Le coronavirus offre un répit au hérisson

Avec le semi-confinement, le trafic routier a considérablement baissé sur les routes suisses ce printemps. Une aubaine pour le petit mammifère à piquants qui finit trop souvent en paillasson.

Avec le semi-confinement, le trafic routier a considérablement baissé sur les routes suisses ce printemps. Une aubaine pour le petit mammifère à piquants qui finit trop souvent en paillasson.

Quand les voitures ne sont pas là, les hérissons dansent… ou du moins traversent les routes en toute sécurité. Une situation rare, mais qui prévaut pourtant sur le réseau helvétique depuis l’introduction des mesures de lutte contre l’épidémie de Covid-19. Avec le semi-confinement, le trafic routier a baissé de 30 à 40 % dès la mi-mars, selon l’Office fédéral des routes (OFROU). Conséquence : le nombre de hérissons retrouvés morts sur la voie publique a drastiquement diminué ce printemps par rapport aux années précédentes. Inversement, les boules de piques sont bien plus nombreuses à être observées vivantes, dans leur milieu naturel. C’est ce que révèlent les données récoltées par Info fauna, le Centre suisse de cartographie de la faune (CSCF), via sa plateforme de science participative Webfauna. Ainsi, alors que la quantité de carcasses annoncée et le signalement d’animaux vivants étaient quasi équivalents entre le 1er janvier et le 30 avril 2019, les animaux vivants ont été deux fois plus observés sur la même période en 2020.

*« Ces chiffres doivent encore être comparés à d’autres bases de données, mais ce sont de bonnes nouvelles pour ce petit mammifère à piquants dont les effectifs se réduisent dans plusieurs régions de Suisse. La route est l’un des principaux facteurs de mortalité chez les adultes, avec la destruction de leur habitat »*, explique Simon Capt, responsable de la gestion de la banque de données mammifères du CSCF.

Le biologiste indique que, selon une étude anglaise, c’est jusqu’à 35 % de la population de hérissons qui passe sous les roues des voitures chaque année. « Nous ne savons pas ce qu’il en est dans notre pays, mais les pertes sont assurément considérables », précise-t-il. Une tendance qui ne devrait pas aller en s’améliorant vu la croissance du réseau routier et du parc automobile. Ce dernier a augmenté de 34 % entre 2000 et 2019 et compte 6,2 millions de véhicules à moteur, selon l’OFROU.

Routes de banlieue meurtrières

Les accidents arrivent surtout en milieu périurbain où le piquant petit animal est aujourd’hui le plus répandu. Peu de prédateurs, haies ornementales où se cacher, restes de cuisines sur le compost ou croquettes du chat… les jardins de banlieue et les parcs lui offrent de bonnes conditions de vie, contrairement aux campagnes agricoles que les pesticides et les monocultures ont transformées en déserts biologiques.

Mais dans les grandes agglomérations, comme celles qui bordent le lac Léman, le trafic est également plus important. Et face à un monstre roulant, les fameux piquants qui dissuadent la plupart des prédateurs naturels ne font pas le poids.

« Peu rapide et ayant le réflexe de se mettre en boule à l’approche du danger, le hérisson finit souvent aplati. Sans compter que certaines routes sont de véritables pièges, avec notamment des trottoirs surélevés qu’il va longer jusqu’à trouver une issue. Plus de temps il passe sur le bitume, plus le risque augmente », déplore l’expert.

Le printemps de toutes les chances

D’un point de vue de hérisson, la crise sanitaire offre non seulement un peu de répit, mais elle s’est en plus déclenchée au bon moment. Car si les macabres paillassons s’observent de mars à octobre, ils sont encore plus fréquents au printemps, à la sortie de l’hibernation.

« Comme les hérissons sont affamés et qu’à cette saison les ressources alimentaires sont encore difficiles à trouver, ils ont tendance à se déplacer davantage, avec le risque de finir sous un pneu. Les mâles s’aventurent particulièrement loin pour conquérir des femelles », détaille celui qui est aussi membre du comité directeur de Pro Natura Berne. Toutefois cette année, moins de pendulaires pressés au lever du jour et à la tombée de la nuit ont menacé le chasseur de limaces dans ses pérégrinations.

Leçons à tirer

Avec le déconfinement progressif, le ciel a déjà commencé à s’assombrir pour le prince de pique. Le nombre de charognes annoncé au CSCF repart à la hausse depuis quelques jours. C’est inévitable, concède Simon Capt. Cependant, il y a un existerait un précieux enseignement à tirer de ces quelques semaines hors du temps. « Si une réduction temporaire de trafic induit non seulement une baisse de cadavres sur la chaussée, mais surtout une augmentation du nombre de hérissons observés ailleurs, cela signifierait que la route a un impact encore plus important que nous le pensions sur la survie de cet animal », avance-t-il.

Le biologiste tempère néanmoins cette interprétation : « Peut-être que moins de hérissons écrasés nous sont signalés parce qu’il y a également moins d’observateurs sur les routes. Car c’est rarement la personne qui a heurté un animal qui l’annonce, mais des naturalistes et personnes averties. Inversement, davantage de gens se promènent en nature en cette période et sont susceptibles de croiser des animaux et de les répertorier. » Pour lui, il faut encore attendre avant de tirer un bilan définitif et prendre en compte d’autres sources telles que les statistiques 2020 de la Confédération sur le gibier heurté par canton. Les hérissons n’y sont pas comptabilisés, toujours est-il que si moins de chevreuils ou de renards ont été percutés à la même période, cela donnerait une tendance pour le hérisson aussi. « Une telle conclusion constituerait une base solide pour encourager des mesures de protection routière, par exemple la création de passages à faune suffisamment grands pour le hérisson lors des renouvellements de tronçons routiers », sourit Simon Capt.

Le hérisson est-il en danger ?

Ses défenseurs les plus alarmistes annoncent sa quasi-disparition d’ici à cinq ans, brandissant les dernières enquêtes britanniques. D’autres tempèrent ces inquiétudes qu’ils jugent extrêmes, mais ne nient pas l’urgence face aux indices de recul du hérisson dans de nombreuses régions. En vérité, peu de statistiques permettent aujourd’hui de connaître précisément la situation du petit mammifère.

Voilà pourquoi des recensements ainsi que des suivis de long terme ont été entrepris tant en Suisse qu’en France et en Allemagne. Lancée en 2018 par l’association Nos voisins sauvages, l’enquête helvétique consiste à vérifier la présence du hérisson dans des régions qui l’hébergeaient traditionnellement, mais où il ne donne plus signe de vie. Pour ce faire, des bénévoles ont disposé des tunnels tapissés d’encre végétale et de feuilles blanches révélant le passage d’une éventuelle boule de piques.

En Romandie, l’animal a été retrouvé dans 75 % des zones urbaines et périurbaines dans lesquelles il n’avait plus été vu depuis dix ans. En revanche, les choses se gâtent en milieu agricole. Sa présence n’a pu être établie que dans 25 % des cas. Pis, le hérisson semble avoir quasi disparu de certaines régions comme le sud de la Gruyère et le Pays-d’Enhaut, pourtant englobées dans un parc naturel régional. Sur le plan national, on ne l’a pas retrouvé dans la moitié des carrés kilométriques sondés. Les enquêtes se poursuivent.

Découvrez notre dossier complet : Hérisson mon héros

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