Avec la LPO, cette propriétaire creuse deux mares sur son «terrain-plaisir»
Dans les Alpes du Nord, un projet de trois ans mené par la LPO s’achève avec une centaine de mares créées ou restaurées. Visite en Isère.
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Seules quelques traces de renards et de cervidés ponctuent la couche de neige printanière tombée dans la nuit. Le chant du rougegorge salue tout de même la lumière de mars et le réveil de la faune et de la flore. Sous la couche de glace, on devine avec peine deux mares qui, elles, sont encore endormies. « Celle du bas n’a pas dégelé de l’hiver, il y a plusieurs mois ! », lance Sophie Cravoisier, la copropriétaire de ce terrain perché à 1 100 m d’altitude, à Sarcenas, dans le massif de la Chartreuse ( Isère ).
L’agricultrice et accompagnatrice en moyenne montagne détient ces 2 hectares depuis deux ans. « C’est mon terrain-plaisir et je veux en faire quelque chose de joli ! Alors, lorsque l’on m’a dit que la Ligue pour la protection des oiseaux ( LPO ) aidait à faire des mares, j’ai tout de suite trouvé ça génial. » À ses côtés, Salomé Jégat, chargée de mission à la LPO, s’enthousiasme : « Avoir rencontré quelqu’un comme Sophie, c’était parfait pour nous. Elle a tout de suite montré sa volonté de créer un îlot de biodiversité. »
Colonisation rapide
Sophie Cravoisier évoque avec envie les salamandres observées par une de ses connaissances dans une autre mare construite avec l’aide de l’association, dans un village voisin. L’hôtesse quadragénaire n’a pas encore trouvé de traces de ces animaux emblématiques dans ses points d’eau, mais elle a pu observer grenouilles rousses, libellules, notonectes et autres dytiques. Quelques mésanges et des abeilles ont même pu profiter de l’eau l’été dernier.
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La plus grande des deux mares, qui se trouve en contrebas du terrain, a été creusée à l’automne 2024 par une dizaine de bénévoles. Il a fallu une journée bien remplie pour réaliser le chantier. C’est le temps nécessaire pour creuser un trou de 10 m2 pour 80 à 90 cm de profondeur. La seconde mare, trois fois plus petite, a été creusée en juillet 2025.
Ces deux zones humides ont été financées par le programme Alpi’Mares, lancé en 2023 par la LPO Auvergne-Rhône-Alpes ( AURA ). Celui-ci vise à installer des mares dans les territoires alpins situés entre 800 et 2 200 m. Ces trois dernières années, 96 opérations ont pu être menées dans le cadre de ce projet. Les actions vont de la simple reprise d’étanchéification de mares existantes à la création pure et simple de nouveaux points d’eau.
Gestion nécessaire
Cette intervention humaine directe est devenue indispensable pour faire face à la disparition rapide des zones humides en général et des mares en particulier. Selon la LPO, 90 % de ces habitats aquatiques ont disparu depuis le XIXe siècle sous l’effet du réchauffement climatique et de la modification des pratiques agricoles. Ces espaces, aussi petits soient-ils, sont pourtant essentiels pour des dizaines d’espèces. Le sonneur à ventre jaune, petit crapaud protégé, affectionne tout particulièrement les eaux peu profondes.
Pour se substituer à ce que la nature permet normalement sur le temps long, les équipes de l’association forcent les choses : quatre membranes sont généralement empilées pour assurer l’étanchéification. Une première couche de géotextile, une bâche en caoutchouc, un rouleau de jute, puis un filet en fibre de coco dans lequel les plantes pourront s’accrocher. De quoi espérer une durée de vie d’une trentaine d’années, selon l’association.
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Quelques mois après la création de ces dépressions, la LPO procède à la végétalisation. « Nous essayons de récupérer des plantes qui poussent dans des mares à la même altitude. Puis, nous les installons, en mettant leurs racines dans les mailles. Pour celle de Sophie, on repassera en mai », rappelle Salomé Jégat. Parmi les variétés envisagées pour ce cas : potamot, menthe aquatique et faux nénuphars.
Le programme Alpi’Mares s’achève à la fin de ce mois de juin 2026, faute de financements. Mais son petit frère, Agri’Mares, prend le relais, avec déjà 70 opérations dans les zones agricoles de la région AURA. « On a remarqué que les gens qui nous appellent sont souvent peu sensibilisés à la biodiversité. Ils sont d’abord intéressés par la possibilité d’avoir de l’eau sur leur terrain. Mais, dès qu’ils voient les premières grenouilles, ils nous rappellent, et là, on sait qu’on a gagné », sourit Salomé Jegat.
Le saviez-vous ?
Le sonneur à ventre jaune est une espèce pionnière qui affectionne les milieux fréquemment remaniés, comme les forêts alluviales, les chablis ou les vasques rocheuses des cours d’eau. à défaut de ces habitats naturels, il utilise des milieux de substitution : ornières, carrières, mares ou empreintes de bétail… Ces points d’eau peu profonds et ensoleillés sont peu fréquentés par les autres amphibiens. En Auvergne-Rhône-Alpes, le sonneur à ventre jaune est vulnérable, en régression localement ou en équilibre fragile. Cet amphibien est menacé par l’artificialisation et la fragmentation de ses habitats, le reprofilage de cours d’eau ou encore l’intensification agricole. De plus, l’effet négatif des sécheresses à répétition, liées au changement climatique, a été démontré sur la survie des adultes.
Source : déclinaison régionale AURA du plan national d’actions du sonneur à ventre jaune 2022-2031.
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Un film Salamandre de Léa Collober, 27 min.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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