100 ans pour les oiseaux

L’association suisse Nos Oiseaux fête son centenaire. Retour sur un siècle de victoires et de désillusions avec l’un de ses membres les plus actifs.

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Grâce à des mesures de protection bien ciblées de la part d'équipes d'ornithologues de Nos Oiseaux, la huppe fasciée est de retour dans nos campagnes et ses populations sont en augmentation. / © Christian Fosserat

Pierre-Alain Ravussin, comment l'association a-t-elle été créée?

Dans les années 1910, de nombreuses espèces d’oiseaux étaient menacées en Europe et rien n’était fait pour les protéger. Certains ornithologues ont décidé de réagir. En Suisse, ils ont fondé en 1913 la Société romande pour l’étude et la protection des oiseaux, devenue depuis Nos Oiseaux, du nom de la revue qui a porté ce nom dès le début. L'association compte aujourd'hui pas loin de 1800 membres.

Quels sont les événements qui ont marqué ce siècle d'activités ?

En Suisse, la protection des oiseaux a progressé après l'édiction de la loi sur la chasse de 1925. De nombreuses restrictions ont été votées, notamment en faveur des grands rapaces. D'une manière plus générale, grâce au travail mené conjointement par les associations de protection de l'environnement, les mentalités ont évolué. Les gens ont fait le lien entre la disparition de certains animaux et la dégradation de l'environnement.

La connaissance des espèces a aussi beaucoup avancé...

Autour de 1960, Paul Géroudet, brillant ornithologue et rédacteur de la revue, a demandé aux amateurs avertis de Suisse de participer au recensement des oiseaux.
Grâce à ce travail, nous avons obtenu des informations très précises sur le comportement des espèces et les dates de migration. L'ensemble de ces données a permis de prendre les mesures appropriées. En fonction de leur répartition, nous pouvons établir tous les ans des réserves de protection des oiseaux d'eau. Nos Oiseaux réalise aussi des travaux de suivis de rapaces diurnes et de chouettes qui contribuent à protéger les oiseaux d'une manière plus adaptée.

Certaines espèces sont-elles maintenant hors de danger ?

Dans les années 1920, Robert Hainard citait quatre oiseaux menacés d’extinction : le hibou grand-duc, le canard harle bièvre, le grand corbeau et l’aigle royal. La chasse était principalement mise en cause. Aujourd’hui, ces espèces sont toutes en expansion.

Mais pour d'autres, la situation s'est dégradée...

Malheureusement, oui. Des espèces très répandues il y a une centaine d'années ont pratiquement disparu de Suisse. Le tarier des prés et la chouette chevêche en font partie. Ces oiseaux sont très liés aux milieux agricoles. Ils ont souffert de la dégradation de leur habitat consécutive à l'apparition de l'agriculture intensive. Il y a urgence à intervenir.

Quelles solutions préconisez-vous ?

Pour se reproduire, le tarier a besoin de prairies non fauchées. Il faut convaincre les agriculteurs de retarder le coupage de certaines parcelles. Le retour à un habitat agricole traditionnel favorable aux espèces, à la fois au niveau de la flore et de la faune, est à privilégier. Mais il sera difficile d'y parvenir.

Des initiatives existent-elles déjà ?

Des partenariats ont été mis en place avec des agriculteurs qui se sentent concernés. Ils doivent bien sûr être soutenus dans leur démarche. Tout le monde peut y trouver son intérêt. Les oiseaux sont des bio-indicateurs remarquables. Le tarier des prés choisit de nicher uniquement dans des prairies de qualité. En tant qu'association, notre rôle est de poursuivre la sensibilisation du plus grand nombre à ces questions.

Les jeunes peuvent être porteurs de cet engagement en faveur des oiseaux...

Nous avons toujours considéré comme primordial de former les jeunes à l'ornithologie. En 1958, Nos Oiseaux a créé le Groupe des Jeunes qui fonctionne aujourd'hui de manière autonome. Il s'adresse aux moins de 25 ans et compte une centaine de membres actifs. Tous les mois, ils organisent des sorties ornithologiques en Suisse romande et parfois à l'étranger.

Comment avez-vous prévu de fêter les 100 ans de l'association ?

De nombreuses excursions ouvertes au grand public sont prévues tout au long de l'année pour découvrir les oiseaux de notre pays. Le programme est disponible sur notre site internet. Et l'automne sera marqué par trois expos liées à Nos Oiseaux : au Muséum de Genève dès fin septembre, à Porrentruy à la mi-novembre et à Lausanne en décembre.
Nous allons par ailleurs mettre en route un projet important : la réintroduction du balbuzard pêcheur. Ce rapace diurne ne niche plus en Suisse justement depuis une centaine d'années. C'est un symbole fort pour notre association. La pertinence du projet a été approuvée scientifiquement.

Pierre Alain Ravussin

Pierre Alain Ravussin

Ornithologue renommé, il a occupé la présidence de l'association pendant plusieurs années. Il est aujourd'hui rédacteur en chef adjoint de la revue Nos Oiseaux.

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Couverture de La Salamandre n°217

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 217  Août - Septembre 2013
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