© Sven-Erik Arndt / Rondane Nationalpark, Norvège

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Dans la peau du bouleau

Le bouleau nain, ce roi du Grand Nord

La famille Betula compte aussi un membre très menu. Loin de son royaume du Grand Nord, le bouleau nain est une rareté dans nos contrées.

La famille Betula compte aussi un membre très menu. Loin de son royaume du Grand Nord, le bouleau nain est une rareté dans nos contrées.

Le Haut-Doubs bronze sous un soleil de plomb en ce milieu du mois d'août. Non loin de la source de la rivière éponyme, la commune de Mouthe abrite deux palais pour le prince végétal. Dont le marais des Seignes, cintré d’un rempart épais d’orties, épilobes et autres reines des prés. Quelques trembles, épicéas et bouleaux pubescents s’y dressent telles des vigies. Sur les prés dorés alentour, des volutes de chaleur dansent au son des criquets. Difficile de croire qu’on se trouve dans la commune réputée pour être la plus froide de France.

Le précieux bouleau nain y apprécie encore les hivers marqués, lui dont le principal royaume se déploie au pays du renard polaire et des aurores boréales. Là-bas, l’arbuste pionnier peuple les immenses landes de la toundra et y marque la limite nord de la végétation ligneuse.

© Frank Hecker Naturfotografie

Ici, en Franche-Comté, comme dans le Massif central et le Jura suisse, l’arbrisseau est une relique glaciaire. En se retirant il y a plus de 10 000 ans, les glaces du Quaternaire ont laissé derrière elles des cuvettes imperméables remplies d’eau, qui ont évolué en marais où le bouleau nain a trouvé refuge. Cicatrisant de son exploitation passée, la tourbière des Seignes est faite d’une mosaïque de divers stades évolutifs. Betula nana a surtout un faible pour les hauts marais, acides et pauvres en nutriments. Cachés au nombre d’une quinzaine entre les mottes de molinie bleue et les éricacées, les principicules semblent invisibles au regard non aguerri. Quand on découvre enfin leurs massifs moutonnants, l’émotion est vive. Peu typiques pour un bouleau, les rameaux marron rampent parmi les sphaignes puis se dressent fièrement à hauteur de genou, portant de petites feuilles luisantes pas plus grandes qu’un ongle. Même à l’âge de 100 ans, sa majesté refuse de grandir. S’il est nain, c’est pour apprivoiser les lourdes neiges et les vents violents. Dix petits pas pour l’humain permettent de contourner tout son univers miniature, animé de cercopes et de criquets. Mais de près, le dépérissement de nombreux rameaux trahit une santé fragile. Ce vestige des glaces a été affaibli par les épisodes de sécheresse, toujours plus impitoyables. Alors, cette question, qui serre la gorge : comment se dessine son avenir ?

Lire aussi : le bouleau, ce pionnier qui annonce la forêt


Menacé chez nous, florissant au Nord: l'aire de répartition du bouleau nain évolue

Pour mieux comprendre les défis auxquels le bouleau nain fait face aujourd'hui, commençons par faire un bond dans le passé. À la fin de la dernière glaciation, la steppe a pris ses quartiers sur les sols libérés de l’arc alpin. Vers - 13 000 ans, les bouleaux nains se sont répandus. Ces pionniers ont ouvert la voie à la recolonisation forestière. Presque partout, ils ont ensuite été remplacés par les genévriers et argousiers, puis les bouleaux de plus grand gabarit, pins sylvestres, et enfin tout le cortège d’essences que l’on connaît aujourd’hui. La toundra pourrait suivre un destin similaire. Mais face à trop d’inconnues, comme la disponibilité en eau, on ignore encore jusqu’où les arbres pourront s’étendre vers le nord.

Le chamboulement planétaire est en train de profiter au bouleau nain dans son royaume nordique

Les images satellites ne mentent pourtant pas : l’Arctique, qui se réchauffe quatre fois plus vite que le reste du globe, verdit à toute vitesse. Le bouleau nain est l’acteur majeur de cette végétalisation galopante au détriment des lichens terrestres qui couvraient jusqu’alors le sol. L’atmosphère adoucie, la fonte des neiges plus précoce et le dégel du permafrost réchauffent le sol plus rapidement, stimulent les réseaux mycorhiziens, accélèrent le cycle des nutriments et augmentent la saison de croissance. Bref, le chamboulement planétaire est en train de profiter au buisson dans son royaume nordique.

Si l’avenir du bouleau nain dans l’Arctique semble rose avec le réchauffement, il n’est pas dépourvu d’épines… Les nutriments rendus disponibles dans un sol stimulé par la hausse des températures induisent une augmentation de la surface des feuilles. Celles-ci sont alors moins concentrées en tanins et autres composés de défense contre l’herbivorie, ainsi qu’en flavonols destinés à les protéger du stress oxydatif. À terme, le bouleau nain pourrait devenir plus sensible à des stress environnementaux, comme les mâchonnements des rennes ou les UV.

Et chez nous ? Le buisson résiste contre vents et marées dans ses petits satellites refuges en Europe occidentale. Il y est menacé par l’abaissement du niveau des eaux, accentué par d’anciens drainages et par le changement climatique. Asséchée, la tourbe libère alors des nutriments propices à l’installation d’arbres plus concurrentiels. De son côté, le buisson devient plus vulnérable aux attaques d’insectes et maladies. Les mesures d’entretien de ses milieux, en France comme en Suisse, maintiennent encore à flot les populations très isolées de cette espèce protégée.

Répartition schématique du bouleau nain en Europe

© Répartition schématique du bouleau nain en Europe

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Dans la peau du bouleau

Couverture de La Salamandre n°292

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 292  Février - mars 2026, article initialement paru sous le titre "Le petit prince des glaces"
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