Fabriquez de l’encre à la façon des moines copistes

© Cathy Bernot
  • Cible

    Amateur nature

  • Adulte

  • Durée

    -

  • Saison

    Automne

À la façon des moines copistes médiévaux, confectionnez votre encre grâce aux petits cadeaux cachés par une guêpe minuscule dans les forêts de chênes.

Publié le 2 octobre 2026

Activité proposée par Lucas Michelot

Le bruit des pas dans le sous-bois, voilà une science – ou un art ? – qui n’a pas encore de nom dans notre langue. Entre les hauts troncs d’une futaie de chênes, mes pieds foulent une partition de froissements de feuilles mortes, de caresses d’herbes clairsemées et du grattement occasionnel d’une ronce sur la toile de mon pantalon. Au sol, une forme inhabituelle attire mon attention : deux sphères de bois lisses et brunes d’environ 2 cm de diamètre. Impossible à confondre : je tiens dans le creux de la main les galles formées par la piqûre de la minuscule guêpe Andricus kollari.

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Ils ne paient pas de mine, et pourtant ces petits coffres au trésor ont longtemps été récoltés et commercialisés par millions. Source de cette convoitise : leur haute teneur en tanins, très recherchée pour la préparation du cuir, la teinture des textiles, la médecine et surtout la confection d’une encre noire indélébile, utilisée du Moyen âge jusqu’au XIXe siècle. Originaires du sud et de l’est de l’Europe, ces galles étaient transportées par millions vers le nord et l’ouest, d’où elles étaient absentes. Bien cachées dans ces cargaisons, les larves des guêpes parasites faisaient aussi partie du voyage et certaines s’échappèrent de leur prison de bois pour se reproduire et pondre sur les chênes septentrionaux. ­Aujourd’hui, l’insecte et sa galle sont présents jusqu’en Écosse et au Danemark… mais leurs pigments ont partout été remplacés par des substances de synthèse – comme pour cet article. Tout en songeant à ce pied de nez de l’Histoire, je grimpe aux branches du chêne le plus proche pour aller récolter une poignée de ces billes perchées au bout des rameaux. Si elles ne remplacent pas mon imprimante, elles complèteront en revanche parfaitement mon kit de peinture sauvage !

Recette : Encre degalles de chênes (pour ~250 ml d’encre)

• 20 g de galles de chênes

• 1 clou de girofle

• ½ càc de sucre blanc ou blond

• Eau

• 1 càs vinaigre

• De petits objets en fer rouillé (clous…)

Comment faire ?

  • Placer les objets rouillés, le vinaigre et 75 ml d’eau dansun bocal et laisser reposer pendant plusieurs semaines,en remuant régulièrement cette soupe de clous.
  • Broyer les galles le plus finement possible au mortierou dans un mixeur solide.
  • Mélanger la poudre de galle, 200 ml d’eau et le clou de girofle dans la casserole, faire bouillir doucement durant une heure avec un couvercle, en remuant régulièrement.
  • Filtrer le liquide à travers le tissu et la passoire, puis y ajouter la soupe de clous et le sucre, bien mélanger puis stocker dans le bocal.

Caractéristiques

  • Habitat : forêt, particulièrement en zones fraîches et un peu humides
  • Répartition : presque partout jusqu’en moyenne montagne, plus rare en région méditerranéenne
  • Récolte : galles sèches à partir de septembre, récoltables sur les rameaux pendant plusieurs mois
  • Parties utilisées : galles des rameaux, causées par la guêpe parasite Andricus kollari

A noter

Cette encre se conserve presque indéfiniment dans un récipient en verre fermé. À la longue, l’eau s’évapore et l’encre devient plus concentrée ; si l’évaporation est trop importante, il suffit d’ajouter un peu d’eau et de remuer le tout. Par ailleurs, cette encre est légèrement corrosive, il faut donc impérativement nettoyer soigneusement les pinceaux et plumes avec lesquels elle est utilisée.

Pour aller plus loin...

© Sylvain Leparoux
© Sylvain Leparoux
© Gaëtan du chatenet

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Cynips quercusfolii est un cousin d’Andricus kollari dont les galles ne se situent pas au bout des rameaux des chênes, mais sous leurs feuilles. Et pas n’importe quelles feuilles, les femelles pondent en priorité sur les plus grandes, dans les branches hautes et exposées au sud. Les flux de nutriments y sont plus importants, les galles y deviennent donc plus grosses – c’est-à-dire plus de nourriture pour les larves et une meilleure protection contre leurs ennemis. Pas folle la guêpe !

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Cet article est extrait de la Revue Salamandre

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