Le sel de déneigement, ce poison pour la faune et la flore
Alors que des dizaines de milliers de tonnes de sel sont épandues chaque année sur les routes, selon la rigueur de l’hiver, savez-vous que le sel de déneigement est toxique pour la faune sauvage, la flore, et plus globalement pour notre environnement ?
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A chaque épisode neigeux, un incessant ballet de véhicules spécialisés épandent sur les routes du sel de déneigement, laissant derrière eux une fine pellicule recouvrant le bitume, garantie que la chaussée ne gèlera pas. Limitant les risques de chutes et d’accidents de la route, ce sel est une assurance pour la sécurité des êtres humains, mais représente une menace pour la faune et la flore vivant à proximité. Faisons le point avec Maud Lelièvre, présidente de l’Union internationale pour la conservation de la nature en France (IUCN) et avocate spécialisée en droit de l’environnement.
Lire aussi: quelles sont les alternatives au sel de déneigement ?
En quoi le sel de déneigement a-t-il un impact sur les milieux naturels ?
Le sel de déneigement perturbe à la fois les sols et les milieux aquatiques, avec des effets en chaîne sur la faune et la flore. Lorsqu’il est épandu sur les routes, il se solubilise, ruisselle puis s’accumule dans les fossés, les rivières, les zones humides et parfois les nappes phréatiques, augmentant durablement la salinité de ces milieux.
En réagissant avec certains matériaux de la route, le sel peut favoriser la libération de métaux lourds vers le sol et l’eau, ajoutant un cocktail de pollution supplémentaire.
Quel est l’effet de ce sel sur la faune aquatique ?
L’augmentation de salinité agit comme un stress chimique. Dans les rivières et les mares, elle affecte d’abord les organismes les plus petits : plancton, invertébrés etc., puis les poissons qui s’en nourrissent. De nombreux invertébrés d’eau douce et les stades œufs/larves de poissons sont affectés, avec à la clé une baisse de diversité et des déséquilibres dans toute la chaîne alimentaire.
Et sur terre ?
Plusieurs animaux consomment directement le sel ou l’eau contaminée : certains oiseaux, par exemple, peuvent confondre les grains de sel avec des graviers utiles à leur digestion, ce qui surcharge leurs reins et peut entraîner la mort.
Y a-t-il des espèces plus exposées au danger du sel de déneigement ?
Les espèces les plus impactées sont celles qui vivent ou se reproduisent au plus près des routes ou des petits cours d’eau qui reçoivent le ruissellement du sel. C’est le cas des amphibiens : crapauds, tritons, salamandres, grenouilles etc. dont la peau très perméable les rend particulièrement sensibles à la salinité et aux polluants associés. Leurs sites de reproduction se trouvent souvent dans des fossés ou mares temporaires, très exposés aux pics de sel lors de la fonte des neiges.
Qu’en est-il de la flore?
Pour la flore terrestre, la forte concentration en sel autour des routes modifie la structure du sol, le rend plus compact et moins perméable. Concrètement, les plantes ont davantage de mal à absorber l’eau et les nutriments, leurs racines peuvent être “brûlées” et l’on observe dessèchement, jaunissement et mortalité de la végétation en bord de chaussée. Haies, arbres d’alignement, prairies et cultures proches des axes salés présentent des dégâts visibles, avec des zones de mortalité ou de dépérissement au pied des chaussées.
La flore aquatique n’est pas épargnée : la hausse de salinité peut éliminer les espèces d’eau douce les plus sensibles et favoriser quelques espèces plus tolérantes, ce qui appauvrit la biodiversité.
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