encore que, contrairement à un mythe plutôt commun, la tégénaire des maisons ne s'infiltre pas par nos canalisations. « Si vous en voyez une dans votre lavabo ou votre baignoire, par exemple, c'est qu'elle y est coincée. La surface est trop lisse pour qu'elle puisse grimper. » Il recommande de les aider à sortir.

Est-elle venimeuse ?

Eratigena atrica, de son nom scientifique, possède deux appendices buccaux, les chélicères, qui lui permettent de mordre ses proies… Et éventuellement les humains. Elle produit même du venin. Mais ce n'est pas pour autant que la tégénaire des maisons est agressive, bien au contraire, elle opte plutôt pour la fuite en cas de menace. « Il faut vraiment l'écraser au contact d'une peau fine pour risquer une morsure », explique Pierre Loria. Et pas de panique si cela vous arrive : le venin n'est pas du tout dangereux pour les grands vertébrés ; il est destiné à ses proies, donc de petits insectes et arthropodes. « Dans le pire des cas, c'est légèrement douloureux, il suffit de désinfecter. » Aucun risque non plus pour les animaux de compagnie, ajoute le spécialiste.

Quant à la légende qui raconte qu'elle viendrait nous piquer pendant le sommeil, Pierre Loria nuance : « Même si l'on voit deux petits points sur la peau au réveil, c'est impossible de déterminer qu'il s'agit bien d'une morsure d'araignée. Le seul moyen d'être sûr est de voir l'animal nous mordre. » Vous ne risquez d'ailleurs pas non plus d'en avaler une durant votre sommeil : elle ne s'aventurerait jamais près de votre bouche.

Lire aussi : L’anatomie d’une araignée en détail

Est-ce qu'il est possible de cohabiter ?

Avec une envergure qui peut atteindre 10 centimètres, la tégénaire noire est l'une des plus grandes araignées que l'on retrouve chez nous. De quoi compliquer la cohabitation avec les arachnophobes ! Pierre Loria conseille malgré tout de la tolérer si elle trouve un endroit discret pour tisser sa toile. « Les méthodes répulsives trouvées sur internet sont soit inefficaces, soit potentiellement toxiques pour l'environnement et pour l'humain », affirme l'arachnologue. Si sa présence dans une pièce de vie vous dérange, alors la meilleure solution reste de la déplacer délicatement vers un endroit plus approprié (un garage, par exemple, ou une cave) où elle pourra poursuivre son rôle de prédateur d'insectes sans être dérangée par l'aspirateur et vos activités quotidiennes.

Sortir une tégénaire des maisons de chez soi revient-il à la condamner à mort ?

Ce mythe très répandu est largement exagéré, selon Pierre Loria. La tégénaire est parfaitement capable de survivre à l'extérieur, où se trouve aussi son habitat naturel. Tant que les températures ne descendent pas à des extrêmes en hiver, elle ne risque rien. « Après, si l'on voit une femelle sur sa toile et qu'on la jette à l'extérieur dans la neige, il est possible qu'elle n'arrive pas à retrouver un endroit pour refaire sa toile, parce que cela lui demanderait trop d'énergie », précise le spécialiste. Mais pour un mâle errant en automne, le jardin reste un environnement parfaitement viable.

Combien de temps vit une tégénaire des maisons ?

« De manière générale, les araignées sont régies par le temps qu'elles mettent pour arriver à l'âge adulte », détaille Pierre Loria. En grandissant, elles muent, comme les serpents, puis, lorsqu'elles arrivent à maturité sexuelle, elles se reproduisent et meurent ensuite rapidement. Les tégénaires des maisons arrivent au stade adulte après une année et meurent en général à l'âge d'un an et demi ou deux. « Les femelles vivent un peu plus longtemps. Elles pondent un ou deux cocons dans leur toile et restent durant l'incubation et le temps de s'occuper des jeunes, allant jusqu'à plus d'un mois avant de mourir. »

Tégénaires en tous genres

La tégénaire des maisons (Eratigena atrica) est la plus courante de nos habitations, mais elles sont plusieurs cousines à se partager nos coins de meubles. Bien qu'elles portent toutes le nom vernaculaire de « tégénaire », il existe deux genres : Eratigena et Tegenaria. Des confusions sont donc possibles avec des espèces plus rares, comme la tégénaire domestique (Tegenaria domestica), la tégénaire des murs (Tegenaria parietina) ou la tégénaire rouillée (Tegenaria ferruginea). La principale différence se situe sur les pattes : elles sont annelées chez ces dernières et unies chez la première

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