Dans les coulisses du livre Regards d’extinction
Pendant quatre ans, le photographe animalier Mathieu Latour a parcouru la France et l'Europe pour réaliser un projet hors norme : photographier 300 espèces menacées, les yeux dans les yeux. Il nous raconte les coulisses de cette aventure.
Comment est né Regards d'Extinction ?
Depuis toujours, les animaux sont ma plus grande passion. Enfant, je passais mon temps à observer les oiseaux, les insectes et la biodiversité de mon île natale, sur l'Île de Ré. Lors d'un voyage à Bornéo, j'ai découvert avec effroi les ravages de la déforestation. Cette prise de conscience a marqué un tournant et m'a conduit à m'intéresser de près aux espèces menacées et aux nombreux dangers qui pèsent sur elles.
En tant que défenseur de la nature, j'ai eu envie de mettre la photographie au service de la cause animale. C'est ainsi qu'est né Regards d'Extinction, une série de portraits en face à face dédiée à plus de 300 espèces menacées de disparition.
Pourquoi avoir choisi de photographier les animaux de face ?
Je ne me voyais pas faire des images tristes montrant des animaux souffrant à cause de l'homme. Non seulement cela a déjà été fait, mais surtout je voulais réaliser des images qui célèbrent la beauté animale tout en transmettant un message de mise en garde.
Le regard s'est imposé naturellement. En photographiant les animaux droit dans les yeux, j'avais envie de placer l'humain et l'animal au même niveau, en tant qu'habitants de la Terre, et de les confronter l'un à l'autre. Ces portraits révèlent des expressions qui rapprochent l'homme et l'animal. Le spectateur se retrouve face au portrait comme s'il était devant une personne. Cela renforce l'idée que nous risquons de voir disparaître non pas de simples animaux, mais des créatures sensibles et qui éproouvent des émotions, comme nous.
Comment as-tu choisi les 300 espèces ?
Le choix s'est porté en priorité sur les espèces les plus menacées de la Liste rouge de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). On retrouve des espèces en danger critique, comme l'orang-outan, d'autres en danger comme l'aigle martial, certaines éteintes à l'état sauvage comme la tourterelle de Socorro, mais aussi des espèces françaises en fort déclin, comme le vison d'Europe.
J'ai également tenu à photographier des espèces sauvées de l'extinction, comme le bison d'Europe, pour montrer que la conservation fonctionne lorsque l'on s'en donne les moyens. Enfin, quelques espèces disparues, comme le dodo, rappellent que certaines extinctions sont irréversibles.
Je souhaitais réaliser 300 portraits pour représenter la grande diversité du vivant : des mammifères aux invertébrés, en passant par les oiseaux, les reptiles, les amphibiens et les poissons. Mon objectif était de montrer que la menace concerne l'ensemble du vivant.
Tu as souhaité associer une ONG à chaque portrait. Peux-tu nous en dire plus sur cette démarche ?
Je voulais absolument apporter une note d'espoir à ce projet. Chaque portrait est donc associé à une ONG ou à une association qui œuvre pour la protection de l'espèce représentée. Plus de 300 organisations sont ainsi mises en avant. C'est une première pour un travail photographique de cette ampleur.
À travers ce choix, je souhaite rendre hommage à toutes celles et ceux qui consacrent leur vie à préserver le vivant, qu'il s'agisse de grandes ONG internationales ou de petites associations qui travaillent parfois jour et nuit pour sauver des amphibiens rarissimes.
Où ont été réalisés ces portraits ?
Les trois quarts des photographies ont été réalisés en partenariat avec des parcs zoologiques. J'aurais aimé photographier toutes ces espèces dans leur milieu naturel, mais cela aurait nécessité des centaines de voyages en avion à travers le monde, ce qui n'aurait eu aucun sens pour un projet qui parle aussi de la lutte contre le changement climatique.
Il faut aussi savoir que beaucoup d'espèces sont devenues trop rares pour être observées dans la nature, tandis que d'autres supportent très mal le dérangement. Les parcs zoologiques engagés dans la conservation représentaient donc la meilleure solution.
Pendant quatre ans, j'ai parcouru la France et visité plus de 50 parcs zoologiques européens, en travaillant uniquement avec des établissements investis dans le bien-être animal et la préservation de la biodiversité. J'ai également eu la chance de photographier une trentaine d'espèces françaises en milieu naturel, ainsi qu'une baleine grise lors d'un voyage au Mexique.
Qu'aimerais-tu que les lecteurs retiennent en refermant ce livre ?
J'espère avant tout qu'ils ressentiront de l'émotion. Mon souhait n'est pas de faire culpabiliser, mais de sensibiliser sans décourager. Si ces portraits permettent de regarder les animaux autrement, de comprendre qu'ils sont des êtres sensibles et donnent envie de soutenir celles et ceux qui les protègent, alors Regards d'Extinction aura pleinement rempli sa mission.
Un regard peut tout changer
Fruit de plusieurs années de travail, ce beau livre d'exception du photographe Mathieu Latour vous invite à rencontrer, les yeux dans les yeux, 300 espèces, d'ici ou d'ailleurs, menacées de disparition. Chaque portrait interpelle par son intensité, rappelle l'urgence de préserver le vivant et met en lumière le travail remarquable des ONG qui œuvrent chaque jour à la protection de ces animaux au regard si profond.
Livraison du livre prévue début octobre 2026.
Catégorie
Ces produits pourraient vous intéresser
Poursuivez votre découverte
Nos 3 revues
Salamandre Junior (8 - 12 ans)
Donnez envie aux enfants d'explorer et de protéger la nature
Découvrir le magazinePetite Salamandre (4 - 7 ans)
Faites découvrir aux petits la nature de manière ludique
Découvrir le magazineLa Salamandre est un éditeur indépendant et sans but lucratif entièrement dédié à une cause essentielle : faire aimer la nature. Partez à la rencontre d'animaux petits et grands ou de plantes incroyables qui vivent tout près de chez vous.




