Mort de peur

La peur peut conduire à l’extinction d’une espèce. C’est ce qu’ont découvert des chercheurs canadiens en étudiant des mouches drosophiles.

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La simple odeur de mante religieuse peut mener à l'extinction d'un petit groupe de mouche. / © Damien Pobel

Attention danger ! Un prédateur est en approche. Et là, c’est la panique. Pétrifié, un individu peut mener son espèce à sa perte. La peur, c’est une émotion ressentie généralement en présence ou dans la perspective d'un danger ou d'une menace. Et selon une étude scientifique parue fin juin dans la revue Proceedings of the Royal Society B, ce sentiment peut contribuer à l’extinction des populations animales.

Odeur de mante religieuse

Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont exposé des populations de drosophiles plus ou moins nombreuses à l’odeur d’une mante religieuse, prédateur connu de cette espèce. Ils ont ensuite mesuré l’effet de cette exposition olfactive sur le poids corporel et la fécondité de la génération suivante. Ils ont ainsi découvert qu’au sein d’une petite population, l’odeur du prédateur suffisait pour réduire de manière significative la fécondité et la croissance de la progéniture. Le risque d’extinction était alors multiplié par sept.

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Mouche drosophile / © Katja Schulz

La simple odeur d’un prédateur peut donc avoir des effets désastreux dans une petite population de mouches. Mais pourquoi donc ? Parce que les drosophiles, redoutant l’arrivée du prédateur passaient davantage de temps à surveiller leurs arrières et moins de temps à manger. Elles s’accouplaient moins souvent et avaient une quantité moindre de petits. Or, dans de telles conditions une petite population déjà en déclin n’arrive pas à reprendre rapidement du poil de la bête. Dans les grandes populations par contre, la peur ne suffirait pas à causer l’extinction de l’espèce.

«Jusqu’à aujourd’hui, on se demandait pourquoi les prédateurs tenaient un rôle si important dans l’extinction des espèces», explique Kyle Elliott, biologiste à l’Université McGill et auteur principal de l’étude dans un communiqué. «Le [fait que le nombre de ses proies décline dans une population donnée] devrait normalement inciter un prédateur à partir à la quête d’une autre proie, tout simplement. Mais si, comme nous l’avons montré, l’odeur suffit pour que la décroissance se poursuive, le passage de la Faucheuse aura fait son œuvre : même si le prédateur jette son dévolu sur une autre proie et que son odeur disparaît, la survie de la population vulnérable, décimée et moins apte à se reproduire, demeurera menacée.»

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Des suricates en alerte. / © Joachim Huber

Suricates aux aguets

L’effet de la peur des prédateurs sur la survie d’une population avait déjà été observé chez un animal de plus grande envergure, le suricate. Ce petit carnivore africain surnommé «sentinelle du désert» vit en colonie. Des scientifiques ont pu constater que lorsque les suricates sont peu nombreux, ils passent plus de temps aux aguets et sont donc d’autant plus vulnérables à l’extinction.

Avec notre article, faites maintenant connaissance avec un arbre survivant, un robuste chaînon de l'évolution sexuelle des plantes, le ginko.

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