Lectures de vacances, nos sept pépites pour l’été

Ils font partie du catalogue Salamandre, des récits qui vous emmènent tout près ou très loin, parfois les deux, des textes inattendus, précieux et finement ciselés. Accompagnez votre été de ces lectures à découvrir comme autant de trésors cachés.

Le cosmos est son terrain de jeu

La nature qu’elle foule de ses pieds, qu’elle sillonne au gré de son envie et de ses rencontres inattendues avec la faune sauvage, a pour elle la profondeur de l’Univers. Par une simple promenade matinale, Blandine Pluchet, physicienne, écrivaine et artiste, nous emmène très loin dans l’espace et le temps, aux origines de notre monde, aux confins du cosmos. Elle nous révèle pourquoi nous sommes littéralement des poussières d’étoile. Chemin faisant, elle nous remémore les liens originels qui existent entre le vivant et les astres, et notre destin commun avec la vie sur Terre, si riche et si fragile à la fois. Une rencontre inattendue avec un renard la pousse inconsciemment à être plus attentive à la faune sauvage autour d’elle, une marche pieds nus dans la forêt la ramène à la création du monde : « À chacun de mes pas, l’humus me rappelle l’automne et les pluies de feuilles quand le vent se lève. Sous mes pieds nus, il y a toute cette histoire qui se répète depuis des millions d’années. Celle des feuilles qui virevoltent des branches jusqu’au sol au gré des masses d’air, depuis que les arbres existent, sur la Terre, dans l’Univers. Là, je rencontre encore l’infiniment grand. Sous mes pieds nus, il y a l’Univers avec la matière vieille de quatorze milliards d’années. » Vertigineux !

L'Univers sous mes pieds, Blandine Pluchet, 176 p.

Dessins au fer rouge

De ses Alpes du sud natales aux confins de l’Amérique latine, Edmond Baudoin, grand adepte de l’autobiographie dessinée et mentor de la jeune génération de créateurs BD, raconte ses marches dans les contreforts alpins méditerranéens et parle de ses peurs, de ses flirts avec des compagnes comme avec la mort, en montagne et aux quatre coins du monde. Il nous surprend comme il a été surpris par des rencontres qui l’ont marqué au fer rouge, ainsi ce jeune combattant dans le Beyrouth des années 80, qui le voyant dessiner en pleine rue, sort une photo de son portefeuille et lui demande de faire le portrait de sa mère, ou encore cette admiratrice discrète à une dédicace, dont il remarque l’émotion et qui finit par lui confier qu’un de ses livres l’a sauvée du suicide. Edmond nous parle aussi des humains tels qu’il les voit s’agiter sur cette planète: « On s’obstine à nier la réalité, on mange, on dépense, on bouge dans du virtuel, comme des canards qui courent encore alors qu’on leur a coupé la tête », dit-il dans la langue à la fois chaleureuse et rugueuse qui est la sienne. Il habite un monde incertain, mélancolique par instants mais surtout regorgeant d’inattendu, de désirs, de rêves et de tendresse, et toujours aux accents de ce Sud éternel qui lui tient au cœur.

Quelques pas hors des cases, Edmond Baudoin, 128 p.

