L’épicéa, arbre comestible et menacé

Les aiguilles tendres et goûtues de l'épicéa doivent s’endurcir pour survivre à l’hiver. Mais à l’avenir, c’est la chaleur plus que le froid qui posera problème.

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Sirop de jeunes aiguilles d'épicéa
© Cathy Bernot

Chaque printemps, je m’émerveille de la délicatesse de mes jeunes rameaux vert tendre. Répartis au bout de chacune de mes branches, ils égaient mon austère costume sombre. J’en profite d’autant plus que cet éclat est fugace. En quelques semaines, ces fragiles aiguilles seront devenues aussi foncées et coriaces que les anciennes. C’est ainsi, elles doivent s’endurcir sans tarder. Certains gourmands pourraient être attirés par leur saveur acidulée et vous ne vous gênez d’ailleurs pas pour en cueillir quelques-unes. Mais leur pire ennemi, c’est le froid.

Que voulez-vous, j’aime le Grand Nord et la haute montagne. Pour survivre dans ces régions inhospitalières, j’ai dû m’adapter. Au début du printemps, pas question de me réveiller trop vite, au risque d’être victime d’un redoutable gel tardif. Mais je ne dois pas trop traîner non plus avant l’automne et le retour des frimas. Dès que j’ai pu faire pousser mes nouveaux rameaux, je prépare mes aiguilles à leur premier hiver.

Mon arme secrète, c’est une véritable forêt de tubes de cire microscopiques que je développe à leur surface. A l’œil nu, rien de visible, mais cette barrière offre une résistance considérable contre le froid, les virus, les bactéries et les champignons parasites. Chaque aiguille peut vivre six ou sept ans grâce à cette protection. Ainsi équipé contre les rigueurs de la saison froide, je pousse fier et droit sur les flancs des montagnes.

Et même un peu trop droit… Séduit par mes troncs réguliers et mon bois polyvalent, vous m’avez planté à tour de bras jusqu’à basse altitude, là où jamais je ne me serais aventuré par moi-même. Une bonne affaire ? Pas si sûr, car je suis impuissant face aux nouveaux dangers que vous faites apparaître. Certains polluants que vous libérez dans l’air s’attaquent à ma fine armure de cire, laissant mon feuillage sans protection. Quant au réchauffement climatique, c’est une bombe à retardement pour moi qui redoute tant la sécheresse. Petit à petit, les plantations commencent à jaunir, certains congénères à dépérir.

Pour l’instant, j’ai la possibilité de m’implanter plus haut en altitude, dans les zones un peu épargnées par la pollution et la chaleur. Mais, que ferai-je pour échapper à votre folie quand j’aurai atteint les sommets ? J’espère que d’ici là vous aurez calmé vos ardeurs.

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Cônes bruns dirigés vers le bas

Grand arbre, dépassant souvent 30 m de haut

Aiguilles piquantes, épaisses, vertes des deux côtés, implantées tout autour des rameaux

© Cathy Bernot

Ne confondez pas le sapin et l'épicéa.

Retrouvez nos deux recettes à base d'épicéa.

Couverture de La Salamandre n°269

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 269  Avril - Mai 2022, article initialement paru sous le titre "L’epicéa"
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