Ces trois mares sont bénéfiques pour la faune (mais pas seulement)
Dans le Jura neuchâtelois, le couple d'agriculteurs Lev et Barbara Zürcher a créé trois mares sur ses terres. Un projet bénéfique pour la biodiversité, mais aussi pour l’activité de la ferme. Reportage.
Dans le Jura neuchâtelois, le couple d'agriculteurs Lev et Barbara Zürcher a créé trois mares sur ses terres. Un projet bénéfique pour la biodiversité, mais aussi pour l’activité de la ferme. Reportage.
À notre approche dans le vallon, des chevreuils qui s’abreuvaient fuient vers la lisière de la forêt. Les trois points d’eau créés en novembre 2024, à cheval sur l’exploitation des agriculteurs Lev et Barbara Zürcher et sur le jardin de leurs voisins, ont été adoptés par la faune environnante.
Ce couple de paysans n’en est pas à son premier aménagement favorable à la biodiversité. Des nichoirs pour hirondelles et martinets, des tas de pierres pour mustélidés ou hérissons ou encore la plantation de haies mellifères ont déjà enrichi les terres de ces éleveurs de cervidés – les chevreuils décrits plus haut étaient bien sauvages –. Un maraîchage en permaculture se fait aussi une place sur le domaine des Endroits, niché à 1 000 m d’altitude sur les hauteurs du Locle, dans le Jura neuchâtelois.
Soutien de Pro Natura
C’est Lev Zürcher qui nous reçoit, chapeau sur la tête et bottes aux pieds. Dans son sillage, on remonte vers les trois étangs creusés en chapelet dans la pente. « Nos voisins ont grandi ici et ont constaté au fil des années que la biodiversité s’érode, avec moins d’insectes, des oiseaux qui disparaissent. En discutant, on s’est dit que c’était l’occasion de mettre en place ce projet », raconte le paysan.
Pro Natura a apporté son soutien à cette initiative, dans le cadre de son programme Action Lièvre & Cie qui a pour objectif de restaurer des habitats plus diversifiés sur les terres agricoles. L’organisation de protection de la nature s’est occupée des démarches administratives et de la collecte de fonds – dont un don de la Salamandre. Quentin Kohler, qui nous accompagne en cette matinée humide de septembre, a géré le dossier, qu’il connaît sur le bout des doigts.
« C’est hyper important de restaurer des points d’eau, on en a perdu énormément avec le drainage, le captage de sources, l’urbanisation... En les multipliant, les amphibiens ou les libellules peuvent se redéployer. Ici, les trois mares sont très proches, donc cela crée une grande étendue aquatique avec beaucoup de microhabitats tout autour », confie le biologiste, aux lunettes rondes et à la veste imperméable bleue. Cette assertion est d’autant plus vraie dans le Jura où les sols karstiques ont toujours rendu les points d’eau assez rares.
À la surface de l’un des étangs, sur laquelle se reflète la cime des érables, hêtres ou épicéas de la forêt, des gerris patinent sur l’eau. La présence d’amphibiens n’a pas encore été décelée, mais les créateurs de ce nouveau lieu de vie espèrent qu’il servira de refuge au triton alpestre, à son cousin palmé, à la grenouille rousse ou encore au crapaud commun. « Avec l’intensification des sécheresses, ces points d’eau peuvent aussi servir de précieux relais à la faune. Des chevreuils peuvent venir se désaltérer ici, comme les hérissons ou d’autres petits mammifères », note Quentin Kohler.
Les mares apportent aussi des bienfaits à l’exploitation des Zürcher. Lors des chaleurs estivales, leur évapotranspiration préserve de la sécheresse le vallon en bordure duquel viennent pâturer des vaches – les bovins sont tenus à distance des mares pour éviter un effet néfaste sur la vie aquatique – mises en pension chez le couple. La permaculture voisine profite également de cet effet réfrigérant.
Des bâches pour étanchéifier les mares
Pour façonner des étangs de la façon la plus écologique possible, le couple d’agriculteurs a fait un stage en Autriche sur le très réputé domaine de Krameterhof, tenu par Sepp Holzer, qui a développé une permaculture à 1 500 m d’altitude – un défi – grâce au creusement de multiples points d’eau. « On voulait comprendre comment créer des points d’eau avec des digues, sourit Lev. Mais comme la nature de notre sol est différente de Krameterhof, il nous a fallu bâcher le fond des mares pour assurer l’étanchéité. » En caoutchouc synthétique, ces bâches ont une durée de vie d’environ septante ans « sauf si un sanglier se vautre dedans », sourit Quentin Kohler. Ce qui est certain, c’est que dans la nature la vie explose toujours autour d’un point d’eau. Avec d’autant plus de richesse si ce biotope se situe non loin d’autres milieux humides. Bonne nouvelle, plusieurs autres étangs ont déjà vu le jour dans les hauts de La Chaux-de-Fonds et du Locle. « On renforce une infrastructure écologique qui commence à être intéressante », se satisfait le biologiste.
Pour aller plus loin
Reproduction difficile
La Suisse abrite 16 espèces indigènes d’amphibiens – une 17e est éteinte –, sur les quelque 7 000 recensées dans le monde. Dans le pays, la principale menace à leur survie est la raréfaction des sites de reproduction. Selon un rapport publié en juillet 2025 par l’OFEV et le WSL, les efforts récents ont cependant permis d’empêcher un nouveau recul des populations. « Il s’agit probablement d’une conséquence des mesures de protection de la nature mises en œuvre, comme la construction de nouvelles mares », notent les auteurs. Toutefois, chez les espèces de batraciens menacées comme l’alyte accoucheur ou le sonneur à ventre jaune, le nombre de sites colonisés est encore nettement inférieur à celui des années 1980. « Pour inverser la tendance, il est important que les mesures soient maintenues et renforcées. »
Méconnu et menacé
Le sonneur à ventre jaune est l’une des espèces de crapauds présentes en Suisse. Il est aujourd’hui très menacé en raison du recul des zones humides. Dans le documentaire L’Hippopotame des ornières, faites la rencontre de ce batracien aux pupilles en forme de cœurs, dans les paysages du Lot-et-Garonne dans le sud-ouest de la France.
Disponible sur salamandre.tv
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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