© Michel Roggo

Le sourire des Gastlosen

A leur évocation, les grimpeurs ont des fourmis dans les doigts et le Diable des remords. Les Gastlosen, dans les Préalpes fribourgeoises, ne laissent personne indifférent.

A leur évocation, les grimpeurs ont des fourmis dans les doigts et le Diable des remords. Les Gastlosen, dans les Préalpes fribourgeoises, ne laissent personne indifférent.

Gastlosen. En allemand : sans hôte, autrement dit inhospitalier. Peu engageant pour une chaîne de mon­tagnes. Les Gast­losen ne sont pourtant qu’un immense sou­rire accueillant : des dents de calcaire étin­celant, des pâturages pour gencives, une langue de forêt à leur pied. Rien, hormis l’étour­dissante ver­ticalité du massif, ne laisse pré­sager la moindre malveillance à l’égard des sou­pirants venus cares­ser du regard ces den­telles de rocher. Décidément, les montagnes ont quelquefois des noms qui ne leur ressemblent guère…

Des forêts pour hors-d’œuvre

Tout au plus pourrait-on reprocher aux Gast­losen de faire languir un peu leurs pré­ten­dants. Quiconque veut les ren­contrer devra d’abord se perdre dans des antichambres fo­restières. Hêtres et feuillus em­brasés par l’automne cèdent peu à peu leur place, le long du sentier, aux épicéas qui attendent l’hiver de pied ferme, sans craindre pour leur ver­deur. Dans les combes, pé­tasites et adé­nos­tyles forment une jungle de para­pluies vé­gé­taux qu’anéantiront les pre­mières gelées.

Sur les crêtes, les tapis de myr­tilles pren­nent peu à peu congé de leur feuillage rou­gis­sant, après avoir offert, déjà, leurs baies aux gourmets de tout poil et de toute plume. Les Gast­losen savent nourrir leurs hôtes, même si, pour l’heure, elles restent encore à l’abri des re­gards, co­quet­tement lovées dans la four­rure de leurs forêts.

Balade au pied des Gastlosen
Le «Grossmutterloch», ou "trou de la grand-mère" au milieu des falaises des Gastlosen. / © Michel Roggo

Colère de Satan

C’est par l’entremise d’un pâturage con­ciliant que les visiteurs, enfin, aperçoivent l’objet de leurs soupirs. Lumi­neuse ren­contre, si la brume, jalouse, ne s'en mêle pas. Pour mieux éblouir leurs ad­mi­rateurs, les falaises arborent une trouée d’une taille respectable qui laisse poindre le bleu du ciel. Son origine ? Une vieille colère de Satan. Dans un accès de fureur incontrôlée, celui-ci aurait, paraît-il, lancé sa grand-mère contre la paroi. Depuis lors, la montagne est percée de part en part.
Mais comment se peut-il que l’envoû­tant sourire des Inhospitalières n’ait su opé­rer sur le Diable pourtant si prompt à s’en­flammer ? Comment ne s’est-il pas laissé attendrir, lui aussi, par la beauté du lieu ? Une seule réponse possible : le Démon, ce jour-là, devait che­mi­ner pau­pières closes…

Balade au pied des Gastlosen
Arole au pied des Gastlosen / © Jacques Doutaz

Perché sur roc

On reconnaît l’arole à ses cinq aiguilles réunies en fai­sceau. Dans les vallées centrales des Alpes, cet arbre forme avec le mélèze la limite supé­rieure de la forêt. Au nord de la chaîne alpine, ce rôle échoit à l’épicéa. Mais à chaque règle son exception. Les forêts situées au pied des Gastlosen abritent des aroles qui ne semblent ressentir aucun mal du pays, malgré la distance les séparant de leur aire de répartition principale. Explication ? Tous sont per­chés sur d’im­menses blocs de pierre, ce qui détermine des conditions de vie particulières.
Au printemps par exemple, les arêtes des blocs sont les premiers endroits libres de neige, ce qui fait gagner aux aroles quelques précieux jours sur l'hiver. Le cassenoix moucheté privilégie les mêmes lieux pour y enfouir les milliers de graines récoltées dans les pives de son arbre fétiche. C'est là qu'elles seront le plus rapidement disponibles à la fonte des neiges. Celles qui ne seront pas consommées par l'oiseau donneront naissance à de jeunes aroles directement aux endroits les plus propices à leur développement.