Le lampyre contre-attaque

Crimes et châtiments, scénarios dignes de thrillers à vous faire dresser les cheveux sur la tête, ruses redoutables, exploits qui défient les lois de la physique, la nature sous nos pieds est le théâtre d’épopées plus incroyables que le plus débridé des romans d’anticipation. Une guêpe parasite qui utilise un virus pour contourner le système immunitaire de ses hôtes, des plantes qui parlent entre elles en émettant de véritables sons, une limace qui se prend pour une feuille ou encore une douve du foie transformiste : Gregory Roeder, docteur en écologie chimique nous emmène aux frontières du réel avec des histoires pourtant vraies. Morceau choisi : « Le défilé se poursuit au sein d’une prairie marécageuse. De mauvais augure, celle-ci héberge d’effrayants asilidés, sortes de mouches velues exterminatrices d’une grande dextérité, puisque capables d’intercepter des victimes à six pattes en plein vol et de les mener aux enfers sans passer par le purgatoire ni mettre patte à terre. Ces mouches tueuses, ont mis au point des costumes imitant à la perfection certaines espèces de bourdons, là où d’autres se déguisent en abeilles ou même en guêpes. Un affublement doublement bénéfique pour les véloces mouches, harceleuses incognito de leurs futures victimes, qui leur permet de s’en approcher en simulant la familiarité, avant de finalement leur injecter sournoisement des enzymes digestives létales grâce à un organe en forme de trompe, le proboscis, utilisé comme un perforateur. » Malgré tout ce que vous apprendrez dans ce livre, n’arrêtez pas de marcher pieds nus dans la prairie, même si vous ne la verrez plus de la même façon !

Nature de science-fiction, Gregory Roeder, 176 p.

Passion pour une dame blanche

Un livre à nul autre pareil, tout autant que le duo de choc qui l’a écrit, Alexandre Roulin, un des meilleurs spécialistes de la chouette effraie qui l’étudie depuis quarante ans d’une façon très personnelle, comme il le confie dans ce récit en partie autobiographique, et Christine Mohr, spécialiste de l’analyse des comportements humains et des superstitions, qui nous aide à mieux comprendre les superstitions dont cette dame blanche aux allures fantomatiques est l’objet. Mais tout commence une nuit dans une grange, perché en équilibre précaire à 7 m du sol et il sera question de fichier à 5 millions d’entrées, de concert de hard rock sacrifié à l’observation de ce rapace nocturne fascinant, d’altercation homérique avec une fermière dure au cœur tendre, d’intrigues académiques picrocholines sans compter le retour salvateur sur le terrain comme aimanté par cet oiseau attachant qui pratique diplomatie, chasse, espionnage, solidarité, adultère, divorce, éducation des petits, etc. d’une façon qui très souvent nous parle à nous aussi les humains.

Ma vie de chouette, Alexandre Roulin et Christine Mohr, 176 p.

Rendez-vous avec une énigme

Le maître du polar naturaliste, Pascal Dessaint, a encore frappé, de quoi nous mettre K.O, et pourtant il avance ici avec la fibre humaine à fleur de peau qu'on lui connaît et une sensibilité par certains aspects inédite. D’autant qu’il ne s’agit nullement d’une fiction mais d’une histoire bien réelle se déroulant de nos jours. Au départ et jusqu’aux dernières pages, il y a une énigme : en 2008, une jeune femme a rompu avec la société pour vivre seule dans la nature, au cœur de la forêt cévenole. Si Pascal Dessaint part aujourd’hui sur ses traces pour tenter de percer le mystère, ce n’est pas un hasard. Le choix de vie de la jeune femme l’interpelle, le fascine, résonne en lui face à des événements abyssaux de sa propre existence. Il explore ce choix de vie (mais en est-ce un ?) en progressant sur les chemins perdus de la montagne aveyronnaise et de la Lozère, avec délicatesse, comme s'il ne voulait pas effaroucher celle qui se dérobe à la vue des humains. Il dresse ainsi un portrait en creux tout en pudeur de la femme errante, fait de questionnements aussi bien naturalistes et d’ordre pratique, qu’humains, nourris des rares témoignages de ceux qui l’ont aperçue.
Il évoque aussi des prédécesseurs qui ont autrefois pris le maquis dans cette région marquée par une tradition de résistance à l’autorité, convoque de nombreuses références du cinéma et de la littérature depuis Victor, l’enfant sauvage de Truffaut, jusqu’à Into the wild. Il finira au plus près des sentiers de la furtive dont l’histoire hante cette contrée isolée sans pour autant prétendre répondre à toutes ses questions et ainsi conserver à ce destin troublant sa part de liberté.

Une femme sauvage, Pascal Dessaint, 128 p.

