A la rencontre des martinets à ventre blanc de Fribourg

Sous le toit du collège Saint-Michel à Fribourg niche l’une des plus grandes colonies de martinets à ventre blanc de Suisse. Suivons ces guides ailés à travers la ville médiévale.

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A la rencontre des martinets à ventre blanc de Fribourg
© Benoît Renevey
Jacques Jeanmonod, ornithologue
En compagnie de Jacques Jeanmonod, ornithologue / © Portrait Jacques Jeanmomnod

L’animation est déjà vive sur la place de la gare. Fribourg se réveille. Je me hâte en direction du collège Saint-Michel où j’ai rendez-vous avec l’ornithologue Jacques Jeanmonod. Dans la cour, je le repère vite. Les yeux levés vers le ciel, il me crie : « Ils sont là ! » Un groupe de martinets à ventre blanc file à toute vitesse au-dessus du gymnase. Depuis la fin mars, ils ont réinvesti les combles du vieux bâtiment pour s’y reproduire. Quelques oiseaux, dont l’envergure atteint 60 cm, disparaissent dans des trous sous l’avant-toit. « En ce moment, les couples restaurent d’anciens nids et certains couvent déjà, explique Jacques. Au début du mois de juillet, notre équipe viendra baguer les jeunes. »

Bamako-Fribourg

Longue-vue tournée vers la bâtisse, nous admirons le vol bruyant de ces seigneurs du ciel. Il leur a suffi d’une semaine pour revenir de leurs quartiers d’hiver situés au Mali et en Guinée. Une performance hors norme ! « A l’origine, le martinet à ventre blanc nichait exclusivement en montagne, d’où son ancien nom de martinet alpin. Aujourd’hui, la majorité des individus suisses nichent en ville. Avec 150 à 200 couples, soit près de 10 % de l’effectif national, Fribourg fait partie des cités les plus importantes pour l’espèce », expose l’ornithologue. Une centaine de familles trouvent refuge rien que sous cette toiture.

Martinet à ventre blanc au nid
Les combles du collège offrent des supports idéaux pour les nids des martinets. / © Benoît Renevey

La colonie est suivie par un groupe de passionnés depuis 1960. Grâce à leur vigilance, elle a pu être sauvée lors de la rénovation du bâtiment en 1990. Ces amoureux des oiseaux ont veillé à ce que les trous d’accès aux combles soient maintenus et que des nichoirs soient posés pour la durée des travaux. « C’est le plus beau résultat obtenu depuis le début du suivi », confie Jacques avec fierté et émotion. Emportés par l’élan de ces infatigables voltigeurs, nous descendons en Vieille-Ville.

Fleurs de pavés

Depuis le pont Saint-Jean, le coup d’œil sur la Sarine est superbe. Dominée par d’imposantes parois de molasse, la rivière emblématique des Fribourgeois dessine de belles courbes à travers la cité médiévale. Nous scrutons les eaux calmes, à la recherche d’un cincle plongeur ou d’une bergeronnette, tout en écoutant attentivement les chants des autres oiseaux. Nous savons qu’un couple de faucons pèlerins élève sa nichée dans la falaise. Inquiets de cette menace, les pigeons sont en permanence sur le qui-vive.

« Regarde ces belles fleurs violettes, ce sont des ruines de Rome », s’exclame Jacques. Les vieilles pierres du pont sont propices à la délicate flore des murs. Dans une fissure, nous admirons la rue des murailles et d’autres fougères parfaitement adaptées à ce milieu pauvre et sec.

Orchestre des champs

Nous sortons de la ville par une magnifique allée de tilleuls. De part et d’autre se déploient des cultures avec, à l’horizon, le Jura à gauche et les Préalpes à droite. Quelques grillons stridulent sur des carrés d’herbe pas trop dense, réchauffés par le soleil. Dans un buisson isolé, une fauvette à tête noire et un bruant jaune complètent l’orchestre aux accents champêtres.

Gobemouche noir
Gobemouche noir / © Benoît Renevey

Puis, dans la forêt de Tannholz, la fraîcheur du sous-bois est la bienvenue. L’oreille attentive de mon compagnon ornithologue identifie une espèce peu banale : « Un gobemouche noir ! » L’oiseau a sûrement trouvé une cavité dans un tronc des alentours. L’abondance d’arbres morts est favorable aux insectes et à ceux qui s’en nourrissent ! Espérons que les appels de l’élégant volatile seront entendus par une femelle.

La vallée mystérieuse

Tufière et gouille à gammares
Tufière et gouille à gammares / © Benoît Renevey

Une légende dit qu’un dragon vivait autrefois dans la vallée du Gottéron. Personne n’osait s’y aventurer. Cependant, l’attrait de la force hydraulique fut trop grand. Au XIIIe siècle, meuniers et forgerons s’y sont peu à peu installés, dépassant leur peur du monstre.
En passant au-dessus d’une tufière, notre regard est attiré par une gouille dans laquelle s’agitent quelques gammares, de petites crevettes d’eau douce très appréciées des truites et autres prédateurs. Mais dans cette vasque isolée, elles n’ont rien à craindre des poissons.

Truite de rivière
Truite de rivière / © Benoît Renevey

A la sortie des gorges, nous revoilà face à l’ancien rempart et, déjà, les clameurs des martinets nous parviennent. Avec la soirée qui s’annonce douce, leurs rondes agitées vont s’intensifier. Un ballet de haut vol à déguster depuis l’une des nombreuses terrasses de la Vieille-Ville !

Découvrezla vie intime des martinets du collège filmée par les jeunes réalisateurs de Pro Natura Fribourg.

Couverture de La Salamandre n°269

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 269  Avril - Mai 2022, article initialement paru sous le titre "Voltiges dans la cité du dragon"
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