Biodiversité au jardin : notre expert a répondu à vos questions
Vous avez été nombreux à poser vos questions à notre expert pour préparer votre espace extérieur à accueillir la biodiversité en ce printemps naissant ! Merci à vous ! Voici un florilège des conseils les plus utiles transmis par David Melbeck, auteur du livre « Agir pour la nature au jardin ».
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Mieux accueillir les insectes
“Mes deux maisons à abeilles solitaires sont très actives, mais je n'ai pas de fleurs sur ma terrasse. Comment font-elles ? Que me proposez-vous ?
„
Si vos gîtes sont fréquentés, il y a fort à parier que les abeilles sauvages qui l’utilisent trouvent nectar et pollen à proximité sur les discrètes fleurs sauvages, les arbres fruitiers, les arbustes des haies et les plantes ornementales. Vous pouvez installer des bacs de fleurs et de plantes aromatiques sur votre terrasse ( ces dernières sont une valeur sûre et facilement cultivables en pot ). En choisissant des plantes nectarifères qui fleurissent à différentes époques, vous offrirez aux butineurs des fleurs presque toute la belle saison, du début du printemps à l’automne. La liste des végétaux est vaste ! Par exemple :
Fin d’hiver : Crocus , bruyère d’hiver, violette odorante, scille, muscari, saule, romarin,...
Printemps : cerisier, pommier, prunier, pissenlit, genêt, mauve, scabieuse, thym, rose trémière,…
Été : souci, grande aunée, vipérine, Echinops, chardon, centaurée, origan, menthe, lavande, framboisier, fraisier, bleuet, tournesol, ombellifères, verveine, bouillon blanc, Perovskia, coriandre,…
Automne : cosmos, orpin, lierre, asters, chrysanthèmes,…
“Bonjour, j’habite au 4eme étage, en campagne, avec balcon exposé à l’ouest. Quelles plantes et fleurs vivaces me conseillez-vous de planter comme pâturage à insectes ?
„
En ville, même sur un balcon exposé plein ouest, je vous invite à installer des plantes aromatiques variées et de les laisser fleurir. C’est une valeur sûre pour les butineurs et qui offre également la possibilité d’agrémenter vos recettes de cuisine ! D’autres plantes vivaces sont également très attractives : les allium et oignons d’ornement, les campanules, les érigérons, les sédums, les bruyères, delphinium, cosmos… en prenant soin d’échelonner les floraisons et de bannir les fleurs ornementales dites « à pompons » ou « fleurs doubles » dont les extravagances esthétiques sont sans nectar. Tentez aussi une mini zone de plantes spontanées en laissant évoluer un bac rempli de terre de jardin ( au moins une couche en surface ).
“Ne faut-il pas laisser encore un peu tout en l'état pour que les abeilles puissent déjà trouver dans les premières fleurs sauvages de quoi se restaurer à la sortie de leur ruche ?
„
Vous avez raison, le mieux est de laisser les fleurs sauvages s’exprimer au maximum dans les pelouses avant la première tonte. Patientez de voir la floraison des pissenlits, si utiles aux abeilles domestiques (mais aussi à leurs nombreuses cousines solitaires et sauvages), du lierre terrestre, pour les bourdons, aux primevères, violettes, véroniques, cardamines et tant d’autres plantes vitales pour les insectes pollinisateurs. En revanche, mieux vaut ne plus tarder à tailler la haie si c’est nécessaire, car les oiseaux vont commencer à nicher sous peu.
À lire : retrouvez toutes les réponses de David Melbeck à vos questions dans notre FAQ sauvage
“Je ne tonds mon jardin qu'une fois par an, sauf les passages pour aller à mes fruitiers. L'été je laisse le foin qui a totalement disparu en novembre. Faut-il effectuer ma tonte annuelle maintenant ou dans quelques mois ?
„
Très bien ! Vous avez effectivement le choix entre faucher / tondre en mars ( maintenant ) ou à la fin de l’été ( août-septembre ). Il est sans doute plus facile de le faire maintenant et peut-être moins impactant pour la petite faune, notamment les sauterelles et criquets très présents en été. En revanche, et si vous en avez la possibilité, et si vous souhaitez plus de fleurs, je vous conseille éventuellement de ne pas laisser l’herbe coupée sur place, pour permettre à une plus grande biodiversité de s’installer. La décomposition de votre foin enrichit le sol en profitant surtout aux graminées qui se densifient et laissent ainsi peu de place aux autres plantes. Ceci étant dit, votre méthode convient très bien à d’autres animaux ( mollusques, orvets, carabes… ) qui apprécient cette litière d’herbes coupées sur le sol !
