© Tsunéhiko Kuwabara

Ville confinée, flore libérée

Printemps 2020, un virus cloître soudainement les humains et fait taire leurs machines. A Genève, Bordeaux ou Bruxelles, la flore prospère, tout comme au pied de la tour Eiffel.

Printemps 2020, un virus cloître soudainement les humains et fait taire leurs machines. A Genève, Bordeaux ou Bruxelles, la flore prospère, tout comme au pied de la tour Eiffel.

Le confinement a laissé la flore des ville prendre son essor
© Tsunéhiko Kuwabara

En cette belle matinée de fin avril, il règne dans Paris un silence rare, presque pesant. Je marche dans une rue d’ordinaire bien animée qui semble s’être vidée de ses passants. Le temps paraît suspendu. Autre fait inhabituel, le moindre carré de verdure offre une ambiance champêtre que l’on aimerait voir plus souvent dans nos villes. Parcs et jardins où la pelouse était rase sont désormais laissés en friche, les herbes folles ne sont plus l’exception mais la norme. La flore spontanée se développe en abondance, débordant bien au-delà des limites rectilignes qui lui étaient imposées jusqu’alors. Une aubaine pour le passionné de botanique que je suis.

« Le cœur de Paris, c’est une fleur », chantait Charles Trenet. Aujourd’hui, la capitale a même des allures de bouquet campagnard ! Je réalise avec surprise à quel point tout est métamorphosé, redécouvrant chaque quartier avec un œil nouveau. Les capitules jaunes des laiterons colorent des talus entiers. En m’agenouillant, je remarque la sobre floraison de l’alliaire officinale. Que la ville est belle ainsi fleurie, et quel dommage d’avoir attendu pareilles circonstances pour en faire l’expérience...

Cette transformation soudaine, nous la devons à un confinement. Depuis plus d’un mois maintenant, chacun est appelé à rester chez soi. La fauche des espaces verts n’est donc plus une priorité et la rapide reconquête de la flore étonne.

Vive le laissez-faire !

« Chaque fois que nous avons su offrir à la nature un espace de liberté, elle s’est de nouveau épanouie dans toute son exubérance et sa diversité. La nature se débrouille très bien toute seule, elle n’a nul besoin que nous l’entretenions. » Jacques Perrin, réalisateur

Un groupe de martinets fend l’horizon bleu azur. En observant ces migrateurs fraîchement revenus, je remarque que le ciel bénéficie aussi d’une accalmie. Nul voile grisâtre synonyme de pollution, pas la moindre traînée laissée par un avion. Ma pérégrination urbaine ne m’amènera pas bien loin puisque je m’arrête à tous les coins de rue pour contempler les chefs-d’œuvre du règne végétal. Et je ne suis pas le seul à m’émerveiller devant ce spectacle de la vie qui foisonne. Une fillette a appuyé son vélo contre un banc et passe sa tête entre les barreaux d’un portillon fermé du parc Montsouris : « Papa, papa, regarde les jolies fleurs », s’exclame-t-elle en désignant un tapis de mauves.

Le confinement a laissé la flore des ville prendre son essor
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Petite tortue
© Tsunéhiko Kuwabara

Une verdure qui perdure

Loin de sa coutumière effervescence, la Cité universitaire, au sud de la capitale, s’est brutalement vidée de ses étudiants. Les pollinisateurs en revanche semblent plus nombreux que jamais. Des papillons comme la petite tortue virevoltent de fleur en fleur pour profiter de la grande variété de nectars. Le vrombissement des abeilles qui s’activent vient rompre le silence.

Chardonneret élégant
© Tsunéhiko Kuwabara

La pâquerette ou le pissenlit sont communs ici, colorant même les bandes enherbées qui longent les rails du tram. Mais cette année, la diversité de la flore est plus importante qu’à l’accoutumée. Au pied d’un lampadaire ou le long d’un muret, le moindre interstice suffit pour que s’épanouisse l’orge des rats ou la cymbalaire des murs. Ces micro-habitats éphémères sont autant de cachettes pour des insectes, araignées, cloportes et autres escargots.

Limités dans leurs déplacements, les citadins sont privés d’escapades à la campagne et de balades en forêt. Qu’à cela ne tienne, la nature s’invite en ville. Plus que jamais, elle est là, sur le pas de leur porte. Je me réjouis à l’idée qu’ils puissent réaliser que les herbes folles ne sont pas si mauvaises et apportent plutôt une gaieté bienvenue sur nos trottoirs trop bétonnés.

Les voitures et les motos sont devenues rares. Oubliés les crissements de freins, les klaxons insistants et les accélérations bruyantes. En ce calme printemps, le chant des passereaux est particulièrement net, le bruit des moteurs a laissé place aux notes mélodieuses du merle noir et aux piaillements des chardonnerets.

50 nuances d’orchis

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les orchidées ne s’épanouissent pas seulement dans les zones les plus préservées. Si certaines espèces sont exigeantes, d’autres sont fréquentes en ville. C’est le cas de l’orchis pyramidal et de l’orchis bouc, deux des douze représentants de cette famille répertoriés dans la capitale française.

Le confinement a laissé la flore des ville prendre son essor
© Tsunéhiko Kuwabara

Sur quelques mètres carrés de pelouse, la fleur discrète du plantain côtoie le vif coquelicot. La chicorée et la sauge commune complètent la palette de couleurs. Les clôtures qui bordent le boulevard laissent grimper le liseron et le lierre, qui fera le plaisir des butineurs lors de sa floraison tardive.

La ville de Paris, où l’on recense plus de 700 espèces de plantes sauvages, a banni dès 2008 les pesticides sur l’espace public et dans les parcs et jardins. Mais un élu local me l’expliquait récemment, cette **gestion différenciée* ne fait pas l’unanimité. Comme partout, certains habitants se plaignent si tout n’est pas bien tondu et propre. En parallèle à l’adoption de pratiques plus douces, il y a donc un important travail de pédagogie à faire.**

Le confinement a laissé la flore des ville prendre son essor
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Je repense à l’initiative de botanistes qui, dans plusieurs villes, ont inscrit à la craie le nom de chaque plantule sur le sol minéral. Reprendre cette idée originale serait sûrement un moyen efficace pour valoriser ce patrimoine naturel en incitant les passants à prêter davantage attention à ces quelques rosettes ou à ces frêles graminées.

Malheureusement, seule une petite heure de balade à moins d’un kilomètre est autorisée en ce moment. Pour me plier à cette contrainte, je dois déjà rebrousser chemin. La tête pleine d’ambiances colorées, je fais le vœu que nous apprenions de cette parenthèse enchantée pour la nature en ville. En laissant plus de place à cette spontanéité végétale, nous pourrions profiter longtemps encore de ce cadre verdoyant et apaisé. Pour le monde d’après, confinons uniquement les tondeuses et les débroussailleuses !

Le confinement a laissé la flore des ville prendre son essor
© Tsunéhiko Kuwabara

*Gestion différenciée

Méthode d’entretien des espaces verts consistant à adapter le niveau d’intervention sur la flore à l’usage prévu du site. Ainsi, une pelouse qui a vocation à permettre des jeux de ballon ne sera pas entretenue de la même manière que les abords d’un chemin forestier. L’objectif est de limiter la fréquence et l’intensité des opérations de gestion au minimum et de favoriser les espaces mixtes conciliant accueil du public et biodiversité.

Le confinement a laissé la flore des ville prendre son essor
© Tsunéhiko Kuwabara

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Couverture de La Salamandre n°263

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 263  Avril - Mai 2021
Catégorie

Dessins Nature

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