Nos articles sur les dégâts des gravières ont eu des retombées concrètes
La Revue Salamandre a publié plusieurs enquêtes sur les dégâts environnementaux provoqués par l’extraction de graviers pour l’industrie du béton. Avec des conséquences très concrètes. On vous raconte.
Tout a commencé pendant le Festival Salamandre 2025. Suite à la diffusion du documentaire Le vivant qui se défend, le réalisateur Vincent Verzat explique comment il a concilié lutte active contre des projets destructeurs pour l’environnement et immersion dans la nature qui l’entoure pour mieux comprendre ce qu’il défend. Dans la salle, l’écran est éteint, mais le public pose ses questions. Un jeune homme interpelle Julien Perrot, qui anime le « questions-réponses », pour lui demander si la Revue Salamandre compte enquêter sur la destruction programmée du bois de Ballens, dans le canton de Vaud. Un pan de forêt doit en effet y être rasé pour laisser place à une gravière — un lieu d’extraction de graviers qui servent notamment à produire du béton.
Un article et une vidéo sur le bois de Ballens
Julien Perrot, le fondateur de la Revue Salamandre, s’engage à ce que son média s’intéresse à ce qui se passe à Ballens. Nous sommes alors en octobre. La promesse est tenue, puisque, le 17 décembre, nous publions un premier article Faut-il couler le bois de Ballens dans le béton ? Nous y racontons notamment comment le canton compte s’appuyer sur les énormes réserves de granulats dans le sous-sol de Ballens pour sécuriser sa production de béton dans les décennies à venir, tout en y interrogeant le bien-fondé du tout béton — ce matériau peu onéreux, mais à la très grosse empreinte carbone a remplacé partout des matières plus durables, comme la pierre ou le bois. Et puis nous racontons aussi ce qui risque de disparaître comme biodiversité avec la coupe de 43 ha de forêt : le grand murin, une chauve-souris sur la liste rouge des espèces menacées, le discret putois ou encore des orchidées sauvages comme l’épipactis à larges feuilles et la listère à feuilles ovales.
Dans un épisode de La Minute Nature diffusé en janvier 2026, nous interrogeons ensuite la pollution de cours d’eau locaux et d’une nappe phréatique que pourrait provoquer la gravière. Tout cela en compagnie de Gabriel Cotte, hydrologue pour l’association ASBBE ( Association pour la sauvegarde du bois de Ballens et environs ), qui habite près de cette forêt. C’était lui qui avait interpellé Julien Perrot lors du Festival Salamandre 2025. La boucle est bouclée ? Pas tout à fait.
Une députée interpelle le Grand Conseil de Vaud
Suite à ces productions, nous sommes contactés par Holcim, le géant du béton. Ces représentants veulent nous faire visiter des sites pour vanter leurs efforts environnementaux. Invitation acceptée. L’enjeu : paradoxalement, les gravières en activité recréent un habitat qui convient à certains batraciens dits pionniers, comme le crapaud calamite. Cet amphibien pond dans des flaques temporaires qui apparaissent dans des sols instables sans végétation — qui existent naturellement au bord de rivières alluvionnaires non artificialisées aux rives régulièrement décapées par des crues. Mais ces milieux n’existent pratiquement plus en Suisse et les calamites, comme d’autres, ont trouvé comme plan B… des gravières. Dans ce nouvel article, paru le 1er août 2026, nous questionnons les limites des mesures mises en place par les industriels. « Le bilan positif des gravières comblées, je ne le vois pas. Une colline à la place d’un sol plat, la plantation de quelques haies, mais un sous-sol qui a perdu en qualité, c’est ça le bilan, juge un biologiste salarié pour un bureau d’études, qui préfère rester anonyme. La renaturation réelle, ça serait de laisser une partie des trous ouverts. »
En plus d’informer nos lecteurs, ces trois articles ont eu d’autres retombées positives. Le président de l’Association pour la sauvegarde des bois de Ballens et environs ( ASBBE ) nous a affirmé que le nombre d’adhérents à l’association avait doublé suite à notre article et à la Minute Nature consacrés à Ballens. Puis, l’article sur les effets limités des renaturations de milieux après la fermeture de gravières a poussé une députée du canton de Vaud, Mathilde Marendaz, à interpeller le Grand Conseil pour demander un meilleur suivi des populations de batraciens pionniers sur les gravières en activité.
Promis, on continue d’ouvrir l’œil sur ce sujet.
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