Phalène, charançon, sizerin flammé: ces espèces qui profitent du bouleau
Bois, feuilles et fruits des bouleaux alimentent tout un petit monde. Récits de quelques boulottages.
Bois, feuilles et fruits des bouleaux alimentent tout un petit monde. Récits de quelques boulottages.
Alors que la première neige poudre les sommets glacés en ce mois d'octobre, les bouleaux sont en feu. Leur feuillage doré semble défier les nuits qui s’allongent. Attirés par leurs graines, des bouvreuils, tarins et autres fringilles s’affairent entre leurs branches. À peine débarqué, l’automne a métamorphosé la forêt en un vaste festin à ciel ouvert, fait de fruits, litière et bois humide. Mais les préparatifs du banquet ont déjà commencé depuis belle lurette.
Sous le poids de la vie et souvent des neiges printanières, beaucoup d’arbres blancs ont courbé l’échine, jusqu’à parfois en perdre la tête. Troncs et branches jonchent désormais le tapis flamboyant de feuilles mortes. Déjà invités à table par les loges de pics ou les galeries de scolytes, des champignons s’apprêtent à faire bombance sur ces tas d’ossements. Dans la clairière plus loin, des souches d’écorces blêmes, vidées, tiennent debout comme par magie. La fée bétuline a encore frappé : son pouvoir antimicrobien préserve l’écorce plus longtemps de la décomposition que le bois tendre. Peu intéressés par ce plat de résistance coriace, les animaux raffolent en revanche du tendre feuillage de l’arbre de lumière. Il y a ceux qui engloutissent leur plat : ongulés et chenilles d’une centaine d’espèces de papillons. Il y a les suceurs de sève comme les pucerons Euceraphis. Et de discrets invités, telle la grande mineuse du bouleau qui fore des tunnels dans le limbe. Maintenant, la tablée déménage avec la chute des feuilles. Les acariens et collemboles du sol se bâfrent des tissus mous et ne laissent derrière eux que les arêtes. En bref, toute la matière que l’arbre tisse depuis son premier souffle, depuis sa première gorgée de rayons solaires, est généreusement distribuée de son vivant, et encore plus après. Un bouleau au bout du rouleau, c’est avant tout une promesse de renouveau !
Tour d'horizon de quelques espèces qui se délectent du bouleau :
1. La phalène du bouleau
La phalène du bouleau est le cas d’école du mélanisme industriel (Sal. n° 262, L’évolution sous nos yeux). Au milieu du XIXe siècle, on découvre à Manchester environ 1 % d’individus sombres chez ce papillon connu pour être blanc. Un siècle plus tard, dans la même région, cette proportion s’inverse. La tendance au noircissement se confirme presque partout en Europe… Avec la révolution industrielle, la suie des cheminées est venue noircir les bouleaux, plante hôte des chenilles de phalènes. Alors, mieux camouflés des prédateurs sur les troncs assombris, les papillons sombres ont pu prospérer… Jusqu’à ce que des mesures antipollution favorisent à nouveau la forme blanche.
2. Le champignon taphrina betulina
Les élégantes branches des Betula portent parfois d’étranges pompons hirsutes. Ces galles sont l’œuvre de Taphrina betulina. Ce minuscule champignon s’installe dans les bourgeons de son hôte. L’arbre tente de contrôler l’expansion du parasite en sacrifiant les branches contaminées, qui meurent l’hiver venu. Taphrina libère alors des substances proches des hormones végétales, qui stimulent la naissance d’autres rameaux finissant eux aussi par dépérir. D’année en année, cette prolifération de branches forme ce qu’on appelle un balai de sorcière ou buisson du diable.
3. La mouche Semudobia betulae
Les minuscules fruits du bouleau sont parfaitement taillés pour Semudobia betulae. À tel point que cette petite mouche, rarement observée, ne dépose ses œufs nulle part ailleurs que dans ces berceaux miniatures. Tandis qu’une petite larve orangée grossit en lui, le fruit galleux gonfle et développe une curieuse fenêtre arrondie à paroi mince. La larve hiberne dans la galle, qui avoisine les 2 mm d’épaisseur, puis se métamorphose au printemps avant de sortir par l’ouverture préformée.
4. Le cigarier
L’arbre blanc se fait parfois rouler, quand passe par là le cigarier. De son vrai nom rhynchite du bouleau, ce petit charançon aux couleurs métalliques a pour habitude d’enrouler les feuilles des bouleaux, saules, tilleuls ou peupliers pour y abriter sa descendance. D’abord, la femelle perce le pétiole et les nervures de petits trous pour empêcher la sève d’affluer, ce qui rend le limbe plus facile à plier. Elle en fait un petit cigare et y pond cinq ou six œufs. Le rouleau finit par sécher et tomber au sol. Une fois écloses, les larves se nourrissent du cigarillo puis s’enterrent pour se nymphoser.
5. Le cizerin flammé
Des acrobates poudrés de rouge se suspendent aux rameaux d’un bouleau pour en picorer les fruits. Dans un crépitement de cris métalliques, ces sizerins flammés s’envolent d’un seul mouvement vers un nouvel arbre – c’est souvent ainsi qu’on les repère. Le bouleau est l’hôte fétiche de ces granivores natifs de nos montagnes et des forêts boréales. Ses branches portent souvent leur nid, et ses graines jouent un rôle clé pour leur survie hivernale. Les années de faible fructification, les populations du Grand Nord partent en exode vers le sud, occasionnant des afflux colorés dans nos régions, comme cet hiver.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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