© Layon J.

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Dans la peau du bouleau

Changement climatique: le bouleau sera un incontournable de nos forêts du futur

Très adaptable et rustique, le bouleau est un allié pour la résilience des forêts de demain. À condition qu'il ne soit plus considéré comme un concurrent au essences les plus vendues sur le marché du bois, explique la gestionnaire forestière Héloïse Dubois. Interview.

Très adaptable et rustique, le bouleau est un allié pour la résilience des forêts de demain. À condition qu'il ne soit plus considéré comme un concurrent au essences les plus vendues sur le marché du bois, explique la gestionnaire forestière Héloïse Dubois. Interview.

Le bouleau, cet emblème du Grand Nord et du froid polaire, court-il au désastre avec le réchauffement climatique ?

Le bouleau aime le froid, disent certains. Non, il supporte très bien le froid. Si ce rustique domine dans le Nord, c'est parce qu'il n’y a quasiment aucun autre feuillu - à part certains saules - qui s’accommodent de ces conditions-là. La chaleur ne semble pas l’affecter, mais des questions se posent par rapport au manque d’eau. Il faut dire qu’il y a énormément d’incertitudes sur l’avenir au niveau sylvicole. Toutes les essences, même celles qui sont a priori résistantes, font face à des mortalités. Mais il n’est pas rare que le bouleau soit la seule essence à survivre sur certaines stations très humides ou extrêmement sèches, comme les terrils ou carrières, même durant les épisodes caniculaires. Personnellement, je ne suis pas inquiète pour lui.

Quel est son secret ?

Il est extrêmement rustique et ne s'inquiète pas fort des conditions de sol et de climat. C’est un véritable pionnier qui profite des ouvertures - coupes forestières ou trouées naturelles - et pousse très vite dès le plus jeune âge. Cette essence a aussi une grande diversité génétique. Elle dissémine ses graines assez loin avec le vent. Son pollen circule sur des centaines de kilomètres. Cela crée en permanence un brassage génétique qui lui donne une capacité d'adaptation incroyable. Sa reproduction précoce, dès quatre à cinq ans, permettra probablement de créer rapidement des individus plus adaptés aux conditions changeantes.

Mais alors, pourquoi cet arbre très résistant n’est-il pas dominant sous nos latitudes ?

Sa rusticité est un atout au nord, mais quand on redescend vers l’Europe occidentale, le hêtre, le chêne et d’autres essences beaucoup plus compétitives à long terme le détrônent. Sans ces essences longévives, le bouleau aurait une place encore plus importante dans nos forêts. Il y a une autre raison aussi : dans nos régions, il a été systématiquement éliminé par l’humain, qui n’y voyait pas un fort potentiel de valorisation. Le marché du bois s’est surtout intéressé au chêne, hêtre, frêne et résineux. Si on ne lui donne pas de soins sylvicoles précis, le bouleau n’est pas valorisable en bois d’œuvre ou d’industrie, sauf pour le chauffage ou la biomasse. Cela n’a pas encouragé les gestionnaires à travailler en sa faveur.

© Claessens H.

Avec une telle vigueur, le bouleau est-il l’avenir de nos forêts ?

Il y participe réellement. Le bouleau est un incontournable. Dans certains contextes, il fait partie d'une étape extrêmement intéressante, et relativement courte, qui permet de préparer le peuplement suivant. Prenons l’exemple d’une forêt résineuse un peu classique qui est coupée, car le bois est mature ou en raison d’une tempête ou d’une mortalité. Le bouleau s’installe naturellement. Il améliore la fertilité du sol en agissant au niveau chimique et sur sa structure. Il produit énormément de racines fines qui se renouvellent annuellement et qui, en pourrissant vite, produisent une porosité importante dans le sol. Cela profite aux racines des arbres qui succéderont et à toute la vie du sol. Ensuite, cet arbre s’installe et se développe sans problèmes en plein découvert, alors que la plupart des essences forestières souffrent dans ces conditions. Le bouleau forme un microclimat forestier abrité du vent et du gel ou de la canicule, avec une luminosité particulière, qui va aider les autres essences à s’installer.

Dans votre thèse, vous mentionnez que cinq groupes d’arbres occupent actuellement près de 80 % du volume du bois sur pied en Europe occidentale : épicéa, pins, hêtre, chêne, douglas. Vous appelez à diversifier les forêts ?

Oui, cela leur donnera plus de résilience ! Mais pour diversifier, un réflexe des gestionnaires a été de ramener dans nos régions des exotiques, comme le douglas ou le chêne rouge d’Amérique. C’est peut-être une partie nécessaire de la réponse, mais ces exotiques n'ont pas de riche cortège d'espèces associées dans nos milieux, donc ils ne vont pas faire fonctionner la biodiversité comme les essences locales. Et puis, il y a aussi le risque d’importer des maladies, ou que ces essences se montrent trop performantes dans notre milieu, en l’absence de leurs régulateurs. C’est ainsi qu’on obtient des espèces envahissantes, qui menacent les espèces locales. La question de l’intérêt du bouleau est venue dans ce contexte : qu’a-t-on chez nous qui pourrait aussi permettre de diversifier les forêts ? Traditionnellement, on utilise énormément d'argent pour couper tous les bouleaux qui envahissaient les plantations. Mais est-ce qu'on ne peut pas plutôt les utiliser ? Il y avait donc une urgence à s’interroger sur ses atouts, faiblesses, opportunités et menaces, et de là, apprendre à le dompter.

© Dubois H.

J’ai énormément échangé avec l’industrie du bois, dont une entreprise d’ameublement de hêtre qui a testé si ses produits pouvaient être fait en bouleau. Les réponses sont très positives. Avec une sylviculture adaptée, on peut facilement faire de très beaux gros bouleaux et créer rapidement une ressource intéressante. Mais ça ne va pas être fait du jour au lendemain. Il faut le temps que les gens sur le terrain le travaillent correctement.

© DR

Qui est Héloïse Dubois ?

Bioingénieure, Héloïse Dubois s’est penchée sur l’avenir du bouleau dans le cadre de sa thèse de doctorat. Aujourd’hui gestionnaire forestière, consultante et formatrice chez Silva & Consult en Belgique, elle cultive une approche ancrée sur le terrain et partage sa passion avec son mari José Layon, pionnier de la sylviculture mélangée. Ils ont co-signé, avec Hugues Claessens le livre «Sylviculture du bouleau. L’essence montante de l’Europe occidentale» aux Éditions Forêt.Nature.

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Dans la peau du bouleau

Couverture de La Salamandre n°292

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 292  Février - mars 2026
Catégorie

Écologie

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