Pourquoi la neige devient-elle rouge au printemps ?

Au printemps, en haute altitude, il n’est pas rare de découvrir des trainées rouge sang sur la neige. Leur auteur n’est pas un prédateur, mais… une algue. Explications.

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« Reflet d’algues », image signée Thomas Pauze fait partie des lauréates du concours photo AlpAlga 2023-2024.
© Thomas Pauze - lauréat du concours du concours photo AlpAlga 2023-2024.

1. La neige rouge, c’est maintenant !

De mai à juillet, entre 2 000 m et 3 000 m d’altitude, une explosion de couleurs se répand sur la neige immaculée. Comparable au bloom observable dans les océans, le phénomène se produit quand la période de fonte est suffisamment longue. « Ces microalgues ont besoin d’au moins 50 jours de neige humide, c’est-à-dire avec beaucoup d’eau liquide, pour se développer, explique Marie Dumont, chercheuse en sciences de la neige, et membre du consortium scientifique AlpAga, qui étudie ces phénomènes. Elles produisent alors des pigments, qui peuvent être verts, orange, violets… Sanguina nivaloides, elle, est une espèce d’algue verte qui produit des pigments rouges pour se protéger du stress oxydatif, comme celui provoqué par la lumière du soleil. Cette algue est l’espèce prédominante dans le manteau neigeux des Alpes européennes, mais ne n’est pas la seule ! »

Lire aussi : l’interview de Marie Dumont sur le verdissement des Alpes

2. La neige est vivante

Une centaine d’espèces ont ainsi été découvertes dans les Alpes. Et les algues ne sont pas les seuls êtres vivants du manteau neigeux. « Il y a des champignons, des bactéries… La neige est un matériau vivant, ajoute Marie Dumont. Les algues ont un rôle central dans ce réseau trophique, produisant de la nourriture pour ces autres micro-organismes. »

3. La neige rouge est présente partout dans le monde

Le consortium Alpaga, qui réunit des scientifiques de différentes disciplines – glaciologues, écologues, biologistes… – a réussi à cartographier les blooms de Sanguina nivaloides dans le massif alpin, en utilisant des images satellites pendant cinq ans. Premier enseignement : le phénomène se reproduit chaque année à peu près aux mêmes endroits, notamment en Vanoise, dans le Valais suisse ou dans le Ruitor italien. Ces blooms représentent 1,3 % de la surface des Alpes au dessus de 1 800 m d’altitude. Mais Sanguina nivaloides est aussi présente ailleurs, de l’Arctique à l’Antarctique, sur tous les continents.

Une image de l'exposition consacrée par le muséum de Grenoble au phénomène de neige rouge. / © Jean-Sébastien FAURE - Mars 2026

4. La neige rouge, témoin du passé et… de l’avenir ?

Le phénomène des blooms est très ancien : Aristote en faisait déjà des observations ! Sans surprise, « l’analyse génétique des microalgues intéresse donc énormément de scientifiques ! », souligne Marie Dumont.

L’évolution de ces microalgues dans le futur est aussi étudiée de près. En colorant la neige de rouge, ces microalgues réduisent l’albédo : le manteau neigeux absorbe donc davantage d’énergie solaire, accélérant donc la fonte. « Au Groenland mais aussi en Antarctique, il est probable que la surface de ces blooms s’étende avec l’augmentation des températures liées au réchauffement climatique. Mais ici, dans les Alpes européennes, nous avons montré que ce n’était pas le cas, car la durée de neige humide au sol a plutôt tendance à rester stable ou à diminuer. Dans nos projections les plus pessimistes, on assisterait donc plutôt à une migration des microalgues vers les plus hautes altitudes et à une potentielle diminution de la surface couverte par les blooms », détaille la spécialiste.

5. La neige n’est jamais blanche – ou rarement

Le bloom d’algues n’est pas le seul phénomène de coloration de la neige. « C’est extrêmement rare de trouver de la neige constituée seulement de glace et d’air, précise Marie Dumont. Elle contient en permanence d’autres particules dont des particules colorées de différentes origines. On trouve, par exemple, beaucoup de poussière orange, qui provient du Sahara. » Tous les phénomènes de coloration n’ont pas une origine naturelle. « Les particules qui absorbent le plus la lumière sont celles du carbone suie, qui provient du transport automobile ou aérien. On peut également trouver des microplastiques, que l’on retrouve même en très haute altitude », regrette la chercheuse en sciences de la neige.

Pour aller plus loin

  1. Rendez-vous au muséum de Grenoble jusqu’au 26 juillet pour découvrir l'exposition Rouge comme Neige consacrée à ce phénomène.
  2. Admirez les photos de Sanguina nivaloides des participants au concours AlpAga, qui a eu lieu en 2023-2024.
  3. Observez sur le terrain la présence de neige rouge, cartographiée par les scientifiques du projet AlpAga.
  4. Participez à un projet de sciences participatives international, le Living Snow Project en prenant en photo la neige colorée lors de vos sorties en montagne.
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