Pourquoi trop de ruches en ville menaceraient-elles la biodiversité ?

Isabelle Dajoz, écologue, explique comment les ruches installées en ville favorisent les abeilles au détriment d'autres espèces d'insectes.

Pourquoi trop de ruches en ville menaceraient-elles la biodiversité ?
En Europe, des entreprises spécialisées proposent de livrer des ruches sur le toit des bureaux. Nombreuses sont les sociétés qui se laissent séduire par ce geste d’apparence écologique. / © Laurent Geslin
Pourquoi trop de ruches en ville menaceraient-elles la biodiversité ?
Isabelle Dajoz Professeure à l'Institut d'écologie et des sciences de l'environnement de l'Université Paris-Diderot

Beaucoup de citadins pensent faire une bonne action en accueillant des abeilles sur leur toit. Mais c’est tout le contraire, car seule l’abeille *mellifère**, domestiquée pour son miel, en profite. Les milliers d’autres butineurs sauvages, quant à eux, souffrent de cette mode. Mon équipe a réalisé une étude sur Paris et constaté que plus le nombre de ruches augmente, moins on observe d’abeilles sauvages et autres pollinisateurs comme les papillons.
Les ouvrières s’accaparent en effet la majorité des ressources florales, déjà insuffisantes en ville pour rassasier tous les insectes. Cette pénurie peut avoir des conséquences sur les abeilles domestiques elles-mêmes, puisqu’elle amoindrit la production de miel et compromet ainsi la survie des colonies.

Que faire pour inverser la vapeur ?

Paris compte près de 30 ruches par km2, contre une moyenne de trois en France. En Suisse, ce chiffre est encore supérieur et s’élève à quatre. Or, il a été prouvé que dans la nature, des phénomènes d’interférences négatives se produisent justement dès le seuil de trois ruches par km2. Il semble donc indispensable de limiter leur nombre en milieu urbain. Cela peut passer par le retrait d’une partie des installations et par des lois plus restrictives. Besançon, dans l’est de la France, a déjà interdit toute nouvelle ruche sur son domaine public. Metz et Lyon s’y mettent aussi. Mais il faut surtout informer les entreprises et les particuliers des dangers de cette pratique qui a le vent en poupe.

Comment mieux aider les pollinisateurs ?

On peut leur offrir le couvert en plaçant, sur son balcon ou le rebord de sa fenêtre, des pots de fleurs nectarifères. Un récipient d’eau peu profonde avec quelques cailloux leur permet de s’abreuver sans se noyer. Dans un jardin, ne tondre que partiellement sa pelouse permet aux plantes locales comme le trèfle et le pissenlit de fleurir. Ce sont d’excellentes sources de nourriture. Pour le gîte, il faut redonner de la place au sauvage en oubliant çà et là quelques tiges et branches qui constituent autant d’abris. Installer un hôtel à abeilles sauvages leur offrira un site de nidification. Enfin, il est très important de bannir les pesticides, ces poisons destructeurs d’insectes.

Découvrez comment aider les abeilles chez vous.

* Mellifère

adj. Du latin mel, miel, et ferre, porter. Se dit d’un insecte qui produit du miel et aussi des fleurs dont le nectar est utilisé par ce type d’insecte pour faire du miel. En Europe, l’abeille domestique est la seule espèce à produire cette douceur tant recherchée.

Couverture de La Salamandre n°256

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 256  Février - Mars 2020, article initialement paru sous le titre "Pourquoi trop de ruches en ville menaceraient-elles la biodiversité ?"
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