À proximité d'un plan d'eau
“Le petit bassin de mon jardin accueille des amphibiens ( grenouilles et tritons ). Faut-il laisser la végétation aquatique ( algues, lentilles d'eau,... ) ou l'enlever ? Je ne sais pas ce qui est le plus bénéfique pour la biodiversité.
„
En règle générale, le mieux est de permettre à la lumière d’atteindre le fond de l’eau. Il est possible d’intervenir, mais je vous recommande d’abord de vérifier la cause du problème. Au bout d’un certain temps, mares ou petits bassins finissent par accumuler une quantité de vase liée à la décomposition des végétaux et animaux aquatiques notamment. Cette matière organique enrichit l’eau en nutriments, ce qui favorise davantage certaines plantes comme les lentilles d’eau et les algues vertes. Il est donc conseillé de curer en partie la mare (jamais en totalité en une seule fois) tous les 15 ans environ.
Autre piste : l’eau qui alimente la mare ( ruissellement ? ) se charge en matière azotée et en éléments nutritifs ( à éviter absolument ). Sachez aussi que les lentilles d’eau sont sujettes à des maladies quand elles sont très nombreuses et peuvent disparaître en peu de temps. Pour les petits bassins, je conseille d’empêcher une partie de la végétation de pourrir dans l’eau, en agissant toutefois en automne, c’est-à-dire en dehors de la période d’activité biologique la plus intense.
Enfin, je vous conseille la lecture de ce petit cahier pratique de la Gazette des Terriers.
“Les poissons de ma petite mare ont peu à peu disparu, probablement mangés par le héron. Est-ce une opportunité pour se passer de poissons et permettre l'établissement d'un écosystème complet ? Quid des moustiques qui pourraient peut-être en profiter pour pulluler ?
„
Les petits points d’eau stagnante ne sont pas réellement adaptés à la vie de nos poissons indigènes. Le héron en a profité ! Leur absence va permettre à une foule de petites bêtes de se développer à commencer par les dytiques, libellules, notonectes et autres insectes aquatiques. Au tout début, il se peut qu’un petit déséquilibre dans la chaîne alimentaire favorise les moustiques quelques jours mais soyez rassuré, ils ne pourront pas pulluler dans la mare où un trop grand nombre de prédateurs rôdent (punaises aquatiques, larves de coléoptères et de libellules entre autres). Tritons et grenouilles ne tarderont pas à faire leur apparition si d’autres mares sont à proximité. Enfin, pour favoriser les plantes et la vie, aménagez au moins une berge en pente douce.
Au potager
“Bonjour, faut-il enlever la couverture de foin pour réchauffer la terre au printemps ou planter directement dans la terre en poussant un peu le foin ?
„
D’une manière générale, le mieux est de toujours garder la terre couverte ( paillis, feuilles mortes, plantes spontanées, engrais verts,… ) pour maintenir la vie foisonnante des micro-organismes du sol. Néanmoins, pour certaines cultures exigeantes, vous pouvez mettre à nue quelques parties de votre potager. Ce faisant, vous favoriserez aussi d’autres animaux qui aiment chasser sur les sols dénudés comme le petit crapaud accoucheur, si vous avez la chance de l’avoir au jardin. Je dirais donc que vous pouvez procéder de ces deux façons du moment que cela ne concerne pas le potager entier.
“Une taupe s'est installée dans et à proximité de mon potager. Conscient de l'importance de sa présence et du fait qu'elle peut m'aider à prédater les courtilières, je me questionne sur l'avenir de mes futurs semis et plantations. Que faire ?
„
La présence d’une taupe au jardin n’est pas vraiment un souci. Quand elle s’installe, c’est vrai, elle creuse son réseau de tunnels et ses travaux souterrains font apparaître de nombreuses taupinières. Mais une fois tout ratissé ( récupérez la terre pour vos semis ), très peu de taupinières réapparaîtront les années suivantes, juste quelques-unes liées à l’entretien des galeries. La taupe est un petit prédateur très territorial et qui ne peut pas pulluler. Elle se désintéresse de vos plantations et légumes, et chasse larves et vers dans ses galeries en contribuant à aérer le sol, à brasser et à fertiliser la terre.