Canopée opéra

Partez vous fondre au cœur des bois d’ici et d’ailleurs, sur les chemins de l'enfance, dans la jungle sauvage, aux abords d’un volcan imprévisible ou sous la canopée luxuriante de la Réunion, où il est facile se perdre et où se retrouver passe par l’écoute. « Les chants issus de la forêt sont traceurs d’existences et de lieux. Ce sont les vecteurs d’une vaste culture plurielle et multiforme qui peut se transmettre jusque vers un être humain à qui elle n’est pourtant pas destinée. Il n’est pas nécessaire pour cela d’être chaman. Il suffit d’être pleinement vivant et, au bout du compte, n’être plus dans, mais de la forêt. » Jacques Tassin a ainsi le don de parler des arbres de façon sensible et poétique, avec un rythme et une grâce dans l'écriture, sans s’éloigner de la rigueur scientifique. De quoi nourrir une réflexion philosophique profonde et accueillante à la fois, invitant le lecteur à jeter un autre regard sur ces géants que sont les arbres, tout comme sur leurs habitants. Le voyage d’une vie raconté d’un ton et d’une voix qu’on peut presque percevoir sonorement et qui ne vous quitte pas une fois la dernière page tournée.

Sous les arbres, Jacques Tassin, 160 p.

Route avec vue sur la vie

Il pourrait être le personnage d’une chanson de Georges Moustaki, avec ses airs de pâtre grec et ses cheveux aux quatre vents, Claude Marthaler a côtoyé toutes les latitudes et longitudes à la force des jambes, d’un tour du monde de sept ans à vélo jusqu’à l’irrésistible ascension à pied du plus haut volcan de la planète, l'Ojos del Salado. D'une plume alerte, il nous partage son feu intérieur qui l’amène à toujours se remettre en selle pour de nouvelles routes vers l'inconnu. « Pour voir loin dans le temps, il me faut voir loin dans l’espace. Le volcan, assoupi depuis des millions d’années, fertilise mon imagination. Son sein grandit à mes yeux comme une puissance primitive, féminine et sacrée, à mesure que je m’y abandonne. Cela fait bien soixante jours que je roule en altitude, la tête dans les nuages, pour atteindre la température du métal en fusion. À présent, je contemple la vue de toute mon âme. Sans angle mort ni de point aveugle. Je dérive dans un paysage en cloque qui m’enveloppe, son horizon s’évapore – a-t-il d’ailleurs jamais existé ? La nature est sans aucun doute ce grand tout, et ce « moi » un grain de poussière largué dans l’immensité. » Au fil des chapitres, il confie les ressorts intimes et secrets qui l’ont poussé sur les chemins de cette errance choisie. Des milliers de mètres de dénivelé et des bivouacs aux confins du monde lui ont permis, en se perdant, de se trouver soi-même et de donner un sens à la vie, à sa vie. Apprendre à accepter l’incertitude est la plus belle leçon délivrée par ce parcours composé d’itinéraires, de paysages et de rencontres aussi improbables que magnifiques.

L'appel du volcan, Claude Marthaler, 176 p.

Et en bonus un beau livre pour accompagner vos soirs d’étés

La bonne fée de la nuit

La nuit est son domaine et elle en fait le plus beau des écrins, un monde digne des contes les plus féériques. À travers des photos époustouflantes de beauté, empreintes d’onirisme et de poésie, Carole Reboul, photographe à la sensibilité particulièrement artistique, livre un vibrant plaidoyer esthétique et raisonné pour la préservation de la nuit. Elle nous permet aussi à travers des textes très accessibles et pédagogiques de découvrir l’importance méconnue de l’obscurité pour la faune et la flore sauvage, mais aussi pour nous les humains. Engagée pour la préservation de la nuit et la limitation de la pollution lumineuse, Carole célèbre avec ce livre la beauté du ciel et des paysages nocturnes. Elle témoigne aussi des initiatives qui se multiplient tout près de chez nous comme à travers la planète pour redonner à la nuit toute la place qui lui revient.

Il était une fois la nuit, Carole Reboul, 200 p.

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