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

À la rencontre des Inhospitalières

Kappelboden > Gustiweidli > Kappelboden

Durée: 2h45

Dénivelé: 530m de montée, 530m de descente

  • Depuis l’arrêt de bus TPF, «Kappelboden» (1), longer la route cantonale en direction de Jaun sur env. 75 m jusqu’au pont traversant la Jogne.
  • Continuer en direction du départ du téléski, puis suivre les indications « Soldatenhaus/Chalet du Soldat ».
  • A la bifurcation en aval du chalet «Unter Sattel» (2), quitter le chemin menant au Chalet du Soldat pour partir à flanc de coteau.
  • Suivre les indications «Bärghus/Grat ». En amont du chalet « Hinteri Pilarda » (3) suivre les indications « Jaun ».

Louvoyer au pied des Gastlosen

Kappelboden > Chalet du Soldat > Im fang

Durée: 4h30

Dénivelé: 730m de montée, 830m de descente

  • Départ identique à l’itinéraire court, mais poursuivre jusqu’au Chalet du Soldat (Chalet du Régiment sur la carte) (4).
  • Redescendre ensuite par l’autre versant du col en suivant les indications « Im Fang » jusqu'à l'arrêt de bus TPF « Im Fang Post » (5).

Accès en transports publics

Bus TPF depuis Bulle, Fribourg ou Boltigen. Horaires sur cff.ch

Hébergement et tuyaux gourmands

Chalet du Soldat (appelé également Chalet du Régiment), à mi-parcours de l’itinéraire long. Réservation indispensable pour y dormir +41(0) 26 929 82 35

Bärghus, à mi-parcours de l’itinéraire court. Réservation également nécessaire pour la nuitée: +41(0) 26 929 84 60

Bed & Breakfast Annemarie & Niklaus Rauber (chalet de 1675), Jaun. +41(0) 26 929 84 36 ou +41(0) 79 528 38 25

Office du tourisme de Jaun. +41(0) 26 929 81 81,

Les règles d’or

  • Consulter les prévisions météorologiques avant de partir et s’équiper en conséquence. En automne, la météo n’est pas toujours clémente à ces altitudes.
  • De bons souliers de marche sont recommandés, car les sentiers peuvent être glissants.
  • Rester sur les chemins balisés pour assurer la tranquillité de la faune.

Eclairage par Luc Braillard

Balade au pied des Gastlosen
Luc Braillard

Luc Braillard a découvert comme beaucoup les Gastlosen en venant y grimper adolescent. Rapidement lui vient l’envie d'explorer la lointaine origine marine de ces parois célèbres. En 1998, il y consacre son travail de licence en géologie. Quelques années plus tard, il s'investit dans l’aménagement d’un sentier géologique au pied du massif. « Interpréter le paysage avec l’œil du géologue, c’est un peu sonder le cœur de la montagne. D'ailleurs, la géologie, c’est plus souvent qu’il n’y paraît de la géopoésie. » Voici ses coups de cœur.

A) Le Sentier géologique « En concevant cet itinéraire avec mon collègue Daniel Rebetez, j'avais envie de faire découvrir aux gens ce qui se cache sous les pâturages. Nous avons inauguré le parcours ce printemps. Vous pouvez facilement télécharger ou commander le dépliant explicatif. » Boucle de 3 h - point de départ indiqué sur la carte (A).

B) La cascade de Bellegarde « En bordure du village de Bellegarde (Jaun), une cascade sort littéralement du rocher. Des expériences avec des colorants dissous dans l'eau prouvent que cette dernière sort là après un parcours souterrain d’une bonne dizaine de kilomètres dans les profondeurs d'un labyrinthe calcaire. »

C) Les ruines de Bellegarde « En amont du village, face à la cascade, un promontoire naturel offre une belle vue sur toute la vallée où serpente le sentier géologique. Les ruines du château rappellent l’origine du nom « Bellegarde », assurément un lieu idéal pour faire le guet. »

D) La forêt du Stillwasserwald « Peu avant d’arriver au Chalet du Soldat, à gauche en montant, une belle forêt sur éboulis porte le nom de « Stillwasserwald », « la forêt de l’eau tranquille ». On y trouve un ruisseau peu pressé qui dessine de nombreux petits méandres. L’endroit est magnifique ! »

Couverture de La Salamandre n°200

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 200  Octobre - Novembre 2010
Catégorie

Balades

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