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Amours d’orchidées

Chez les orchidées, un labelle de qualité

Le pétale médian, souvent exubérant et appelé labelle, a fait le succès de la famille des orchidées. On vous dévoile ses secrets.

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© Nicolas Vereecken, Ophrys fuciflora

S’il y a bien une chose qui frappe lorsqu’une orchidée sauvage s’offre à nos yeux, c’est la forme graphique et colorée des fleurs, qui n’ont qu’un plan de symétrie. Le pétale médian, souvent exubérant et appelé labelle, a fait le succès de la famille. Son apparence est primordiale pour la fleur, car il a pour vocation d’attirer. Comme la majorité des espèces de plantes, les orchidées ne dispersent pas leur pollen dans le vent. Elles ont besoin de pollinisateurs qui feront la navette entre plusieurs individus. Le plus souvent, ce sont les bourdons, abeilles et autres hyménoptères qui jouent les messagers de ces beautés incapables de se déplacer. Comment faire alors pour être remarquée au sein de milliers de fleurs concurrentes ? Lorsque l’on regarde de plus près une orchidée du genre Ophrys, on remarque que la fleur ressemble étrangement à un insecte. Le labelle évoque en effet la taille, la forme, la couleur et la pilosité du corps d’une abeille ou d’autres ailés. Encore plus malin, chez l’ophrys mouche, par exemple, les deux autres pétales sont enroulés sur eux-mêmes et imitent des antennes. Ce mimétisme peut être poussé au point d’arborer des pseudo-yeux ou des zones qui reflètent la lumière à la manière des ailes membraneuses ou de l’abdomen d’un insecte en plein soleil.

Ophrys mouche / © Gilbert hayoz

Encore plus malin, chez l’ophrys mouche, par exemple, les deux autres pétales sont enroulés sur eux-mêmes et imitent des antennes. Ce mimétisme peut être poussé au point d’arborer des pseudo-yeux ou des zones qui reflètent la lumière à la manière des ailes membraneuses ou de l’abdomen d’un insecte en plein soleil.

Ophrys bourdon / © Gilbert hayoz

Pseudocopulation

Imaginez un peu, le printemps bat son plein, le pré foisonne de corolles florales toutes plus belles les unes que les autres. Un mâle d’abeille sauvage butine çà et là, au gré de ses envies. Il remarque alors une forme familière qui lui fait les yeux doux. Sans compter ce parfum élaboré, chargé de phéromones enivrantes… Faites place ! Notre amoureux zélé atterrit illico sur ce qu’il imagine être une partenaire particulière. Il entame alors ce qu’on appelle une pseudocopulation, une brève séquence de va-et-vient sur la fleur au cours de laquelle la ­magie opère… ou presque. Le subterfuge de cet ophrys bourdon a berné l’abeille amoureuse. Tandis que l’insecte s’anime, les pollinies – pollen aggloméré – vont se détacher et se coller sur sa tête ou sur son abdomen. À l’issue de ce jeu de dupes, le mâle va abandonner la fleur, muni d’un bagage clandestin. On ne l’y reprendra plus ? Hélas, le cæur a ses raisons que la raison ignore et si le malheureux succombe à nouveau, il déposera involontairement le pollen sur une autre fleur, où des organes reproducteurs femelles l’attendent.

Ophrys abeille / © Gilbert hayoz

Exception à la règle, l’ophrys abeille, pourtant bien déguisé lui aussi, n’est pas dépendant des insectes puisqu’il pratique quasi ­exclusivement l’autofécondation. Ses pollinies sèchent avec le temps, se recourbent et finis­sent par tomber dans sa propre cavité stigmatique à la moindre vibration.

Zoom sur l'ophrys miroir (Ophrys speculum)

  • Pleine lumière à mi-ombre, pelouses calcaires, friches, garrigues, surtout sur les zones côtières
  • 5-25 cm
  • De février à mi-avril
  • Espèce méditerranéenne très rare en France, car son pollinisateur, une guêpe, est absent. Elle apparaît sporadiquement grâce à des graines dispersées par le vent depuis l’Espagne. Avec le réchauffement climatique, l’aire de répartition de son pollinisateur pourrait remonter

Cliquez sur les ronds pour lire les légendes des illustrations

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Bractée

Pseudo-œil

Labelle trilobé, à pilosité brun-roux sur la marge

© Gilbert Hayoz
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Sépale dorsal rabattu sur le gynostème

Cavité stigmatique

Pollinie

Large miroir (speculum) bleu bordé de jaune verdâtre

Sépales verts, les latéraux dotés d’une ligne centrale brune

Pétales latéraux brun rougeâtre courts, velus, rabattus vers l’arrière

© Gilbert Hayoz
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© Nicolas Vereecken, Ophrys fuciflora
Couverture de La Salamandre n°287

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 287  Avril-mai 2025, article initialement paru sous le titre "Passion séduction"
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