© Sophie Thouvenin

Le givre sur les plantes photographié par Sophie Thouvenin

La photographe Sophie Thouvenin fige le givre sur la végétation. Grâce à une parfaite maîtrise de la lumière, elle parvient à mettre de la chaleur dans ses images.

La photographe Sophie Thouvenin fige le givre sur la végétation. Grâce à une parfaite maîtrise de la lumière, elle parvient à mettre de la chaleur dans ses images.

Début décembre, c’est en reporter de l’hiver que je sors avec mon appareil pour témoigner de la beauté du froid. Mon terrain de jeu du jour : le bord du lac de Constance, qui marque la frontière entre la Suisse et l’Allemagne. Le givre, que j’affectionne particulièrement, y est bien présent grâce à la forte humidité ambiante. Il se laisse admirer dans des conditions spécifiques et souvent éphémères.

Le givre sur les plantes photographié par Sophie Thouvenin
Feuilles de roncier / © Sophie Thouvenin

Nul besoin de me mettre à l’affût, mes sujets ne sont pas farouches et se trouvent à portée d’objectif. Fougères, étamines et inflorescences séchées ont revêtu leurs plus beaux apparats. Je me mets systématiquement en apnée pour ne pas bouger lorsque je déclenche en macro. Aujourd’hui, c’est surtout pour ne pas faire fondre l’objet de mon attention que je retiens ma respiration. D’un simple souffle, je risque de faire disparaître le fin manteau immaculé qui sublime mon modèle. Comme une noble poussière habille des livres anciens, le givre semble être là depuis une éternité. Pourtant, son temps est compté.

Le givre sur les plantes photographié par Sophie Thouvenin
Mousse / © Sophie Thouvenin

A l’automne, les feuilles rougissaient sans prétention. Telles des reines des neiges, elles sont maintenant magnifiées par des couronnes de glace. Le froid cisèle de véritables bijoux sur chaque végétal, le moindre rameau est couvert de paillettes d’un blanc éclatant. Je veux immortaliser au mieux cette atmosphère, figer cette beauté furtive.

Accro à la macro

La macrophotographie, c’est une prise de vue rapprochée, notamment de sujets comme les fleurs ou les insectes. On a donc tendance à l’associer à la saison chaude, mais elle peut être pratiquée toute l’année et en tout lieu, puisqu’il s’agit de se concentrer sur des détails. Un des secrets d’une photo macro réussie, c’est l’arrière-plan. Jouer avec la profondeur de champ – c’est-à-dire la zone de netteté – permet de détacher le sujet et ainsi de le mettre en valeur. Il faut aussi savoir tourner autour pour trouver le fond le plus adapté. Les feuilles d’automne orangées apportent par exemple une chaleur bienvenue quand l’élément photographié est peu coloré.

Le givre sur les plantes photographié par Sophie Thouvenin
Détail de fougère / © Sophie Thouvenin

Au cours de ce rendez-vous bref mais intense, j’apprécie vraiment le calme qui règne. J’ai l’impression de passer dans un dortoir de belles endormies. Surtout ne pas faire de bruit, ne réveiller personne, voler quelques images et s’en aller sur la pointe des pieds. Je souhaite capter à la fois l’ambiance glaciale et les chaudes lumières matinales. Alors je joue avec les reflets et compose avec le soleil. C’est un allié pour des arrière-plans étincelants, mais ses rayons font disparaître les perles gelées. Je me livre donc à une véritable course contre la montre !

Je commence par me coucher à plat ventre pour photographier des mousses, mais le sol est glacé et j’ai du mal à rester immobile plus de deux minutes. Je me concentre alors sur des sujets plus en hauteur : branches d’arbuste, rameaux de hêtre ou feuilles de roncier. Au bord du chemin, une ombelle ornée de quelques fils d’araignée attire mon attention. Une feuille séchée s’y est accrochée, on croirait presque un papillon suspendu entre ces étoiles végétales. Dans le viseur de mon boîtier, j’essaie différents cadrages jusqu’à obtenir la composition qui me semble mettre en valeur et retranscrire au mieux cette scène.

L’atmosphère a dû prendre 1 ou 2 °C et voilà qu’en quelques minutes, le décor s’évanouit. Vivement la prochaine nuit bien froide, promesse d’un nouveau spectacle matinal !

Le givre sur les plantes photographié par Sophie Thouvenin
Ombelle givrée Lac de Constance, le 1er décembre 2013 à 09 h 07. / © Sophie Thouvenin

A l’origine du givre

Le givre se forme lorsque des micro-gouttelettes restées à l’état liquide malgré une température négative se cristallisent au contact de supports gelés, tels que des feuilles ou des tiges. Il est favorisé par le brouillard et l’absence de vent. Le verglas est le résultat d’un phénomène équivalent, mais qui se produit avec des gouttes de pluie plus volumineuses.

Le givre sur les plantes photographié par Sophie Thouvenin

Sophie Thouvenin

Photographe profes­sionnelle, Sophie Thouvenin pratique la macro depuis plus de vingt ans. Elle partage son temps entre Paris et les rives du lac de Constance.

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Couverture de La Salamandre n°273

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 273  Décembre 2022 - janvier 2023, article initialement paru sous le titre "Bouquets d’hiver"

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