© Alexandre Scheurer

La faune des Alpes en été vue par le photographe Alexandre Scheurer

Révéler la beauté des sommets prétendument austères, c’est ce qui attire ce photographe suisse. Sortie tardive quelque part dans les vallées des Dranses, en Valais.

Révéler la beauté des sommets prétendument austères, c’est ce qui attire ce photographe suisse. Sortie tardive quelque part dans les vallées des Dranses, en Valais.

L’après-midi est bien avancé lorsque j’entreprends mes ascensions dans la région des trois Dranses, en Valais. Je ne suis pas un photographe du matin. Ce qui m’intéresse, ce sont les lumières crépusculaires, les couchers de soleil de haute montagne qui me poussent tardivement vers les sommets pour redescendre aux franges de la nuit. Je pars avec pour seul objectif d’immortaliser les habitants de ces paysages d’altitude que j’aime tant. Pour les trouver, je traverse prairies et forêts aux mille visages, jusqu’à atteindre les pierriers et gazons alpins, sous l’œil du Grand Combin, du mont Dolent ou du Pleureur. Je me sens à l’aise dans ces milieux lunaires,
à crapahuter entre les rochers en quête du lièvre variable, de la perdrix bartavelle ou du criquet Popeye. Il y a quelques jours, j’ai d’ailleurs loupé un cliché d’anthologie : un lagopède qui s’envolait devant un bouquetin. C’est décidé, en cette belle journée de début septembre, je pars retenter ma chance sur ce site où cohabitent les deux espèces.

Gomphocère des alpages ou criquet Popeye
Gomphocère des alpages ou criquet Popeye / © Alexandre Scheurer

A mon arrivée, seuls les ongulés funambules honorent le rendez-vous. Une dizaine de mâles de tous âges broutent goulûment, histoire de se constituer de bonnes réserves de graisse pour l’hiver. Je m’approche par étapes pour qu’ils s’habituent à moi et finis par m’asseoir à quelques mètres d’eux.

Lièvre variable en été
Lièvre variable / © Alexandre Scheurer

Ce que j’aime chez les bouquetins, c’est leur tolérance. Pour peu que l’on respecte leur quiétude, ils ne s’offusquent pas de la présence humaine et agissent naturellement. Les photographier devant de beaux paysages, c’est mon dada.

Les heures passent et j’ai plaisir à observer le troupeau. En revanche, côté photo, rien d’original. En fin d’après-midi, un peu déçu, je me résous à les quitter : la lumière baisse et le retour s’annonce long. Pour couronner le tout, j’ai oublié d’emporter ma lampe frontale, ce qui n’est guère prudent en cette saison. En m’éloignant, je me retourne et jette un dernier regard à mes compagnons à cornes. Eux aussi se sont mis en mouvement pour rejoindre leur dortoir en contrebas. Ils se profilent maintenant sur un arrière-plan crépusculaire digne d’un tableau de William Turner.

Lagopèdes alpins en été
Lagopèdes alpins / © Alexandre Scheurer

Tiraillé entre le bon sens salvateur du montagnard et la passion du photographe, je finis par craquer. L’opportunité est trop belle ! Mais je dois me dépêcher… Je m’accorde cinq minutes, pas plus. Concentré, je pose mon sac et presse le pas pour rejoindre les animaux, mon seul zoom
24-50 mm à la main.

Ils ne prennent pas ombrage de mon retour un peu cavalier. Après tout, nous nous connaissons déjà et les bouquetins sont souvent moins farouches à la tombée de la nuit. Ils me laissent juste le temps de prendre quelques clichés devant le Grand Combin et le mont Vélan baignés d’une lumière cuivrée. Et là, le grand mâle qui mène la harde plonge ses yeux dans mon objectif. Une connexion magique s’établit quelques secondes, avant qu’il ne disparaisse dans la pente. C’est dans la boîte ! Comblé mais en retard, je me hâte vers la vallée entre chien et loup, conscient d’avoir joué avec le feu.

Fixer l’éphémère

Pour obtenir un cliché cuivré à la manière du peintre britannique William Turner, les conditions qui doivent être réunies relèvent presque du miracle, tant la lumière évolue vite en fin de journée. En quelques minutes, il faut choisir un beau cadre paysager, saisir une composition d’image esthétique dictée par le mouvement des animaux et profiter des derniers rayons du soleil. Le tout en assurant l’équilibre entre sensibilité iso assez élevée et profondeur de champ.

Trèfle des Alpes
Trèfle des Alpes / © Alexandre Scheurer

Nanisme et camouflage

L’étage alpin, situé en Valais entre 2 000 et 3 100 m, est soumis à de rudes conditions de vie : froid, neige, vent, aridité, étés courts, chutes de pierres, avalanches… Ces contraintes ont poussé la faune et la flore à s’adapter. Les arbres disparaissent avec l’altitude ou adoptent une forme rampante, à l’image de plusieurs saules alpins. Ils sont remplacés par une végétation naine, velue, pigmentée pour se protéger des UV et capable de pousser sur les falaises, les éboulis ou les pelouses alpines. Les animaux aussi ont développé des astuces. Le lagopède alpin et le lièvre variable, par exemple, sont blancs en hiver pour se camoufler dans la neige et bruns en été pour mieux se fondre dans les habitats rocheux.

Alexandre Scheurer

Photographe, journaliste et historien, Alexandre Scheurer vit à Fully, en Valais. Dès l’enfance, il se passionne pour la faune et la flore alpines qu’il aime immortaliser au soleil couchant.

Couverture de La Salamandre n°271

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 271  Août - septembre 2022, article initialement paru sous le titre "Monts incandescents"

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