Si vraiment vous souhaitez qu’elle évite une zone de votre potager, sachez qu’elle déteste les vibrations, cela trouble ses sens adaptés au monde souterrain: les bouteilles fixées sur une tige et s’agitant au vent ne sont pas très esthétiques mais peuvent être assez efficace pour l’inciter à aller plus loin. Pour finir, sachez que lorsque la taupe est chassée, ses galeries sont utilisées par d’autres comme les campagnols terrestres, qui eux, sont franchement indésirables dans le carré de légumes.
“Quand je laisse pousser l'herbe et les fleurs ainsi que sous mes arrangements ( tas de branches et de pierres,... ), des campagnols envahissent mon terrain et détruisent mes plantations. Que faire ?
„
Les populations de campagnols sont sujettes à des pullulations cycliques. Si les prédateurs naturels ne fréquentent pas suffisamment votre terrain ( hermine, belette, chat, renard, rapaces ), je vous conseille de maintenir les zones herbeuses à ras autour de vos aménagements le temps d’une régulation naturelle, et éventuellement d’installer des perchoirs à rapaces ( chouettes, faucon crécerelle, buse,… ) ainsi qu’une haie ou des bosquets d’arbustes. Protégez physiquement vos plantations, et enfin, en fauchant en partie ou complètement vos herbes folles tous les ans ou tous les deux ans, en exportant / compostant l’herbe coupée, vous éviterez peut-être l’installation d’une population trop forte de campagnols.
“Près de mon jardin, j’ai découvert au sol une quarantaine de chenilles processionnaires du pin. Que devons-nous faire ? Les tuer, car dangereuses pour nos chiens et chats ou les laisser passer leur chemin pour aider à la biodiversité ?
„
Il faut savoir que si vous menacez ou embêtez les chenilles processionnaires, elles libèrent dans l’air des quantités de micropoils très urticants et qui peuvent garder leur pouvoir irritant dans la nature plusieurs années. Même les vieux nids sont urticants. Il est plus sage de les laisser passer pour ne pas souffrir de désagréments cuisants et de maintenir vos animaux domestiques à l’écart le temps de leur passage.
Si malgré tout, vous décidez d’agir, faites-le par temps calme et humide (pas de vent). Je vous conseille néanmoins de visiter le site suivant avant de vous décider.
Enfin, n’oubliez pas de favoriser leurs prédateurs naturels (mésanges, chauves-souris, coucou, insectes parasitoïdes…) en maintenant un jardin naturel et vivant.
“J'ai un potager avec peu de surface bêchée et une population phénoménale de gastéropodes. Que faire ?
„
Ah ! Cultiver un potager et cohabiter avec limaces et escargots n’est pas toujours de tout repos… Je recommande de tondre et de maintenir à ras une petite largeur autour de votre potager, de tolérer quelques plantes adventices et ensuite de laisser aux gastéropodes un coin repas avec orties et herbes folles ainsi qu’un petit tas de tiges et de feuilles en décomposition ( un régal pour les limaces ! ), le tout en dehors de votre zone de culture.
Enfin, il n’y a pas de solution miracle : en cas de véritable invasion, le mieux selon moi est de récolter à la main le soir venu tous les mollusques du coin légumes, notamment dans les blettes et les fraises ( la rhubarbe supporte bien leur appétit, tomates et courgettes ne sont attaquées que s’il n’y a rien d’autre à manger ). Bol de bière et cendre n’ont qu’un effet fort limité.
Pour finir, protégez physiquement vos jeunes plants la nuit et par temps de pluie ( demi-bouteille autour de la pousse ). Il existe des solutions utilisables dans les jardins bio avec du phosphate de fer placé sous abri mais le mieux n’est pas de les éradiquer mais de détourner leur attention sur d’autres plantes consommables et de favoriser leurs prédateurs ( hérissons, carabes, vers luisants, orvets… ).
Pour aller plus loin : David Melbeck est l'auteur du guide « Agir pour la nature au jardin ». Avec plus de 50 aménagements, ce livre pratique permet d’attirer, de favoriser, de préserver et de mieux connaître les plantes et les animaux sauvages au jardin.
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