© Dominique Artis

Les visiteurs d’une loge de pic photographiés sur le vif

Dans la forêt de Meudon, non loin de Paris, le photographe Dominique Artis a suivi des semaines durant les visiteurs d’une loge de pic très convoitée...

Dans la forêt de Meudon, non loin de Paris, le photographe Dominique Artis a suivi des semaines durant les visiteurs d’une loge de pic très convoitée...

Je ne compte plus mes pérégrinations pour observer la faune du massif forestier de Meudon et y saisir de nouvelles ambiances. Par un matin printanier, le chant sonore du pic noir retentit : Kruk kruk kruk kruk kruk… J’essaie de suivre son déplacement à l’oreille. Je repère finalement son vol entre les arbres encore nus jusqu’à ce qu’il se plaque sur le tronc d’un hêtre. Dans mes jumelles, je distingue la loge qu’il doit occuper, bingo ! Avec un maximum de discrétion, j’entame des séances d’affût à bonne distance, vêtu d’une tenue de camouflage.

Après quelques jours de patience, la nature semble décidée à me faire un cadeau. A l’aurore, entre deux giboulées, je me tiens immobile, assis contre une souche depuis plus d’une heure. La tête levée vers la cime, j’observe soudain un écureuil roux qui saute de branche en branche, puis d’arbre en arbre. Sa gueule déborde d’herbes sèches, de feuilles et de mousse. Je scrute ses déplacements jusqu’au hêtre qui fait l’objet de toute mon attention. Le voilà qui descend le long du tronc et se dirige vers la résidence du pic ! L’endroit semble parfait pour y faire un nid. Après avoir déposé les végétaux dans la loge, il répète son manège.

Ecureuil roux - Les visiteurs d'une loge de pic photographiés par Dominique Artis
Ecureuil roux apportant de l’herbe sèche au nid / © Dominique Artis

Ses allers-retours se suivent et se ressemblent, jusqu’à ce que le maître des lieux entre en jeu. Alors que le rouquin s’apprête à sortir de la loge, une silhouette sombre de grande envergure arrive droit sur lui. Coiffé d’une calotte rouge écarlate, c’est le mâle de pic noir qui se presse à l’entrée. L’appareil photo fixé sur mon trépied, j’étais prêt pour saisir cette rencontre insolite. Clic, clac, c’est dans la boîte ! L’oiseau s’accroche alors près de la loge, ses griffes ancrées dans l’écorce. Appuyé sur les plumes rigides de sa queue, il tente d’intimider le rongeur. L’écureuil finit par fuir mais revient peu après, apportant à nouveau des végétaux. Cette fois, c’est lui qui tombe face à face avec l’oiseau, qui a profité de l’absence du squatteur pour dégager le nid en construction. Avec le renfort bienvenu de la femelle, le couple parvient à chasser définitivement l’occupant pour reprendre possession de la cavité. Une petite heure plus tard, trois perruches à collier tournoient bruyamment à proximité. L’une de ces exotiques verdoyantes tente une intrusion, sans succès.

Je poursuis mes affûts autour de ce logement disputé jusqu’à fin mai, avec en guise d’épilogue l’envol de deux jeunes pics. Ces péripéties arboricoles auraient sans doute inspiré Jean de La Fontaine !

Perruche à collier - Les visiteurs d'une loge de pic photographiés par Dominique Artis
Perruche à collier / © Dominique Artis

Logés à la même enseigne

Pigeon colombin - Les visiteurs d'une loge de pic photographiés par Dominique Artis
Pigeon colombin / © Dominique Artis

La concurrence est rude entre les animaux cavernicoles qui cherchent un gîte sûr. Les vieux arbres dotés de tels logements creusés par les pics sont prisés par une ribambelle d’autres espèces. Les oiseaux sont particulièrement nombreux à les rechercher : sittelle torchepot, étourneau sansonnet, pigeon colombin, mésanges, chouette hulotte ou encore choucas des tours. Ces cavités peuvent aussi être utilisées par des mammifères, du loir à la martre des pins en passant par les chauves-souris. Il est ainsi primordial de conserver davantage de grands et vieux arbres dans les parcs et forêts.

En rouge et noir

Pic noir - Les visiteurs d'une loge de pic photographiés par Dominique Artis
Pic noir nettoyant le nid / © Dominique Artis

Atteignant 70 cm d’envergure, le pic noir est le plus grand représentant européen de la famille des picidés. Habitant des vieilles forêts, il niche principalement dans les hêtres. C’est vers l’âge d’un siècle environ que ces arbres atteignent le diamètre de 1,30 m, minimum requis pour abriter la nichée d’un tel oiseau. On estime que chaque jeune pic consomme 50 000 à 60 000 insectes durant son séjour au nid.

Dominique Artis

Graphiste à la retraite, Dominique Artis consacre une grande partie de son temps libre à la photo nature. Passionné d’oiseaux, il transite entre la baie de Somme et la région parisienne. Ses images sont réalisées à l’approche ou en affût.

Couverture de La Salamandre n°275

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 275  Avril - Mai, article initialement paru sous le titre "Querelle de voisinage"

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