Slamer face à la disparition du vivant
La cinquième édition du concours « À voix haute pour la biodiversité » a récompensé un jeune agriculteur pour un slam sur les animaux tués par les routes. Interview.
À 28 ans, Yannick Dahetze, Yakadaz de son nom d'artiste, élève des vaches dans le Béarn et écrit sur ce monde qui se vide de sa biodiversité. Son slam « Le Ramasseur de Carcasse » a conquis le jury de la cinquième édition du concours « À voix haute pour la biodiversité », organisé par l'association française Humanité et Biodiversité. Mercredi dernier, lors de la cérémonie de remise des prix, l'agriculteur est reparti avec le premier trophée. Il nous parle de ce qui l'inspire dans son écriture.
« Le Ramasseur de Carcasse » nous met dans la peau d'un personnage fictif dont le travail est de récupérer les cadavres d'animaux tués sur les routes. Pourquoi vouloir parler de cela ?
Ce texte m'est venu une soirée en rentrant chez moi, en voiture. La nuit, on voit toutes ces carcasses sur les routes, puis le matin, il n'y en a plus. Ce sont probablement les charognards qui viennent les récupérer, mais je me suis imaginé une personne dont ce serait le boulot et qui pourrait témoigner de ces morts qui augmentent encore et encore avec la circulation. J'adore créer des personnages. Avant de faire du slam, je jouais du théâtre, donc j'ai un vrai goût pour inventer des personnalités. J'ai aussi travaillé sur ce texte et sa musicalité en essayant de mettre en avant cette notion de disparition du bruit de la nature pour des bruits de moteur.
Lire aussi : Changement d'heure: attention aux animaux sur la route !
Je suis dans un collectif dans la ville de Pau qui s'appelle Pau&Cie. On se retrouve chaque mois pour partager sur scène et j'écris souvent sur l'environnement, la biodiversité, le vivant et l'écologie. Pour le concours, il fallait aussi une vidéo, et je voulais que ce médium apporte quelque chose en plus. Alors j'ai représenté mon personnage avec un air de travailleur qui est pris dans ce système qui fait que plus l'activité humaine augmente, plus il se retrouve débordé par cette masse de travail.
L'environnement et la biodiversité sont des sujets qui vous inspirent et qui sont importants ?
Je viens du milieu agricole, nous sommes en première loge pour voir comment le réchauffement climatique nous affecte. Nous avons un élevage de vaches avec ma famille ici, dans le sud-ouest de la France. Avec cet été caniculaire, nos prairies étaient brûlées dès la fin du mois de juin et nous n'aurons probablement pas assez de foin pour passer l'hiver. On voit la biodiversité disparaître petit à petit. J'ai un master en environnement et microbiologie des sols, donc par mes études j'ai lu des papiers scientifiques qui nous font comprendre qu'on court au désastre. C'est pour ça aussi qu'avoir un témoin de cette destruction me touchait particulièrement.
Pourquoi avoir choisi le slam pour exprimer ces émotions et sensibiliser ?
À la base, c'était un peu un remède à la pratique du théâtre que j'avais abandonnée. Puis c'est devenu ma passion. Personnellement, c'est un moyen de parler de mes problèmes, de ce que je ressens. C'est plus facile pour moi de prendre le temps d'écrire, de mettre les choses sur papier. Et j'ai aussi ce goût pour l'interprétation. Je pense que quand des personnes viennent entendre vos textes, elles sont plus touchées que si elles les lisaient. Avec le slam, il y a ce contact avec les artistes et un engagement corporel que l'on n'a pas forcément avec d'autres médiums.
J'ai récemment fait un texte sur un projet qui cherche à faire du kérosène bio pour faire voler des avions avec la biomasse récupérée sur le territoire béarnais notamment, qui impliquerait de couper quelques arbres au passage. Un projet complètement aberrant ! J'ai mis toute ma ferveur dans une œuvre contre ce projet. En partageant cela avec des proches qui n'étaient pas forcément touchés par cette histoire, j'ai senti que cela les a motivés à se renseigner et peut-être même à lever le poing avec nous.
Ça vous fait quoi de remporter ce premier prix ?
Je suis tout content (rires) ! Ça fait déjà un petit moment que des copains me disent que je devrais partager mes œuvres, les mettre sur les réseaux de temps en temps. J'aime mon texte, mais c'est vrai qu'il a un côté un peu sombre, un parti pris avec ce personnage. On a beaucoup travaillé le texte, l'interprétation et la vidéo avec Igor Verdy, un ami qui m'a aidé pour filmer. C'est une énorme joie de se dire que ce travail pour lequel on s'est impliqué pour faire passer un message qui nous tient à cœur est récompensé. De la pure joie !
Résultats du concours
Premier prix
« Le Ramasseur de Carcasses », écrit et interprété par Yannick Dahetze
Deuxième prix
« Des milliards d'années », écrite et interprétée par Violette Jane
Troisième prix
« Normal ? », écrit et interprété par Fitia Rakotoarivelo
Prix coup de cœur 2026
« Madame Formica », conte écrit et lu par Lola Rivière et illustré par Marleen Melons
Prix du public 2026
« La forêt désenchantée » sur la chanson « Green Revolution », écrit et interprété par Eugénie VP
Prix spécial
« Il nous restera » écrit et interprété par Nathan Douay, qui créé des œuvres pour les cinq concours
Catégorie
Ces produits pourraient vous intéresser
Poursuivez votre découverte
Novembre : 5 bonnes idées d’activités nature en famille !
Voici notre sélection d'activités nature à partager en famille à l'intérieur comme à l'extérieur au mois de novembre 2021. Au menu : des défis nature pour fabriquer un lombricomposteur ou commencer une collection de cônes, un concours de ...
Un nouveau site Salamandre École conçu pour les enseignants
Fiches pédagogiques, articles et événements éducation, activités scolaires de plein air, kits nature à l'école, posters infographiques, vidéos éducatives, podcasts d'histoires... Le nouveau site Salamandre École a été pensé pour vous ...
Des magazines pour faire découvrir la nature aux enfants !
Vos enfants ou petits enfants sont curieux de nature ? À la Salamandre, nous avons créé les revues rêvées pour eux: la Petite Salamandre pour les 4-7 ans et la Salamandre Junior pour les 8-12 ans. Attention, il est probable qu'ils passent la ...
Nos 3 revues
Salamandre Junior (8 - 12 ans)
Donnez envie aux enfants d'explorer et de protéger la nature
Découvrir le magazinePetite Salamandre (4 - 7 ans)
Faites découvrir aux petits la nature de manière ludique
Découvrir le magazineLa Salamandre est un éditeur indépendant et sans but lucratif entièrement dédié à une cause essentielle : faire aimer la nature. Partez à la rencontre d'animaux petits et grands ou de plantes incroyables qui vivent tout près de chez vous.