5 questions pas si bêtes à propos du merle noir

Professeur d’écologie à l’Université Bourgogne Europe, Bruno Faivre répond aux questions que vous vous posez peut-être sur cet oiseau si commun, en ville comme à la campagne.

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Son chant occupe une place à part dans la bande-son de nos printemps. Son plumage noir profond et son bec jaune orangé, chez le mâle, le rendent reconnaissable au premier coup d’œil. Aucun doute : le merle noir se place très haut au panthéon des oiseaux les plus faciles à observer autour de nous, en ville comme à la campagne. Mais vous ne connaissez peut-être pas ce turdidé aussi bien que vous le pensez. La preuve en cinq questions-réponses.

Pourquoi le merle est-il l’un des premiers oiseaux à chanter le matin ?

Quiconque tend l’oreille s’en rendra compte : au printemps, le merle fait résonner ses belles strophes mélodieuses parfois bien avant le lever du soleil. Objectif : séduire une femelle et/ou asseoir un territoire. Mais pour quelles raisons chante-t-il alors qu’il fait encore nuit ? Professeur d’écologie à l’Université Bourgogne Europe, à Dijon, Bruno Faivre commence par tempérer : « Il n’y a pas de réponse toute faite. C’est une tendance que l’on constate dans presque toute la famille des turdidés, chez les grives, les rouges-gorges ou les rossignols. »

Le spécialiste évoque tout de même une piste d'explication, qui tient à la concurrence entre les différentes espèces d’oiseaux pour l’espace sonore. « Tôt le matin, l’espace acoustique est moins “encombré” que plus tard, quand les fauvettes ou les mésanges, par exemple, se mettent aussi à chanter. » Une autre hypothèse, évoquée par la littérature spécialisée, tendrait à mettre en évidence le sens du timing de l’oiseau : en chantant avant le lever du soleil, le merle mettrait à profit un temps peu propice à la recherche de nourriture, en raison de la luminosité réduite.

Comment expliquer que le chant du merle soit si varié ?

Des motifs extrêmement divers, qui durent plusieurs secondes, une capacité à improviser : le merle noir est sans conteste l’un des solistes les plus virtuoses de nos jardins. Il se distingue notamment par sa capacité à emmagasiner des sons qu’il entend et à les reproduire. « Le merle fait partie du groupe des oscines, des oiseaux pour lesquels le chant n’est pas inné, mais en grande partie appris », complète Bruno Faivre. « Tout est très subjectif, mais le merle donne l’impression d’un chant très diversifié parce qu’il a une grande capacité à agencer des notes les unes avec les autres selon des combinaisons différentes, ce qui donne l’impression d’un chant moins stéréotypé que celui d’une mésange ou d’un pinson, par exemple. C’est d’ailleurs aussi le cas chez de nombreux turdidés comme les grives, mais on se souvient sans doute davantage du merle parce qu’il est plus présent autour de nous. »

Pourquoi les mâles et les femelles sont-ils si différents ?

Vous éprouvez toutes les difficultés à distinguer le mâle de la femelle chez les mésanges charbonnières ou chez les moineaux domestiques ? Rien de tout ça chez les merles noirs, où le dimorphisme sexuel est très marqué. Plumage noir de jais chez le mâle, plus terne, gris-brun chez la femelle. Comment expliquer une telle différence ? « Il faut d’abord bien se rendre compte qu’on parle ici de ce que nous sommes capables de percevoir. La mésange bleue, par exemple, dont les mâles et les femelles nous semblent presque identiques, a une importante composante ultraviolette dans son dimorphisme, que les oiseaux perçoivent très bien, mais que nous ne voyons pas », précise le professeur en écologie.

Et de poursuivre : « De manière générale, le dimorphisme s’explique de plusieurs manières. La sélection sexuelle, d’abord, pousse vers la sélection de couleurs plus voyantes chez les mâles. Chez les femelles, la sélection naturelle ( par exemple, due à la prédation ) va plutôt favoriser des couleurs plus ternes, pour éviter les prédateurs, notamment lorsqu’elles couvent. Chez le mâle, la prédation joue aussi un rôle antagoniste à la sélection sexuelle, car plus l’oiseau est voyant, plus il s’expose à la prédation. Tout est une question d’équilibre entre les deux forces. »

La femelle arbore un plumage brun-gris, notamment pour être moins visible lorsqu'elle couve. / © Ayvi - stock.adobe.com

Où nichent les merles ?

Vous apercevez des merles quotidiennement, mais n’avez jamais vu le moindre nid ? Voilà qui n’a rien d’étonnant. « Le merle niche en général dans une végétation dense où il peut cacher son nid. Il aime particulièrement les plantes à feuillage persistant, qui offrent des abris même très tôt dans la saison. Il est aussi capable d’exploiter des gammes de hauteurs très variables. On peut parfois voir des nids au sol ou presque, comme à 15 m de hauteur. Dans les espaces urbanisés, il arrive aussi qu’il exploite des supports totalement artificiels, comme les linteaux de porte. » Oubliez par contre les nichoirs en tous genres : le merle n’est pas très friand de ce type de logis. Vous souhaitez faciliter son installation dans votre jardin ? Un conseil : laissez la haie qui le borde la plus naturelle possible.

Le merle a parfois été considéré comme l’ennemi du jardinier. Est-il nuisible ?

Amateur de baies en tous genres, de fruits et de vers de terre, le merle a parfois été pris pour un ennemi au jardin. Une réputation qui n’est pas justifiée pour Bruno Faivre : « C’est une espèce qui a un régime assez éclectique, et il peut bien sûr consommer des fruits que nous consommons, comme les cerises ou les mûres. Il exerce aussi une pression de prédation sur les vers de terre qui contribuent, on le sait, au “recyclage” des sols. Mais c’est là son travail de prédateur. Pour moi, il ne peut pas atteindre le stade d’indésirable parce qu’il reste territorial, avec une densité d’individus limitée. On ne verra jamais une grosse concentration de merles s’abattre sur des arbres fruitiers, comme on le voit, par exemple, chez les étourneaux. De plus, en consommant des fruits, il participe à la dispersion de graines. »

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