L'arène de la rainette - La Salamandre
© Jean-Philippe Paul

L’arène des rainettes – étape#22

Dans la mare du jardin, un petit être rondelet et fraîchement métamorphosé découvre l'air libre et de nouveaux dangers. Bienvenue à toi jolie rainette.

Auteur

Jean-Philippe Paul



Dans la mare du jardin, un petit être rondelet et fraîchement métamorphosé découvre l'air libre et de nouveaux dangers. Bienvenue à toi jolie rainette.

Nous voici enfin arrivés vers le seul plan d'eau du jardin. Une mare de moins de dix mètres carrés creusée l'hiver passé à la pioche et remplie uniquement par la pluie. Je me souviens des premiers gerris comme d'un moment-clé. Par quel miracle ces punaises d'eau ont atterri presque instantanément à la surface de ce mini-monde à peine créé pour y poignarder de malheureux insectes promis à la noyade ?

Puis un soir de mai, la magie retentit. Kawakawakawakawak... Des rainettes ! De leur chant territorial surpuissant, elles kidnappent la bande sonore du jardin. Leur vacarme est alors amplifié par l'arène de la lisière de frênes. Je ne distingue pourtant que deux mâles. Ma mare se situe pile entre deux minuscules chœurs de cet amphibien rare, l'un à 350 mètres au nord-ouest, l'autre à 1250 mètres au sud-est. Je la savais sur l'axe de communication entre ces deux ultimes stations de la vallée car j'entends parfois des chants d'automne dans la pelouse buissonnante toute proche.

Début juin, j'observe avec joie cinq gros têtards au milieu des feuilles flottantes de bardane que j'ai déposées comme de faux nénuphars pour pallier au manque de végétation aquatique. Génial, j'espère qu'ils survivront ! Le 18 juin, l'un d'eux est posé sur le fond de galets. Je peux distinguer ses quatre pattes frêles et sa longue queue sombre.

Trois matins plus tard, c'est le grand jour ! Une mini-rainette à la frimousse arrondie s'agrippe de ses longs doigts sur le bord de la vieille souche. Ce jeune imago vient de changer de monde, il est à l'air libre. Je discerne un vestige de queue à la pointe de son corps vert et luisant. Attendri par ce grand moment de vie au jardin, je pense aussitôt à la horde menaçante de geais et de pies qui viennent se désaltérer ici durant ces chaudes journées. Pourvu que la minuscule fée verte née du solstice file se cacher au plus vite dans les orties géantes.

Le 21 juin 2017 - étape#22

Notre dossier Le silence des grenouilles à redécouvrir.

L'arène de la rainette - La Salamandre
Etape 22 de Mon voyage au jardin. / © Jean-Philippe Paul

Suivez chaque semaine l'itinéraire de ce voyage plein de surprises 100 % nature entre le jardin et le pas de la porte. Chaque fois, c'est une observation véritable, datée, localisée et illustrée dans ce carnet de route.

Retrouvez l'étape#21 Le temps des cerises

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