© Nick Derry

Récit et dessins : le choucas des tours, ce futé ramoneur

Malgré son plumage de suie et son attirance pour les cheminées, le choucas des tours ne manie pas le hérisson. Portrait d’un petit malin aux yeux clairs.

Malgré son plumage de suie et son attirance pour les cheminées, le choucas des tours ne manie pas le hérisson. Portrait d’un petit malin aux yeux clairs.

Commençons par le commencement et appelons un chat un chat. Il n’est pas question ici de choucas des montagnes, mais bien de choucas des tours. Le premier est en réalité le chocard à bec jaune. Il est abusivement surnommé ainsi par les habitants des Alpes et des Pyrénées, mais aussi, par contagion, par les touristes été comme hiver.

L’oiseau à nuque grise et œil clair qui nous intéresse habite au contraire les basses altitudes. Villes et campagnes arborées résonnent de ses cris assez uniques dans sa famille, les corvidés. L’appel typique du choucas est un tchia aigu et couinant comme un jouet d’enfant. Mais attention, Coloeus monedula a plus d’une corde vocale à son arc acoustique. En cela, il est un digne représentant de sa tribu de corbeaux. Il peut donc émettre des cris râpeux proches de ceux de la corneille noire. Le spécialiste des sons d’oiseaux Stanislas Wroza les attribue à un état d’excitation ou d’alarme et les qualifie de plus enjoués que ceux de sa cousine. Ces notes élevées et perçantes se distinguent bien dans le brouhaha rauque des rassemblements hivernaux qui mêlent plusieurs espèces d’oiseaux noirs.

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Mais le jackdaw des Anglais – étymo­logiquement, le corbeau qui fait tchaak ou le petit corbeau ordinaire nommé Jack – présente bien d’autres originalités… À commencer par son œil couleur ivoire, grisâtre ou bleu très clair. C’est ce qui fascine l’artiste ornithologue Nick Derry qui a illustré ce récit. Le choucas est l’un de ses oiseaux favoris depuis l’époque où il l’observait partout, au pays de Galles, lors de ses études.

Il a très tôt croqué son portrait et a même sculpté une mascotte en papier mâché, nommée Jac-y-do – choucas en Gallois –, qui l’accompagne encore aujourd’hui, vingt ans après. « Avec son iris clair, on voit bien quand il nous observe », précise le peintre britannique, qui ne croit pas si bien dire. Cette sensibilité au regard a été étudiée par des scientifiques des Universités d’Exeter et de Cambridge. Ces derniers ont pu démontrer par l’expérience que le choucas pouvait reconnaître différents visages humains et réagir en fonction du caractère menaçant ou non de leur expression faciale. À l’avenir, si vous vous sentez dévisagé par un choucas des tours, sachez que ce n’est probablement pas qu’une impression ! Mais pourquoi une telle singularité dans une famille au regard généralement de charbon ? C’est que les iris de notre petit corbeau à tête d’argent jouent parfois aux yeux revolver…

Lire aussi: les 10 corvidés de France et de Suisse

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Selon des chercheurs, eux aussi d’outre-Manche, cela permettrait au choucas d’être plus vite averti lorsqu’une cavité est occupée. En d’autres termes, plus le regard réprobateur d’un propriétaire prêt à en découdre est détecté rapidement dans le noir, moins le visiteur impromptu s’attarde devant l’entrée, évitant ainsi une volée de plumes inutile.

Cette attraction pour les anfractuosités, voilà d’ailleurs une singularité de plus dans le monde des corneilles et des freux. Tandis que ses cousins construisent des nids de branches dans les arbres, Coloeus monedula affiche une préférence exclusive pour les trous d’arbres, les orifices dans les falaises et les bâtiments, ou encore les cheminées. D’où son petit nom connoté anthropophile de choucas… des tours. Il n’est donc pas rare de le voir partager les parties sommitales de nos chaumières, châteaux et églises avec les pigeons domestiques, les martinets et même l’effraie des clochers.

© Nick Derry

Il est un point commun que le choucas partage avec ses semblables au manteau ébène, et dont il se passerait bien, c’est la mauvaise réputation. Bien que protégé en France, il est localement dans le collimateur des agriculteurs qui, alliés aux porteurs de fusils, demandent sa régulation. En Bretagne, par exemple, ses effectif des maisons et du couvert largement favorisé par les pratiques agricoles. Cet omnivore se joint en effet aux troupes de freux et corneilles pour se régaler dans les champs. Régulièrement, les demandes de dérogation à ce statut de protection sont attaquées avec ou sans succès par les associations de défense des animaux. Lorsque les ennemis des choucas sont déboutés par l’administration, c’est généralement parce qu’ils n’ont pas suffisamment exploré d’autres solutions que la destruction directe des oiseaux pour protéger leurs cultures.

Gageons que l’opprobre jeté sur le choucas par endroits ne se répandra pas à une échelle plus large, et que le malin corbeau saura se tirer d’affaire sans jamais cesser de nous avoir à l’œil !

© Nick Derry

Le saviez-vous ?

Le cadet : Parmi les six corvidés noirs qui habitent l’Europe de l’Ouest, le choucas des tours figure parmi les plus petits, avec une envergure d’environ 70 cm. Ses battements d’ailes particulièrement rapides et sa silhouette compacte peuvent évoquer un pigeon de loin.

Voile d’hivernage : Entre octobre et mars, les choucas des tours de nos régions sont rejoints par des migrateurs venus du nord et de l’est. Un œil averti distinguera peut-être des individus avec un semblant de collier pâle étroit à la base du cou grisâtre, signant possiblement une origine scandinave. Parfois, des oiseaux orientaux également qualifiés de russes atteignent l’Europe de l’Ouest et présentent un large et long collier blanchâtre à la base de la nuque et des joues nettement plus claires que chez nos choucas locaux.


© Nick Derry

Pour aller plus loin :

Choucas chouchouté : Retrouvez notre article sur les mesures de conservation dont bénéficie le choucas des tours en Suisse. La population d’à peine 1 500 couples est soutenue par la Station ornithologique suisse, BirdLife et l’Office fédéral de l’environnement.

Sacrés corbeaux ! : Découvrez les prouesses des corvidés ainsi que les croyances et les menaces qui les entourent dans notre dossier en ligne, riche en récits, infographies, reportages et interviews.

Bande-son : Ecoutez les différentes voix du choucas des tours compilées par Stanislas Wroza sur le site Vigie-Nature.

© Nick Derry
Couverture de La Salamandre n°292

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 292  Février - mars 2026, article initialement paru sous le titre "Le futé ramoneur"
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Dessins Nature

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